Résumé

Depuis les années 1860, des diplômés de l’École forestière de Nancy, d’abord français et européens, puis dès 1952 originaires aussi de pays tropicaux, ont contribué à la gestion des forêts tropicales. L’article présente leur action : dans les DROM-COM, en Afrique tropicale francophone, à Madagascar et en Indochine. L’article couvre d’abord la période de la fin du XIXe siècle à 1960, avec les "Nancéiens" français en charge ; puis celle de 1960 (indépendance de nombreux pays africains) à aujourd’hui, la responsabilité forestière étant devenue celle des administrations et forestiers nationaux (dont une soixantaine formée à Nancy), avec souvent l’appui de bailleurs et organismes français.


Messages clés :


- La plus grande partie des deux siècles de l’École forestière de Nancy appartient à l’histoire de la foresterie tropicale mondiale, tant sont nombreux les "Nancéiens" qui, des années 1860 à aujourd’hui, en ont été des acteurs à des postes de responsabilité.


- Le Centre technique forestier tropical (CTFT), créé en 1949 (et intégré en 1984 au Centre de coopération internationale de recherche agronomique pour le développement, Cirad), a servi pendant plusieurs décennies de référence technique pour la recherche et le développement forestier tropical, plus particulièrement en régions francophones.


- Depuis la décennie 1990, les formations des responsables du développement et de la recherche en foresterie tropicale se sont diversifiées, au-delà de celle d’ingénieur forestier.

Abstract

Graduates from the Forestry School in Nancy ‒ initially from France and Europe, but also from tropical countries since 1952 ‒ have contributed to the management of tropical forests since 1860. This article discusses their actions in the Overseas Territories, French-speaking tropical Africa, Madagascar and Indochina. It first covers the period between the end of the 19th century to 1960 when the Nancy-trained French were in charge of the forests, then explores the period from 1960 (the independence of many African countries) to the present day, during which responsibility for the forests was transferred to government administrations and national foresters (of which sixty were trained at Nancy), often with the support of French donors and organisations.


Highlights:


- So many graduates of the Nancy Forestry School have had roles of responsibility in forestry between 1860 to the present day that most of the two centuries of the school is tied to the history of worldwide tropical forestry.


- The Technical Tropical Forestry Centre (Centre technique forestier tropical), created in 1949 and merged with the Cirad in 1984, has been a technical reference for tropical forest research and development for several decades, particularly in French-speaking regions.


- Since the 1990s, the qualifications of those responsible for tropical forest research and development has diversified beyond that of forest engineer.

Introduction

Les formations forestières situées dans l’espace intertropical couvraient un peu plus de la moitié des quelque 4 milliards d’hectares boisés de la planète au milieu du siècle dernier, et encore à peu près la moitié en 1980. Les pays qui les possèdent, situés entièrement ou partiellement dans cet espace, sont aujourd’hui, à quelques rares exceptions (Australie et Chine principalement, France, États-Unis avec Porto-Rico et Hawaï), des pays de ce qui est communément appelé le « Sud global ».

La quasi-totalité de ces territoires tropicaux ont été colonisés du début du XVIe siècle jusqu’aux années 1950 par les puissances européennes, puis sont devenus des pays indépendants dans la première moitié du XIXe siècle en Amérique tropicale et à partir de la deuxième moitié du XXe siècle en Afrique et Asie tropicales et en Océanie.

À partir de 1492, plusieurs États européens – Espagne et Portugal d’abord, Angleterre, France et Pays-Bas (à partir de leur indépendance sous le nom de « Provinces-Unies » en 1581) ensuite – avec leurs navigateurs et explorateurs, ont conquis de petites îles et archipels tropicaux, créant ainsi de nombreux comptoirs sur les continents africain, américain et asiatique le long des routes maritimes ouvertes. Ils ont commencé par se partager les Caraïbes.

L’Espagne et le Portugal ont été les premiers à étendre leur colonisation tropicale en s’enfonçant à l’intérieur des terres depuis leurs comptoirs en Amérique du Sud et centrale, en Afrique tropicale (surtout Portugal) et en Asie tropicale (Portugal, dans l’archipel insulindien notamment à Timor, et Espagne aux Philippines). À partir du début du XIXe siècle, les colonies espagnoles d’Amérique du Sud et centrale, ainsi que le Brésil, vont gagner leur indépendance.

En Asie tropicale, du XVIIe au XIXe siècle, l’Angleterre (qui devient Royaume-Uni de Grande-Bretagne en 1706-1707) et les Pays-Bas colonisent respectivement le sous-continent indien et l’archipel insulindien (supplantant le Portugal déjà installé en partie dans ce dernier territoire) par l’intermédiaire chacun de leur propre « Compagnie des Indes orientales », avant que leurs gouvernements prennent directement les choses en main. Les territoires colonisés correspondants gagneront leur indépendance à partir de 1945.

En Afrique subsaharienne tropicale, hormis les colonies du Portugal et de l’Espagne plus anciennes, Grande-Bretagne, France, Belgique et Allemagne, précédés par quelques militaires, missionnaires et aventuriers, ne pénètrent véritablement à l’intérieur des terres qu’après 1850 (par exemple à partir du Sénégal en 1854, ou au Congo à l’initiative du roi des Belges Léopold II à partir de 1879). Mis à part le cas singulier du Libéria, la décolonisation de la partie tropicale du continent débutera avec l’indépendance du Ghana en 1957, suivie entre 1958 et 1960 par celles des territoires sous domination française et belge.

Si l’on excepte l’espace caribéen (y compris la Guyane), l’île de La Réunion et des comptoirs sur les côtes africaines et de l’Inde, la colonisation de territoires tropicaux par la France ne commence qu’à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle : Nouvelle-Calédonie en 1853, et Cochinchine en 1858 suivie par le reste de l’Indochine (Cambodge en 1863, Tonkin et Annam en 1883, Laos en 1899).

À l’exception du Sénégal dont la partie littorale avait été colonisée dès le XVIIe siècle et qui devient un territoire d’envergure à partir de 1854, les autres territoires de l’Afrique de l’Ouest sont colonisés entre 1891 et 1900, et fédérés en 1895 dans l’Afrique Occidentale Française (AOF). La partie orientale de la colonie allemande (depuis 1884) du Togo est confiée par la SDN à la France en 1919 comme territoire sous mandat, devenant le Togo d’aujourd’hui.

En Afrique centrale, la colonisation française commence par le territoire du Moyen-Congo (République du Congo) en 1885, et se poursuit par le Gabon, l’Oubangui-Chari (République centrafricaine) et le Tchad entre 1903 et 1910, l’ensemble formant en 1910 l’Afrique Équatoriale Française (AEF). En 1919, les quatre cinquièmes du « Kamerun », colonie de l’Allemagne depuis 1884, sont confiés par la SDN à la France comme territoire sous mandat.

Enfin, la « Grande Île » de Madagascar devient colonie française en 1897 et se voit adjoindre en 1912 l’archipel des Comores.

Au final, ces territoires africains et asiatiques tropicaux connaîtront une période historiquement courte de domination française, d’environ un siècle pour le Sénégal et une partie de l’Indochine, et de 40 à 70 ans pour les autres, la France n’y ayant des services forestiers que durant 40 à 50 ans.

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, les populations riveraines locales ont fortement interagi avec les forêts tropicales, d’une part pour des productions agricoles basées sur des pratiques de cultures itinérantes sur brûlis et jachères ou des pratiques agroforestières, mais aussi via la récolte de bois de feu, de bois de service et de produits forestiers non ligneux divers. Les populations de « chasseurs-cueilleurs », que ce soit dans le Bassin du Congo, en Amazonie ou en Asie du Sud-est, ont par ailleurs développé depuis des siècles des pratiques de gestion des ressources végétales comme animales à faible impact, encore présentes, mais sous fortes contraintes, pour certaines populations. L’exploitation plus ou moins sélective d’arbres de bois d’œuvre, dits « exotiques » et/ou « précieux1 » dans les pays importateurs, avait également été initiée, pour l’utilisation locale et pour leur exportation principalement vers les pays européens, notamment pour l’ameublement et la teinture.

À partir de la moitié du XIXe siècle, la colonisation va contribuer en partie à remplacer ces utilisations traditionnelles ou minières de la ressource forestière par l’application progressive de règles « modernes » de gestion forestière2. L’historiographie forestière internationale fait débuter la période d’introduction d’une véritable gestion forestière « moderne » sous les Tropiques à 1856, année où un botaniste allemand, Dietrich Brandis, est recruté par la Grande-Bretagne pour gérer des forêts de teck en Birmanie3. Le gouvernement britannique va par ailleurs envoyer, de 1865 à 1885, 84 sujets de la reine Victoria suivre l’enseignement de Nancy, la grande majorité de ces nouveaux diplômés devant ensuite servir aux Indes : ce sera la première contribution significative de l’École à la foresterie tropicale.

Les « Nancéiens » sous les Tropiques jusqu’en 1960

Dans les départements et territoires d’Outre-mer tropicaux

Il s’agit essentiellement des îles de Guadeloupe et Martinique (de l’archipel des Petites Antilles à l’est des Caraïbes), de la Guyane sur le continent sud-américain, avec ses 8 millions d’hectares de forêt, soit près de la moitié de la superficie forestière hexagonale, de l’île de La Réunion dans l’océan Indien à l’est de Madagascar, enfin, de la Nouvelle-Calédonie dans le Pacifique Sud à 1 500 km à l’est de l’Australie.

Dans les quatre premiers territoires, la domination de la France s’affirme dès le XVIIe siècle et le début du XVIIIe dans un contexte de compétition entre puissances européennes pour la possession des terres et le commerce des esclaves (la Nouvelle-Calédonie ne sera colonie française qu’en 1853).

Des textes forestiers limités sont édictés au début du XIXe siècle (Martinique, La Réunion) pour protéger des forêts, limiter l’exploitation de certains produits et délimiter le domaine royal4. Des règlements complets ne seront adoptés qu’à partir de 1870 sous la IIIe République (La Réunion, Guadeloupe, Nouvelle-Calédonie et Guyane dans cet ordre).

Le premier service forestier est créé à La Réunion en 1853, suivront ceux de Guyane en 1901 et de Martinique en 1904, plus tard de Guadeloupe et de Nouvelle-Calédonie. Ils sont alors rattachés à d’autres services (agriculture, mines), et sans officier sauf à La Réunion (avec un officier seulement en 1913).

Ce n’est qu’après la loi sur la départementalisation de 1947 et la contribution du Fonds d’investissement des départements d’outre-mer (FIDOM)5 que les services forestiers seront dirigés par des Nancéiens et que des travaux d’équipement et de sylviculture et plantation seront mis en œuvre. La palme revient à La Réunion avec notamment des équipements de montagne et travaux de correction torrentielle ; Jean-Marc Miguet (N. 1946)6 notamment s’y illustrera pendant 33 ans (1949-1982). En Nouvelle-Calédonie, Michel Corbasson7 (N.1953) servira de 1954 à 1973 comme Chef du service, puis responsable local du Centre technique forestier tropical (CTFT)8.

Dans les territoires coloniaux 

Pour cette section, nous ne pouvons qu’emprunter à l’ouvrage monumental de Guillard (N.1948, cf. encadré), véritable « somme » dont le titre commun aux quatre tomes parus à ce jour est : Au service des forêts tropicales – Histoire des services forestiers français d’outre-mer 1896-19609,10.

Joanny Guillard naît à Comblanchien, en Côte d’or, en 1923. Après des études à l’Agro puis à l’École forestière de Nancy, il sert de 1948 à 1957 comme Inspecteur des Eaux et Forêts de la France d’Outre-mer dans le nord du Cameroun. Il dirige ensuite pendant un an la Mission d’aide et de coopération française au Tchad, avant de mener plusieurs missions avec le Bureau pour le développement de la production agricole (ancien bureau d’études public créé en 1950) dans les pays africains nouvellement indépendants. En 1967, il est nommé Délégué du directeur de l’ENGREF pour le centre de Nancy et le restera jusqu’en 1983, longue période durant laquelle il confortera l’École forestière de Nancy et développera le volet économique de la formation. L’École accueillera plus tard en 1990 la Formation des ingénieurs forestiers (FIF), héritière de l’École nationale des ingénieurs de travaux forestiers (ENITEF) ou « École des Barres » (à Nogent-sur-Vernisson, Loiret). Infatigable travailleur, il va consacrer sa retraite, de 1989 à son décès à 96 ans en 2018, à la compilation de l’énorme masse d’informations qu’il a accumulée au fil des ans et à la rédaction de la majeure partie des quatre premiers tomes (sur les cinq prévus) de son œuvre sur l’histoire des services forestiers français sous les Tropiques.

L’ensemble des 14 colonies et mandats français d’Afrique tropicale11, de Madagascar et des cinq territoires d’Indochine (Annam, Cambodge, Cochinchine, Laos, Tonkin) couvre environ 600 millions d’ha (hors espaces désertiques), soit 11 fois le territoire métropolitain et, en 1960, 90 millions d’ha de forêts au sens strict (plus les formations de savane et autres espaces boisés).

Jusqu’en 1945

On retrouve pour chaque territoire la même séquence d’établissement d’un « ordre forestier » que dans les départements et territoires d’outre-mer : au départ, des textes (les premiers en Cochinchine en 1862 et à Madagascar en 1871), puis des missions scientifiques et administratives, enfin la création de services forestiers, les premiers en Cochinchine (1866), à Madagascar (1897) et en Côte d’Ivoire (1912).

À l’exception de ceux de l’Indochine, ces services auront des « effectifs squelettiques et instables »12, à l’image des moyens matériels dérisoires qui leur sont attribués, conséquence de l’autonomie financière des territoires ; et alors que « tout est à faire, il faut à la fois découvrir les forêts (et espaces boisés), au besoin les protéger, connaître leurs essences, les produits et le tempérament de celles-ci, y contrôler les récoltes,… au côté, en face parfois, d’une administration civile toute puissante ... »11.

Parmi les pionniers intrépides qui partent sous les Tropiques malgré la dureté des conditions de vie (santé, déplacements), Guillard cite Roger Ducamp (N.1884), véritable créateur du service forestier indochinois (cf. encadré) avec, en Indochine, Thomé (N.1874), Mangin (N.1892), Magnein (N.1899), Roullet (N.1901) (nommé ensuite à Madagascar), Baur (N. 1906) et Niquet (N. 1919) ; et à Madagascar, Girod-Genet, Thiry (N. 1891), Griess (N.1897) et Lhotelain (N.1903).

Roger Ducamp naît à Nîmes en 1861. Après l’Institut national agronomique, il est reçu à l’École forestière de Nancy d’où il sort en 1884. Il occupe des postes de garde général puis d’inspecteur adjoint en Métropole jusqu’en 1896, année du décès de son épouse. Il voyage alors à titre personnel en Asie centrale, Iran, Crimée et Roumanie, puis accepte en 1899 une mission forestière non rémunérée au Tonkin et Annam. En 1900, il est détaché au ministère des Colonies pour créer le service forestier du Tonkin, puis est nommé en 1902 inspecteur chef du service forestier des pays de l’Union indochinoise (sauf Laos). Excellent organisateur, il met en réserve des forêts bien situées et déjà exploitées, aménage les forêts en futaie sur taillis privilégiant la régénération naturelle, crée un cadre local européen avec d’anciens militaires démobilisés sur place et organise le personnel local. Il est nommé conservateur en 1910 et membre du Conseil supérieur de l’Indochine. Mais il perd la plupart de ses attributions suite à la décentralisation décidée par le gouverneur général d’alors et quitte en 1913 l’Indochine. Il aura plusieurs affectations militaires puis forestières en France, dont la dernière de sept ans dans sa ville de Nîmes où il prend une retraite très active en 1927 jusqu’à son décès en 1938 (Guillard, cf. note 9).

À l’aube du XXe siècle, le grand botaniste Auguste Chevalier (1873-1956), « découvreur » de la végétation de l’Afrique de l’ouest, sera un conseiller écouté des autorités coloniales, et un maître pour les Nancéiens botanistes qui, dans la première moitié du XXe siècle, vont révéler les forêts tropicales, poursuivant la grande tradition des naturalistes français des siècles précédents. André Aubréville (N.1924) en AOF est le plus ancien et le plus connu d’entre eux13 (cf. encadré).

André Aubréville naît en Lorraine en 1897. Mobilisé à 18 ans en 1915, il est reçu à Polytechnique en 1920, et choisit à sa sortie en 1924 de l’École forestière de Nancy le corps des Eaux et forêts des colonies, tout juste créé. Il débarque début 1925 en Côte d’Ivoire où « tout est à penser et à faire pour y développer l’action dans une forêt tropicale riche mais presque inconnue ». Il se consacre à l’inventaire de la flore forestière, à l’étude de la biologie et de la régénération de la forêt dense, reste en rapport avec la communauté scientifique française (notamment le botaniste Auguste Chevalier et l’Association colonies-sciences). Il obtient une année sabbatique pour rédiger sa monumentale Flore forestière de la Côte d’Ivoire répertoriant 600 espèces d’arbres et d’arbustes. Des missions en Afrique lui permettent d’approfondir et d’élargir ses réflexions en matière de gestion des forêts et savanes africaines et de politique forestière. Il est nommé Inspecteur général des Services forestiers de la France d'Outre-mer en 1939 et se trouve ainsi à la tête de son corps des Eaux et Forêts. Retraité du corps en 1955, il obtient la chaire de phanérogamie du Muséum national d’histoire naturelle et est élu à l’Académie des sciences en 1968. Il décède en 1982 à 85 ans (Guillard, cf. note 9).

En 1916-17, en pleine guerre, une mission interministérielle (Défense, Armement, Colonies) est confiée à Bertin (N.1900) pour l’étude des possibilités des ressources forestières de Côte d’Ivoire, du Gabon et du Cameroun (pris à l’Allemagne). Le « commandant » Bertin deviendra chef du Service des bois coloniaux au ministère des Colonies et créera en 1924 le Laboratoire des bois coloniaux à Nogent-sur-Marne (sur le site du futur CTFT8).

Bertin usera de son influence pour que soit constitué en 1923 le Corps des officiers des Eaux et Forêts des Colonies, recrutant des diplômés de Nancy qui reçoivent une spécialisation tropicale de plusieurs mois, notamment à Nogent-sur-Marne. De 1923 à 1939, ils seront au total 72 Nancéiens, l’effectif atteignant 12 en 1932, année faste avant la crise économique.

Cet afflux de Nancéiens à partir de 1925 va redonner un essor aux activités forestières en Indochine et à Madagascar et les faire démarrer en Afrique tropicale. Pour conforter les services forestiers africains un cadre commun supérieur des « contrôleurs » est créé en 1926-27, issus surtout de diverses écoles supérieures d’agriculture et de l’École des Barres, et qui comprend aussi des brigadiers « tropicalisés » (l’Indochine gardant son propre cadre des Eaux et Forêts). Certains « Barrois » s’étaient déjà illustrés au début du siècle, comme Carrière, deuxième promotion (sortie en 1887) en Indochine de 1903 à 1920, Chapotte (sixième) et Jeannelle (neuvième) à Madagascar puis en Indochine, Valentin et Louvel (vingt-troisième, sortie en 1908) à Madagascar14.

Guillard résume ainsi la période de 1923 à 193911 : « Sauf en Mauritanie, en Oubangui-Chari, au Tchad et au Laos, les services forestiers sont installés et dotés de textes réglementaires (dont ceux fixant le régime forestier en AOF, AEF, Togo et Cameroun), les grands objectifs sont fixés, avant tout protection de la forêt, développement contrôlé des exploitations de bois et autres produits forestiers, constitution d’un domaine forestier permanent soumis à enrichissement ou reboisement ; les méthodes sont esquissées, certaines techniques testées et des approches amorcées dans diverses directions : chasse et protection de la faune, pisciculture, recherches sur le bois… ; mais les effectifs d’officiers, bien qu’ayant plus que doublé entre 1930 et 1938, restent encore trop faibles, seule l’Indochine disposant d’un véritable service organisé. »

Parmi ceux qui auront contribué significativement à ce « nouveau départ », on peut citer :

  • Mangin (N.1892), à la tête du service forestier indochinois de 1925 à 1930, avec 500 000 ha de forêts aménagées en 1940, une augmentation des effectifs, et des recherches forestières – avec Maurand, A. Consigny (N.1926), et Lemasson (N.1930) en pisciculture –, avec aussi Campredon (N.1924) jusqu’en 1929 (plus tard directeur du Centre Technique du Bois), et d’autres moins connus : Capifali (N.1913), P. Ducamp (N.1922), Boucaud (N.1923) et Charly (N.1924) ; et plusieurs plus jeunes, qu’on retrouvera en majorité chercheurs et cadres du CTFT8 après la guerre15 ; avec une mention spéciale pour Guibier (N. 1906) qui, arrivé en 1908 en Indochine, y fera toute sa carrière, notamment en Annam, et saura diffuser ses travaux contrairement à la majorité de ses collègues de terrain ;
  • Lavauden (N.1907), chef du service forestier de Madagascar de 1927 à 1932 avec l’essor du service, la cartographie du domaine forestier, l’introduction d’eucalyptus et de pins et la connaissance et protection de la faune ; suivi, entre autres, par Chollet (N.1933) de 1934 à 1940 qu’on retrouvera en Indochine (1945-49) puis au Togo (1950-58) où il fera réaliser de très nombreuses plantations villageoises de teck, des barrages de retenue et des bassins de pisciculture. Madagascar aura très tôt le moins modeste service forestier français en Afrique tropicale, et beaucoup de Nancéiens vont s’y illustrer après Lavauden, tels Bigorgne (N.1926), Saboureau (N. 1930), Perraudin (N.1932), Uhart (N.1939), Champsoloix, Mouranche (N. 1942), Chauvet (N.1948) et Bégué (N. 1930), qui en deviendra le patron en 1950 ;
  • Duplaquet (N.1923), chef du service de l’AEF de 1932 à 1940, premier à pratiquer des prospections aériennes, secondé au Gabon par les Nancéiens régulateurs de l’action des « coupeurs de bois », Guislain (N.1926), Heitz, Gayraud (N.1928), Franzini (N.1930) et Gazonnaud (N.1931), qui sera nommé en 1944 Inspecteur général des forêts de l’AEF ; ainsi que Leloup (N.1923) jusqu’en 1932, qui, entre autres choses, crée l’arboretum de Mbuku Nsitu au Moyen-Congo, et aura par la suite une très belle carrière (cf. encadré) ;
  • Foury (N.1923) et Bonnet (N.1928), pour la création de réserves forestières et les premiers travaux d’enrichissement en forêt dense humide au sud du Cameroun, et Rousseau (N.1929), au Nord du territoire, notamment pour la délimitation de réserves de faune ; ainsi que Germain (N.1931) et plus tard Grand-Clément (N.1932), comme chef du service forestier ;
  • Rouvin, de la trente-sixième promotion des Barres (1926), pour l’implantation du service forestier et la création de réserves forestières le long de la voie ferrée en Guinée avant Cochet (N.1924), Gachot (plus tard chef du service forestier du Soudan puis du Sénégal) et Grand-Clément (plus tard chef du service forestier du Cameroun), tous deux N.1932 ;
  • Alba (N.1923) au Dahomey, pour les plantations de teck (ensuite en Côte d’Ivoire en 1927 et au Sénégal de 1930 à 1939, année où il est nommé Inspecteur général des forêts de l’AOF), et Michon (N.1938) ;
  • Martineau (N.1923) et Aubréville, comme chefs de service de la Côte d’Ivoire (à laquelle il faut rattacher alors la Haute-Volta) pour le catalogue de la flore, la mise en réserve de zones boisées (plus d’1 million ha dès 1929), la production et l’exploitation pour le bois de chauffe du chemin de fer, la plantation, en plein ou d’enrichissement en layons, d’essences de bois d’œuvre en forêt dense, la protection des forêts et les plantations villageoises d’essences locales ou de teck ; outre Alba entre 1927 et 1930, quatre autres Nancéiens au moins serviront à cette époque, Lajugie de la Renaudie (N.1923), Plaisance (N.1933)16, Bellouard (N.1937) et Bergeroo-Campagne (N.1939).

Marcel Leloup naît à Redon en 1897. Breton de naissance, il est grièvement blessé lors d’une mission d’observation aérienne pendant la Grande Guerre et amputé d’un bras. Il est reçu en 1919 à Polytechnique et est admis à l’École forestière de Nancy en 1921 avec un contrat de cinq ans de service aux colonies. Premier Nancéien affecté en AEF, il arrive en mars 1924 au Gabon et servira aussi au Moyen-Congo. Il rentre en 1932 en France après trois séjours en AEF marqués, entre autres, par des relations difficiles avec le gouverneur général de l’époque. Après une affectation à la DG des Eaux et Forêts à Paris, il est chargé de mission en 1936 à la Présidence du Conseil, puis nommé en 1937 Maître des Requêtes au Conseil d’État (il sera nommé Conseiller d’État en 1944). Fin 1944, il devient DG des Eaux et Forêts et se montrera un hardi réformateur en politique forestière, concevant le Fonds Forestier National et mettant l’accent sur la réponse à la demande en bois. Il est aussi membre du Comité technique international sur la forêt et les produits forestiers dont la recommandation d’inclure la foresterie dans le mandat de la FAO est adoptée lors de la création de celle-ci en octobre 1945. Et c’est naturellement qu’il en sera nommé en 1947 (premier) directeur de la Division des forêts et produits forestiers, division à laquelle il donnera un grand essor et où il sera respecté pour son efficacité et son refus des compromissions (Guillard, cf. note 9 ; et Groene, N.1956).

De 1939 à 1945, la guerre aura des conséquences négatives sur la gestion forestière dans ces territoires : mobilisation en 1939 des Nancéiens et autres personnels européens, de nouveau en 1942 pour ceux de l’AOF, départs d’AEF et du Cameroun17 pour (ou contre) l’engagement pour la France libre, occupation de l’Indochine par le Japon… Les autorités coloniales concentrent l’action sur la production de bois énergie pour les trains et les gazogènes des véhicules et des centrales électriques, et sur la récolte de caoutchouc en forêt.

De 1945 à 1960

Entre 1946 et 1957, l’École va former 103 ingénieurs français pour le service dans les territoires coloniaux (dont la moitié en trois ans seulement : 17 en 1946, 20 en 1948 et 18 en 1949), lesquels s’ajoutent aux « anciens », restés ou revenant aux colonies, et une partie des quelque 50 formés à Nancy dans les années de guerre et destinés aux colonies. Ils appartiendront au Corps des ingénieurs de la France d’outre-mer18 qui comptera 213 officiers-ingénieurs en 1959.

De 1946 à 1959 l’effectif des Nancéiens aux colonies va ainsi passer de 98 (dont 27 en Indochine, 34 en AOF, 17 en AEF et Cameroun, et 10 à Madagascar) à 181 en 1951 et à 175 en 1959 (seulement 5 en Indochine, 49 en AOF, 45 en AEF et Cameroun et 30 à Madagascar). Leur effectif va tripler à Madagascar et en Afrique centrale. Ceux des ingénieurs agronomes, des ingénieurs des travaux forestiers et des contrôleurs augmentent aussi (à Madagascar, leur effectif passe de 20 en 1947 à une quarantaine en 1953)19.

Cet afflux de cadres et la garantie de l’aide financière de la métropole via le FIDES, créé en 1946 et qui met fin à l’autonomie financière des colonies, vont permettre, sauf en Indochine, de renforcer les services forestiers et de diversifier et développer significativement leurs actions.

En Indochine, la guerre n’avait pas empêché la poursuite des mises en réserve et des aménagements et, en 1951, ils sont encore 23 Nancéiens. Mais l’insécurité puis les accords de Genève de 1954 font qu’ils vont être recasés rapidement dans les territoires africains ou en France, particulièrement au CTFT8 créé en 1950 et dont ils constitueront une partie significative des premiers cadres (cf. note 15).

Pour les territoires africains, une coordination des actions forestières est assurée au Ministère de la France d’Outre-mer par Terver (N.1933) puis Aubréville20 et, au niveau de l’AOF, de l’AEF et de Madagascar, un inspecteur général est nommé auprès du Haut-commissaire : ce seront Alba (de 1939 à 1957) pour l’AOF, Gazonnaud (de 1944 à 1958) pour l’AEF et Bégué (N.1930) pour Madagascar21.

Guillard écrit11 : « L’idée fondamentale qui anime les forestiers français en Afrique subsaharienne et à Madagascar pendant cette période est la foi dans le progrès technique et économique… Gérer, améliorer, produire est le grand motif de ces quinze années ».

Il serait trop long de décrire les très nombreuses réalisations forestières de ces années d’après-guerre. On peut seulement citer les principales :

A) En matière institutionnelle :

  • Renforcement des services forestiers (ou leur création quand ils n’existent pas encore : Mauritanie, Oubangui-Chari (service créé par Catinot, N.1943, en 1947), et Tchad (service créé par Grondard, N.1944, en 1949) ;
  • Création d’écoles forestières et de gestion de la faune pour la formation de cadres autochtones ;
  • Création de sections territoriales de recherche, qui s’associent ou sont progressivement remplacées par le CTFT8.

B) En matière de sylviculture :

  • Enrichissement en essences de bois d’œuvre de peuplements naturels (forêts classées de Côte d’Ivoire, peuplements d’okoumé dans la « première zone (forestière) » du Gabon) ;
  • Plantations en plein d’essences de bois d’œuvre en forêt dense : limba au Moyen-Congo (Groulez, N.1944, Barthélémy, N.1948) et okoumé au Gabon, avec la création de la Section technique de la forêt d’Okoumé (STFO) ;
  • Plantations en zone de savane : teck en Côte d’Ivoire et au Togo ; cassia, filao, anacardier, neem22 en divers territoires de l’AOF et au Cameroun (Monnier, N.1945); eucalyptus en altitude au Cameroun ; essais d’eucalyptus dans la région de Pointe-Noire au Moyen-Congo ; eucalyptus et pins à Madagascar.

C) Dans le contrôle des activités d’exploitation forestière en plein essor (par la vérification des « carnets de chantier » et les inventaires de concessions forestières), qui sont des activités importantes pour nombre de jeunes Nancéiens en Côte d’Ivoire, au Gabon et Moyen-Congo (comme Hubert, N.1952) ; et dans les approches d’aménagement forestier comme Sébire (N.1949) dans ce dernier territoire.

D) Activités non « forestières » au sens strict comme la récolte de la gomme arabique au Niger et au Tchad, ou le pastoralisme au Sénégal et au Cameroun.

E) Diversification dans les trois domaines suivants :

- Pisciculture : c’est un domaine dans lequel Lemasson avait travaillé en Indochine et Louvel (Barres, 1908) à Madagascar. L’introduction de tilapias dans de très nombreux étangs familiaux, d’abord en AEF et au Cameroun, fait partie des activités des forestiers (comme Hubert, N.1952, au Gabon). Lemasson créera une division Pisciculture et pêche au CTFT8 et y sera épaulé par Bard (N.1946). Des transferts d’espèces entre bassins des fleuves Sénégal, Niger et Chari-Logone sont tentés (par exemple Heterotis niloticus). Grosmaire (N.1939) est actif dans le domaine de la pêche fluviale au Sénégal ;

- Chasse et protection de la faune : la chasse fait partie du mandat des services forestiers depuis 1942 et l’expression « et des chasses » est ajoutée à leur intitulé. En 1945, sont institués un Conseil supérieur de la protection de la nature aux colonies, un Conseil supérieur de la chasse aux colonies et un corps de l’inspection des chasses et de la protection de la faune aux colonies, ce dernier éteint dès 1952. En AEF, où Bonnotte (N.1942) s’illustre, il existe en 1949 deux réserves naturelles intégrales, quatre parcs nationaux, neuf réserves partielles de faune couvrant plus de 2 millions d’ha, surveillés par une cinquantaine de gardes-chasses presque tous en Oubangui-Chari. Dans ce dernier territoire, Guigonis est très actif pour l’équipement des réserves de faune. Au Cameroun, les réserves, dont celle de Waza à l’extrême nord du territoire, sont consolidées. Roure (N.1933) est nommé chef du service fédéral des chasses pour l’AOF et des moyens viennent renforcer les trois périmètres de Niokolo-Koba (Sénégal), Boucle du Baoulé (Soudan français) et réserve de chasse de Bouna (Côte d’Ivoire). On reste très loin cependant des réalisations des Britanniques dans leurs colonies de l’Afrique de l’Est ;

- Conservation des sols : l’érosion des sols est une des premières priorités assignées à l’Office de la recherche scientifique et technique outre-mer (ORSTOM, créé en 1943 sous un autre nom et devenu l’IRD en 1998). Ceci, ajouté au développement de l’école pédologique française et au souci des forestiers de lutter contre ce fléau, entraîne entre 1948 et 1951 la création de bureaux de conservation des sols en AOF et AEF et à Madagascar ; et des actions en Guinée (« château d’eau » du Fouta Djalon des fleuves Sénégal, Gambie et Niger) avec Rouanet (N.1938), à Madagascar (Paré, N.1946 ; de Vergnette, N.1951 ; C. Bailly, N.1953 ; G. Benoit de Coignac, N.1960), au Nord-Cameroun des travaux contre l’érosion éolienne, et en Haute-Volta23 la confection de banquettes, sans oublier les aménagements agro-sylvo-pastoraux associés au Sénégal, Nord-Togo (Lescanne, N.1951), Nord-Cameroun (Guillard, Wertheimer) et Madagascar.

Il y aura des échecs, comme celui de la Régie d’État industrielle de la cellulose coloniale et son usine pilote de 6 000 t de pâte à papier en Côte d’Ivoire ; celui, plus général, de la protection des espaces boisés contre les « feux de brousse » ; et, plus grave encore, celui de la sauvegarde du domaine forestier permanent des forêts classées24.

À partir de 1958-60, et des Indépendances des territoires africains, une partie des Nancéiens tropicaux rentrent en France, soit pour y prendre leur retraite anticipée grâce au « congé spécial », soit pour intégrer des institutions métropolitaines : Direction des forêts (Blais, N.1949), Inventaire forestier national (Bertrand N.1945), ONF (services déconcentrés : Maheut, N.1946,  Guédet, N.1953 ; y compris Guyane : Grivaz et Mulard, N.1945) ; ENGREF (Braunstein, N.1946, Lanier, N.1955) ; Ministère de la Coopération (Vernède et Lefebure, N.1945) ; au siège du CTFT8 (Letourneux et Champsoloix, tous deux anciens d’Indochine, Devois (N.1940), Le Ray (N.1942), Catinot (N.1943), Groulez, Grasser (N.1945), Mariaux (N.1948), Lepitre (N.1949) ; ainsi que dans divers bureaux d’études publics : Bureau pour le développement de la production agricole (BDPA) pour Guillard et Groene (après la Haute-Volta et Madagascar), et Société centrale pour l’équipement du territoire (SCET) pour Puech (N.1951), après la Côte d’Ivoire et la Haute-Volta. Peu rejoignent les entreprises privées comme Gachot (N. 1932 – plus tard au Brésil avec la FAO), Gazonnaud à Luterma, Sellier à Optorg, Lallemand (N.1935) et Léonard (N.1953) à la Cellulose du Pin, et Rérolle (N.1951) à l’Air Liquide. Après deux ans au Gabon, Touzet (N.1954) deviendra le premier directeur de l’Association Forêt-Cellulose (AFOCEL).

Un nombre significatif de Nancéiens tropicaux va rejoindre aussi la forêt privée et la coopération forestière : Allouard crée en 1960 l’Association technique de la vulgarisation forestière (ATVF, ancêtre de l’Institut de développement forestier, IDF) que rejoignent Delabraze (N.1952) et Hubert à leur retour respectivement de Côte d’Ivoire et du Gabon; Rothe sera expert forestier ; Giraut (N.1948) sera longtemps directeur général de la Fédération nationale des syndicats de propriétaires forestiers sylviculteurs ; Jarlet (N.1954) rentre à la coopérative CAFSA du Sud-ouest ; Bellouard rejoint la Société forestière de la Caisse des dépôts et consignations ; d’autres enfin seront les premiers directeurs de CRPF comme Gaillard (N.1951), passant ainsi du Gabon à la région Limousin, et Groene, passant du BDPA à la région Franche-Comté, suivis par plusieurs forestiers tropicaux (comme Collet, N.1953) dans d’autres CRPF.

Cependant, une majorité des quelque 200 membres du Corps autonome des ingénieurs des Eaux et Forêts d’outre-mer de 1959 vont continuer à servir les pays nouvellement indépendants sous différentes casquettes :

  • Conseillers techniques auprès des nouvelles autorités forestières (Bonnotte au Congo ; J. Morel au Mali ; Lallement (N.1949) au Cameroun) ;
  • Experts et chefs de projets financés par le Fonds d’Aide et de Coopération (FAC)25 et la Caisse Centrale de Coopération Économique (CCCE) (comme Blaisel et Duclos de Veslud, N.1945, et Gloriod, N. 1956) ;
  • Chercheurs dans les sections outre-mer du CTFT, comme De la Mensbruge (N.1940), Tariel (N.1942), Huet (N.1946) et Lessent (N.1948) en Côte d’Ivoire, Giffard (N.1946) au Sénégal, Schirlé (N.1952) au Cameroun, Capuron et Guéneau (N.1957) à Madagascar ;
  • Dans d’autres institutions de recherches tropicales, comme Dommergues, Paré et Piot (N.1955) ;
  • Dans les institutions internationales : à la FAO : A. Consigny au Chili, Guichon (N.1939) au Gabon, Chauvin (N.1940) au Brésil, Rollet au Congo, Dubreuil (N.1946)26 au Cameroun (après l’Indochine et l’AOF), Da Costa (N.1957) après le Congo, Brochu (N.1948) et Delon (N. 1954) au siège à Rome après Madagascar ; et à la Banque mondiale à Washington : Gorse (N.1949), après le Sénégal.

Les « Nancéiens » sous les Tropiques après 1960

Des modalités de « tropicalisation » des ingénieurs forestiers qui évoluent

La formation d’ingénieur forestier dispensée à Nancy évolue à partir des années 1960 suivant les différentes réformes de l’enseignement supérieur du ministère de l’Agriculture. L’École nationale des Eaux et Forêts (ENEF) devient en 1965 le Centre de Nancy de l’École nationale du Génie rural, des Eaux et des Forêts (ENGREF). En 1990, le Centre se voit adjoindre la Formation des ingénieurs forestiers (FIF) de l’École nationale des ingénieurs des travaux des Eaux et Forêts (ENITEF ou « École des Barres »). En 2007, au sein de ce qui prend le nom de campus de Nancy d’AgroParisTech, ne reste plus au niveau de formation de l’ENEF que le Mastère spécialisé « Forêt, Nature et Société ».

En 1986, l’ENGREF crée à Montpellier la formation FRT (Foresterie rurale et tropicale) pour les régions chaudes, initiée par Eugène-Francis Debazac (N.1947) et assumée ensuite longtemps par Jean Bedel (N.1962), puis Régis Peltier (ENSAIA 1976, N.1977, passé aussi par le Gabon et le Cameroun) et Maya Leroy (École nationale supérieure agronomique de Montpellier 1987, docteur ENGREF 2004). Cette formation s’est diversifiée à différents niveaux à partir de 2007 au sein du campus de Montpellier d’AgroParisTech, avec le MS FNS-MI (mastère spécialisé Forêt, nature et société – management international), la dominante GEEFT (Gestion environnementale des écosystèmes et forêts tropicales) et le master BioGET (Biodiversité végétale et gestion des écosystèmes tropicaux).

En complément de ces formations et des stages en régions tropicales, le service militaire obligatoire a permis la « tropicalisation » de jeunes ingénieurs forestiers, nombre d’entre eux ayant effectué leur service militaire en coopération dans des pays du Sud comme « VSN » (Volontaires du service national) ou comme « VAT » (Volontaire de l’assistance technique) en France d’outre-mer. La suppression du service militaire obligatoire en 1997 entraînera la disparition de ces volontariats. Les stages et césures (de six mois à un an) à l’étranger, largement intégrées au sein des cursus de formation supérieure, prennent en partie le relais.

La « coopération militaire », combinée au fait qu’avant les années 1990 la proportion de femmes était nettement plus faible dans les écoles forestières et agronomiques (66 % de jeunes femmes dans les promotions des écoles agronomiques actuellement, contre moins de 10 % dans les années 1970-1980), explique le faible nombre d’ingénieures forestières chevronnées parmi les tropicaux. Leur effectif a depuis augmenté, avec des formations diversifiées, souvent universitaires.

De nombreux ingénieurs venus des pays tropicaux ont suivi les formations forestières à Nancy : ainsi, de 1952 à 1989, 62 ingénieurs de ces pays sont sortis de l’ENEF (36) puis de l’ENGREF (26) avec le diplôme d’Ingénieur civil des (eaux et) forêts, avec une forte dominante africaine (50, dont 16 Malgaches, 8 Ivoiriens, 8 Camerounais et 4 Sénégalais) et un petit nombre d’Asiatiques (10 dont 4 Laotiens et 3 Vietnamiens). De 1991 à 2010, 28 ingénieurs ont été diplômés de l’ENGREF (forestiers et non forestiers), dont une grande majorité venant de Chine (17) et de Madagascar (6).

Des contextes différenciés

Dans les départements et territoires d’outre-mer français tropicaux, 1960 n’est pas une césure, des Nancéiens continuant à y être affectés (comme Jean-Marc Miguet, Pierre de Montaignac (N.1962), Olivier Soulères (N.1977), Hervé Houin (N.1990) et Olivier James à la Direction régionale de l’ONF à La Réunion, Michel Corbasson et Jean-François Cherrier en Nouvelle-Calédonie), d’autres en Guyane (voir plus loin), la différence étant surtout d’ordre institutionnel : la gestion des forêts publiques y est confiée à l’ONF à partir de 1966.

Dans les territoires tropicaux africains devenus indépendants, trois grands secteurs ont été les principaux bénéficiaires des compétences des Nancéiens français : l’assistance technique, la recherche et l’enseignement ; et, plus récemment, les bureaux d’étude. Des forestiers de pays du Sud formés à Nancy comme à Montpellier, ont largement contribué au développement forestier de leur pays.

Afin d’illustrer l’apport des Nancéiens français et africains à la foresterie tropicale après 1960, nous présenterons plus en détail cinq cas couvrant bien le champ de ces apports : CTFT (intégré au Cirad en 1984), Côte d’Ivoire, République du Congo, pays du CILSS (Comité inter-États de lutte contre la sécheresse au Sahel) et Guyane. Il faut aussi souligner la contribution majeure des forestiers issus d’autres formations françaises – notamment Les Barres puis la FIF à Nancy, les lycées forestiers comme ceux de Meymac et Poisy ; et les universités – qui ont pris une place croissante et majoritaire dans la recherche et dans les projets de terrain.

L’objectif n’est pas de présenter une liste exhaustive des Nancéiens ayant travaillé au service des forêts tropicales après 1960, mais de faire ressortir la diversité des parcours et des activités, et de montrer l’évolution des sources de compétences en matière de foresterie tropicale. Nombre de Nancéiens ne seront donc pas cités ci-dessous, sans que cela mette en question leur apport à la foresterie tropicale.

Du CTFT aux unités de recherche du Cirad

Crée en 1949 sous le statut de société d’État, le Centre technique forestier tropical (CTFT) a été un acteur majeur de la contribution française à la gestion durable des forêts tropicales, en matière de recherche comme d’appui au développement ; il a mobilisé pour cela un nombre important d’ingénieurs forestiers qui ont apporté leurs compétences aux régions et pays du Sud. Il a servi en permanence de pôle unificateur, non seulement pour la recherche forestière tropicale française, surtout au début, mais plus largement en tant que référence technique pour l’action forestière en Afrique tropicale.

L’ouvrage Le Centre technique forestier tropical, 1916-1984 rédigé par René Catinot (DG du CTFT dans les années 70) présente l’histoire de cet organisme avec ses centres en Afrique tropicale (Gabon, Congo, Cameroun, Madagascar, Côte d’Ivoire, Niger, Burkina Faso, Sénégal)27 au début des années 60 en étroit partenariat avec les pays concernés. La contribution des Nancéiens a été majeure durant la vie du CTFT, les directeurs généraux et la grande majorité des directeurs des divisions et des centres à l’étranger ayant été formés à Nancy.

René Catinot naît en 1920. Ingénieur agronome (INA) et ingénieur des Eaux et Forêts, il crée, en 1947, et dirige jusqu’en 1954 le Service des Eaux, Forêts et Chasses en Oubangui Chari (devenu en 1958 la République centrafricaine). Il est ensuite affecté au Gabon comme chef de la Section technique de la forêt d’Okoumé (STFO), puis responsable de la recherche, et devient en 1958 directeur du CTFT du Gabon, premier pays à confier au CTFT en 1958 la conduite de ses recherches forestières. Il prend en 1963 la Direction des recherches forestières du CTFT à Nogent-sur-Marne, en vue de coordonner les recherches menées dans les centres à l’étranger. Il rédige de nombreux articles dans « Bois et Forêts des Tropiques » sur l’aménagement des forêts naturelles et sur les reboisements artificiels, éclairant d’un jour nouveau ces questions, ses analyses restant d’actualité aujourd’hui. Il est nommé Directeur Général du CTFT en 1969, poste qu’il occupera jusqu’à sa retraite en 1981, et sera remplacé par Louis Huguet (N.1946), précédemment directeur à la FAO. René Catinot continuera à promouvoir une gestion durable des forêts tropicales, en appui à diverses organisations, en particulier la FAO et l’OIBT. Il décède en 2006 à 86 ans dans son Auvergne natale.

L’organigramme en 1983 fait bien ressortir cette situation, avec Louis Huguet comme (dernier) Directeur général, Claude Bailly à la Direction des recherches forestières et piscicoles, Francis Cailliez (N.1965) à la Direction des recherches sur le bois, Claude Lepitre comme directeur du Bureau des études techniques. De même, les directeurs de centres à l’étranger et outre-mer, rattachés à Michel Corbasson (Division matériel végétal) et Jean-Pierre Goudet (N.1955, Division production forestière), étaient alors Jean-Claude Delwaulle (N.1962) au Congo, Olivier Hamel (N.1974) au Sénégal, François Grison (N.1970) au Cameroun, Jacques Piot en Haute-Volta, Claude Barbier (N.1974) en Guyane et Denis Bavard (N.1973) en Nouvelle-Calédonie. Le centre de Côte d’Ivoire était dirigé par Kamonon Diabaté, chercheur ivoirien, succédant à François Wencelius (N.1969), et la mission de Madagascar par Dominique Louppe, ingénieur de Gembloux, ayant succédé à Claude Malvos (N.1966)28.

Le Cirad, créé en 1984, a intégré le CTFT sous la forme d’un département dénommé « Cirad-Forêt » avec comme directeurs successifs Francis Cailliez, Jean-Marc Dubois (N.1969), Jacques Valeix (N.1978) et Bernard Mallet en 2004 (INA-PG, 1972), dernier directeur du Cirad-Forêt. Cette évolution a entraîné une forte évolution de la formation initiale des chercheurs, les formations universitaires suivies d’une thèse devenant prépondérantes par rapport aux formations d’ingénieurs, la notion « d’ingénieur forestier » généraliste ne correspondant plus aux orientations disciplinaires de la recherche française – avec des exceptions notables, comme Sylvie Gourlet-Fleury (N.1986), Nicolas-Gilbert Picard (N.1996), Bruno Locatelli (N.1995).

Sylvie Gourlet-Fleury, née en 1962, est diplômée de l’INA PG (Institut national agronomique de Paris Grignon) et de l’ENGREF dont elle sort en 1986. Après une expérience en Afrique tropicale, elle entre en 1987 au centre montpelliérain de l’ENGREF comme adjointe du directeur de la formation forestière. Puis part en 1989 sur un poste de chercheur Cirad en Guyane, travaillant sur le dispositif de Paracou. Elle soutient sa thèse à l’Université de Lyon sous la direction de François Houllier. Ses travaux conduisent à la préconisation de nouvelles règles de sylviculture et à la révision de la durée des cycles de rotation en forêt guyanaise, faisant d’elle une des pionnières de la modélisation de la dynamique des forêts tropicales. En 1996, elle est affectée à Montpellier et dirige l’unité « Dynamique des forêts naturelles » jusqu’en 2010, une des premières femmes directrices d’UR au Cirad. Elle coordonne de grands projets de recherche dans le Bassin du Congo (CoForChange, DynafFor, Dynafac, P3FAC) qui aboutiront à l’émergence d’un des plus grands réseaux de dispositifs de suivi de la dynamique forestière en Afrique centrale. Ses très nombreuses publications et conférences démontrent l’importance de sa contribution en écologie et en aménagement des forêts d’Afrique centrale. Après un long et courageux combat contre la maladie, Sylvie Gourlet-Fleury décède en janvier 2023 à l’âge de 59 ans ; elle aura jusqu’à la fin continué de travailler au service des forêts tropicales.

La restructuration du Cirad en 2007, avec la disparition des départements filières (dont le département Forêt), la création de trois départements scientifiques et d’unités de recherche, en cohérence avec la structuration de la recherche française, a accéléré ce processus, les compétences forestières tropicales (forêts naturelles, plantations, agroforesterie, produits forestiers...) étant maintenant éclatées entre ces nouvelles unités. La place des chercheurs de formation universitaire, ou ingénieurs + thèse, s’est ainsi très fortement accrue : début 2025, le directeur de l’UR « Forêts et sociétés » est Plinio Sist, universitaire ; le directeur de l’UR « BioWooEB » est Jean Michel Commandé, ingénieur des Mines d’Alès, et Alain Karsenty, économiste reconnu dans le monde forestier, de l’UR « Savoirs, Environnement et Sociétés » est de formation universitaire. En revanche, celle des ingénieurs forestiers a fortement diminué dans les recrutements récents, cette évolution s’accompagnant d’une féminisation croissante des chercheurs. Nombre de forestiers autres que Nancéiens ont pris des fonctions de direction au sein du Cirad, que ce soit à la Direction générale – comme Jean-Paul Laclau (ITEF, Ingénieur des techniques des Eaux et Forêts, thèse, DG délégué à la Recherche et à la Stratégie) et Alain Billand (ITEF, directeur de l’Impact et du marketing de la science) – et comme directeurs régionaux : Jean-Guy Bertault (lycée de Meymac et docteur de l’Université de Nancy) en Indonésie, Bernard Mallet au Brésil, Denis Gautier en Afrique du Nord, Jean-Marc Bouvet (ITEF, thèse) à Madagascar.

Au-delà du CTFT et du Cirad, les grands organismes de recherche français, comme l’IRD (ex-ORSTOM), l’INRAE (ex-INRA), le CNRS et certaines universités, ont été ou sont fortement impliqués dans les recherches sur les forêts tropicales, par le travail de leurs chercheurs (cf. Bernard Riera au Muséum National d’Histoire Naturelle, Pierre Couteron à l’IRD), dont plusieurs, comme ce dernier, passés par des formations d’ingénieur : François Houllier (N.1983), Jean-Marc Guehl (INA PG 78, décédé en 2022), Erwin Dreyer (ENSAIA, 1978) à l’INRAE, Bernard Thibaut (N.1973) au CNRS…

La Côte d’Ivoire est le pays de l’Afrique francophone continentale qui a la plus longue histoire forestière ; elle a été un des creusets de la réflexion et de l’expérimentation en matière de gestion forestière, bien que les surfaces forestières aient drastiquement diminué au cours des décennies passées du fait de l’expansion de l’agriculture promue par le président Félix Houphouët-Boigny et facilitée par l’ouverture des réseaux de pistes d’exploitation forestière.

Huit ingénieurs ivoiriens sont passés par Nancy entre 1960 et 1985, trois d’entre eux ayant été ministres de l’Agriculture ou des Eaux et Forêts dans les gouvernements du président Houphouët-Boigny, à savoir Jacques Toro et Attobra Koffi (N.1964), et Christian Lohourignon Zagoté (N.1971). D’autres ont eu des postes de responsabilité à la SODEFOR (Société de Développement forestier, cf. ci-dessous), comme Souleymane Cisse (N.1966) et Jean-Claude Koffi Konan (N.1988).

Nombre de forestiers français ont contribué à la mise en œuvre de la stratégie forestière ivoirienne dans diverses structures, en particulier le ministère des forêts, la SODEFOR et le CTFT Côte d’Ivoire. Le relai a été pris au cours des années 80 par des chercheurs et gestionnaires forestiers ivoiriens. On peut ainsi citer Jean Clément (N.1964) qui dirigea en 1966-67 l’inventaire forestier national de Côte d’Ivoire initié par Jean-Paul Lanly29, et servira par la suite au ministère ivoirien des forêts dans les années 70, puis à la FAO. Alain Bertrand (École Supérieure du Bois, ESB) travaillera aussi auprès du ministère ivoirien des forêts (puis au Niger, au Mali et à Madagascar) ; et Gilles Mille, ingénieur de Gembloux, qui après le Maroc, Haïti et la Guinée, servira à l’école forestière du Banco.

La SODEFOR, créée en 1966 et gérant les forêts classées du pays, a développé de grands programmes de plantations forestières et mis en place des dispositifs de recherche sur la gestion des forêts naturelles avec l’appui du CTFT. Son premier directeur a été Jean Huet de 1967 à 1974, suivi par des directeurs ivoiriens dont certains Nancéiens. Plusieurs autres Nancéiens français ont travaillé au sein de la SODEFOR dans les années 1970/80, comme François Gonin (N.1954), Jacques Mielot (N.1963) assisté de Jean-Guy Bertault sur la conception et la mise en place de dispositifs de recherche sur les forêts naturelles, Alain Chaudron (N.1975), conseiller du PDG, puis Denis Destremau (N.1965) et Patrice Mangin-Lecreulx (N.1982) sur l’aménagement forestier, et Bernard Martin (N.1966) sur les plantations clonales.

Le CTFT Côte d’Ivoire, en charge de la recherche sur les forêts, le bois et la pisciculture, devenu établissement ivoirien en 1965, a été dirigé au début par des Nancéiens français (Guy de la Mensbruge ; Pierre Barbaud, N.1948 ; François Wencelius), et par Bernard Mallet, ainsi que par des scientifiques ivoiriens dès les années 80 (Kamonon Diabate, puis Ernest Balle Pity, avec le changement en IDEFOR-DFO – Institut du développement forestier, Direction des forêts – en 1992). Nombre de Nancéiens français ont été en poste en Côte d’Ivoire comme sylviculteurs dans les années 70/80, comme Jean-Pierre Goudet, Henri-Félix Maitre (N.1973), Oudara Souvannavong (N.1975), Vincent Beligne (N.1978), Ivan Behaghel (N.1986). Il en est de même pour nombre d’ingénieurs forestiers des Barres – comme Bernard Dupuy et Claude Lebahy ensuite affecté à l’ONF – de l’ESB (Patrick Durand), d’agronomes (Gilles Chaix, ENSAM, ayant servi aussi au Congo et au Brésil), d’ingénieurs de Gembloux comme Dominique Louppe, d’universitaires comme Michel Malagnoux, ensuite nommé à la FAO, tous contribuant à la formation et à la prise de relais par des ingénieurs et scientifiques ivoiriens. Des chercheurs, comme Jean-Guy Bertault, ont ainsi travaillé aussi bien au sein de la recherche (CTFT) que du développement (inventaires, SODEFOR). Plusieurs de ces ingénieurs et chercheurs ont contribué à l’enseignement forestier, que ce soit à l’école du Banco, à l’école agronomique d’Abidjan puis Yamoussoukro, ou dans les Universités.

L’implication de forestiers français se poursuit, de façon plus limitée, dans la recherche au sein du Cirad (avec des chercheurs de formation universitaire, comme Bruno Hérault et Raphaël Aussenac) en coopération avec des organismes ivoiriens, dont l’Institut national polytechnique Houphouët-Boigny (INPHB) ; et dans l’appui au développement, avec l’ONFI (Office National des Forêts International), impliqué dans la réalisation de l’inventaire forestier et faunistique national (avec Pascal Cuny, N.2000).

La République du Congo est également un haut lieu de l’histoire de la foresterie tropicale, l’exportation de ses bois d’œuvre ayant démarré au début du XXe siècle, et des actions de restauration forestière initiées dans le Mayombe dès les années 1930.

Le partenariat en matière forestière entre la France et la République du Congo s’est poursuivi après l’indépendance du pays, dans le cadre des programmes d’inventaires, de recherche et dans des projets de développement, avec l’implication de nombreux Nancéiens et autres ingénieurs forestiers formés en France, qu’ils soient français ou congolais.

Le « trombinoscope » des chercheurs ayant travaillé au CTFT au Congo de 1958 à 1988 comprend 64 ingénieurs forestiers (dont 5 ingénieurs congolais) : 25 Nancéiens, 28 ingénieurs des techniques forestières (ITEF), 11 ingénieurs issus d’autres formations (Agro, Gembloux, ESB, ISTOM30) ; 7 techniciens forestiers ; 5 universitaires (dont 3 Congolais). Sur les 68 cadres français passés par le CTFT Congo, 59 ont eu un statut de VSN, une majorité ayant par la suite travaillé en France (ONF, administrations, AFOCEL…), une minorité à l’étranger (avec le CTFT, la FAO…), confirmant l’importance de ce statut dans la « tropicalisation » des ingénieurs forestiers.

Différents directeurs s’y sont succédé de 1960 à 2020, dans le cadre d’abord du CTFT, à savoir les Nancéiens Jacques Groulez, à l’origine du programme considérable de recherches génétiques sur les eucalyptus, Bernard Martin, Henry Chaperon et Jean-Claude Delwaulle, puis dans celui de l’UR2PI (Unité de recherche sur la productivité des plantations industrielles) à savoir Olivier Hamel et Jean-Pierre Bouillet (N.1984) eux aussi Nancéiens, Jean-Noël Marien (ENSA Montpellier, 1973), Yves Nouvellet (Lycée de Poisy, thèse), Philippe Vigneron (Université). De nombreux cadres forestiers français, dont Christian Fargeot (ITEF, thèse), Jean-Marc Bouvet, Michel Taponot (Lycée de Poisy), ont également travaillé au sein de ces structures.

Parmi les cadres congolais, citons notamment les anciens de la recherche, Jean-Prosper Koyo (Université de Louvain) et Rosalie Matondo (Institut supérieur d'agronomie de Plovdiv), tous deux devenus par la suite ministres en charge des forêts, ainsi qu’Antoine Moutanda ancien directeur du SNR (Service national des reboisements) et Christian Moka, qui a travaillé avec les sociétés de plantations forestières.

Des Nancéiens et autres ingénieurs et techniciens ont travaillé pour la société de plantations d’eucalyptus (UAIC, Unité d’afforestation industrielle du Congo, puis ECO-SA, EFC-SA) dans les années 70/90, comme Yves Laplace (Directeur de l’UAIC, N.1977), Georges Quillet, Jean-Paul Laclau, Jean-Louis Blanchez (Université de Louvain), en partenariat étroit avec leurs collègues congolais. Citons aussi l’élaboration du Plan national d’action environnementale (PNAE) du Congo avec Jean-Pierre Profizi (universitaire).

Les grands programmes d’inventaire ont ainsi bénéficié des compétences de plusieurs ingénieurs français, dont Jean-Louis Croisé (N.1971).

Des forestiers français travaillent actuellement en République du Congo, dans des projets d’aménagement agroforestier, comme Éric Forni (Gembloux) et Émilien Dubiez (FIF, 2006) du Cirad ; ou dans des projets de reboisement forestier et agroforestier pilotés par le Bureau d’études FRM (Forêt Ressources Management) dirigé par Bernard Cassagne (École des Barres, docteur de l’université de Montpellier) avec l’apport des Nancéiens Nicolas et Florence Bayol (N.1995) et Flore Hirsch (INA PG, FIF, 2011), travaillant en lien étroit avec le ministère congolais des forêts.

Au-delà de l’exemple de la République du Congo, nombre de Nancéiens et autres cadres forestiers français ont servi dans les autres pays du Bassin du Congo (Cameroun, Gabon, République Centrafricaine, République démocratique du Congo): conseillers techniques comme Jean Le Ray, Daniel Lallement, Bernard Chevalier (N.1964), Gabriel Tandeau de Marsac (N.1966), Alain Chaudron, Jean-Pierre Profizi (universitaire), Christophe Besacier (ENSA Toulouse-ENSSAA) ; dans les projets de développement forestier, comme Guy Gloriod et Bernard Vannière (N. 1961) ; dans la recherche comme Jean Leroy Deval (N.1951), Jean Bedel, François Guinaudeau (N.1937) ; dans l’enseignement comme Jean-Jacques Faure (N.1960), Georges Ramanantsoavina (N.1961), Daniel Depierre (N.1962), et Gabriel Tandeau de Marsac.

Les pays d’Afrique sèche (Burkina Faso, Mali, Niger, Sénégal, Tchad) ont aussi bénéficié de l’appui d’ingénieurs forestiers sur les enjeux de gestion des forêts, de défense et restauration des sols, de bois énergie. Parmi les Nancéiens, on peut citer les directeurs des Services nationaux, comme Baba Dioum (N.1964) et El Hadj Sene (N.1968, cf. encadré) au Sénégal31, les directeurs ou chercheurs dans les centres et missions CTFT, comme Jacques Piot, Jean-Claude Delwaulle, Yves Birot (N.1964), Claude Barbier, Olivier Hamel, Régis Peltier, Denis Depommier (N.1983) et Jean Michel Harmand (N.1984), et les experts coopérants comme Jean-Daniel Spaak (N.1962) au Burkina Faso. Citons enfin Pierre Montagne (ESA Purpan, 1980), qui a beaucoup œuvré avec ses partenaires nationaux pour une gestion durable de la ressource en bois énergie.

El Hadj (Mbara) Sene naît en 1942 à Sokone dans le Sine-Saloum au Centre-Ouest du Sénégal. Après des études au lycée de Saint-Louis, il est sélectionné pour des études supérieures en France qu’il mène avec succès à l’École des Barres puis à l’École nationale des Eaux et Forêts de Nancy d’où il sort en 1966. Il sert dans la fonction publique sénégalaise au sein de la Direction des Eaux et Forêts, qu’il dirigera de 1974 à 1984. Ses compétences sont très vite reconnues au niveau international (membre du Conseil international de coordination du Programme « L’Homme et la Biosphère » de l’UNESCO, administrateur de l’ICRAF). En 1985, la FAO le choisit pour coordonner la célébration de la première Année Internationale de la Forêt et, en 1986, le nomme Fonctionnaire chargé de la foresterie des zones arides, puis le promeut Chef du Service de la conservation des terres de la Division des ressources forestières, enfin Directeur de celle-ci de 2000 à 2004, année de sa retraite. Jusqu’à son décès en 2020 à Sokone, il mène plusieurs activités : consultant, maire de Sokone et secrétaire général de l’Association des volontaires pour l’avancement de l’agriculture au Sénégal.

Il en est de même à Madagascar, dont 16 nationaux seront diplômés de Nancy entre 1961 et 1973, le premier d’entre eux étant Georges Ramanantsoavina (cf. encadré), avec, au CTFT, les Nancéiens français Claude Bailly, Paul Guéneau et Claude Malvos, et bien d’autres forestiers et agroforestiers.

Georges Ramanantsoavina naît en 1937 d’un père agent technique des Eaux et Forêts. Il peut fréquenter l’école primaire, puis le lycée de Tananarive, et poursuivre des études de biologie en France, avant d’intégrer l’École forestière de Nancy dont il sort diplômé en 1961. Rentré à Madagascar, il est nommé adjoint au Directeur général des Eaux et Forêts puis remplace celui-ci en 1963, devenant le premier Malgache dans cette fonction. En 1968, il est Directeur général de l’Agriculture avant de quitter l’administration en 1973 pour prendre la direction des Papeteries de Madagascar. Parallèlement, dès 1965, il assure des cours à l’Université de Tananarive. Entre 1980 et 1990, il est aussi président du Syndicat des Industries de Madagascar. En 1990, contraint de quitter son pays pour des raisons politiques, il est chef de département à l’Université de Dschang au Cameroun au titre de la coopération bilatérale française. Il prend sa retraite en 1996 et décède à Paris en 2005.

Il convient de mentionner les Nancéiens qui ont servi dans le domaine de la gestion de la faune sauvage, des réserves de faune et des aires protégées en zone de savane, notamment Jean Sopena32 (N.1959), comme chef de l’inspection de la chasse et de la protection de la nature en zone de savane à Bouaké en Côte d’Ivoire (1964-68), Bernard Stanguennec (N.1962) et Jean Thomassey (N.1961) dans le nord de la Centrafrique (villes de Ndélé et Ouadda) et au Tchad pour ce dernier, et Daniel Depierre dans le Centre-est du Tchad (Abeche).

L’Asie comme l’Amérique latine ont également été des régions d’intervention de nombre de forestiers et de différents organismes français au cours des dernières décennies, souvent dans le cadre de projets de R&D menés en partenariat avec les structures nationales et avec l’appui de cofinancements français (notamment Agence française de développement, AFD, et Fonds français pour l’environnement mondial, FFEM) : en Indonésie et Malaisie, avec le Cirad ; et en Amérique latine, en particulier au Brésil (avec le Cirad sur la gestion des forêts amazoniennes et la durabilité des plantations d’eucalyptus, et avec l’Office national des forêts International, ONFI, sur les plantations « à enjeu carbone »), en Colombie (avec ONFI sur des programmes de plantations), au Costa Rica (en partenariat avec le CATIE33 sur les thématiques agroforestières) et au Venezuela (Bernard Vannière).

La Guyane (8 millions d’hectares de forêts, dont 6 gérées par l’ONF) a bénéficié de l’apport de nombreux ingénieurs forestiers, en particulier à la Direction régionale de l’ONF, dans l’administration (Direction départementale de l’agriculture et de la forêt, DDAF), à l’Office français de la biodiversité (OFB) et dans la recherche (CTFT puis Cirad, CNRS, INRAE, au sein de l’unité mixte de recherche ECOFOG).

L’ONF joue un rôle majeur dans la gestion des différentes composantes de la forêt guyanaise ; sans volonté d’exhaustivité, on peut ainsi citer, à la direction régionale de l’ONF, Marc Gazel (N.1963), Jean Sopena32, Denis Destremau, Jacques Valeix (dans les années 90, avant de devenir directeur du Cirad-Forêt de 1997 à 2005), et plus récemment Pierre-Jean Morel (N.1993), Éric Dubois (N.2000), Nicolas Karr, Catherine Latreille, et, depuis 2024, François Korysko (N.FIF.2007). D’autres Nancéiens comme Bertrand Fleury (N.1986) et Stephane Guitet (N.FIF.1992) ont fortement contribué aux compétences reconnues de l’ONF en Guyane.

Le CTFT, puis le centre Cirad en Guyane a été dirigé par plusieurs Nancéiens, en particulier Aloïs Schirlé, Claude Barbier et Olivier Hamel, ayant tous trois travaillé en Afrique. D’autres ingénieurs forestiers ont accompagné la recherche forestière en Guyane, comme Pierre Dubus sur les plantations forestières, Bernard Thibaut sur le bois (CNRS et Cirad), Laurent Schmitt qui a mis en place le dispositif de recherche sur les forêts naturelles de Paracou, Vincent Favrichon (N.1985), modélisateur. Soulignons tout particulièrement l’apport de Sylvie Gourlet-Fleury (cf. encadré).

Le GIS Silvolab, créé en 1992, a été dirigé par Olivier Laroussinie (N.1988), et remplacé en 2008 par le GIS IRISTA ; il a fortement contribué à la coordination des activités forestières en Guyane, avec la création de l’Unité Mixte de Recherche ECOFOG (Cirad, IRD, CNRS, AgroParisTech, Université Antilles Guyane et INRAE), qui a en particulier été dirigée par deux grands spécialistes du bois et de la biomécanique, Bernard Thibaut, puis Meriem Fournier (N.1987), par la suite directrice du campus AgroParisTech de Nancy.

Une présence stratégique dans les organisations nationales et internationales

Nombre d’organisations nationales et internationales ont bénéficié des compétences des Nancéiens (et plus généralement des ingénieurs et cadres forestiers formés en France) ayant acquis une compétence tropicale dans leur carrière, et qui ont joué un rôle important dans la définition et la mise en œuvre des stratégies forestières de ces organisations.

Au-delà de l’ONF et du CTFT/Cirad, déjà cités, et des ministères français concernés par les forêts tropicales, il convient de citer les organismes de coordination, comme le GIP ECOFOR en France (son directeur actuel, Nicolas-Gilbert Picard, a été précédemment en poste au Cirad, à Montpellier puis au Gabon) et les organismes des Nations Unies, notamment la FAO (Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture), avec en particulier – après les grands anciens forestiers que furent Leloup, premier directeur de la division des forêts de l’Organisation (1947-59), Terver, Fontaine (N.1937) et Huguet – Jean-Paul Lanly (Directeur des ressources forestières, 1984-1996), Jean Clément et El Hadj Sene du Sénégal (N.1966) qui lui succédèrent (cf. encadré), et plusieurs autres fonctionnaires français au siège ou sur le terrain, comme Guy Fradin (N.1974), Michel Malagnoux, Patrick So (ITEF, 1991), Oudara Souvannavong et, plus récemment, Christophe Besacier, Caroline Merle (INA PG, 1996, ONFI, puis FAO) ou Rémi d’Annunzio (Mines ParisTech 2002, Docteur AgroParisTech).

Bien d’autres structures ont bénéficié des compétences des Nancéiens, à l’image :

  • Du CIFOR (Centre de recherche forestière international), actuellement dirigé par Robert Nasi (ITEF), où ont également servi Christian Cossalter (IGREF 1995) après la FAO, Yves Laumonier, Philippe Guizol et Bruno Locatelli (ENGREF 1995), ce dernier après le CATIE (Costa Rica) ;
  • De l’Institut français de Pondichéry, qui eut François Houllier (1994-97) et Denis Depommier (1998-2002, en poste aussi dans plusieurs pays africains) comme directeurs français ;
  • Les bureaux d’étude, comme FRM déjà cité, TEREA, dirigé par Benoit Demarquez (N.FIF.1992), et ONFI et ses filiales (ONF Andina, ONF Brasil, Initiative Kiwa en Nouvelle-Calédonie) font appel à des compétences et formations diversifiées, dont celles d’ingénieurs forestiers.
  • Des bailleurs de fond, comme :

- La Banque mondiale, avec les appuis de Jean Gorse (qui y servit de 1974 à 1987), de François Wencelius, de Carole Megevand (INA PG 94) et de Laurent Valièrgue (ITEF puis IGREF 2004, ancien directeur d’ONFI, actuellement président de The Shared Wood Company) ;

- La Commission européenne, avec Bernard Mallet à la Direction générale Environnement ;

- L’Agence française de développement (AFD), qui finance de très nombreux projets forestiers en régions tropicales, en particulier en Afrique et en Amazonie, et joue un rôle majeur dans l’action de la France face aux enjeux forestiers tropicaux. Citons Denis Loyer, Guillaume Ernst (INA PG), Pierre Forestier, Thierry Liabastre (INA PG), Christophe Du Castel (INA PG), ce dernier ayant piloté nombre de projets forestiers au cours des trente dernières années au sein de l’AFD comme du FFEM), et, plus récemment, Grégoire Lejonc (ENGREF Montpellier) et Caroline Merle.

Les Nancéiens « tropicaux » sont nombreux à avoir pris des responsabilités, en particulier après leur retraite, dans les ONG s’intéressant aux enjeux forestiers tropicaux ; citons l’Académie d’agriculture de France (avec Yves Birot, Francis Cailliez, Meriem Fournier, Guy Fradin, François Houllier, Jean-Paul Lanly, Gabriel Tandeau de Marsac, Bernard Thibaut, Jacques Valeix) ; et aussi l’AFT (Association des forestiers tropicaux et d’Afrique du Nord) créée par Jean-Paul Lanly et présidée par Bernard Mallet.

Conclusion

La plus grande partie des deux siècles de l’École forestière de Nancy appartient à l’histoire de la foresterie tropicale mondiale, car nombreux sont les Nancéiens qui, des années 1860 à aujourd’hui, en ont été des acteurs à des postes de responsabilité. Ils ont œuvré dans des contextes politiques, sociaux, économiques et partenariaux qui ont très fortement évolué, depuis l’époque coloniale jusqu’à la période actuelle. Ils se sont engagés avec le souci de connaître, conserver et gérer durablement les écosystèmes forestiers et leurs ressources, mettant leurs compétences à la disposition des pays du Sud. Ils ont fortement contribué à la connaissance et à la prise en compte des enjeux environnementaux, sociaux et économiques des régions forestières tropicales, et à la création et au renforcement des services forestiers de nombreux pays, en particulier africains.

Les formations forestières en France ont beaucoup évolué depuis les années 1970 où l’on avait l’ENEF puis l’ENGREF à Nancy, l’ENITEF aux Barres, et des lycées forestiers comme ceux de Meymac ou Poisy, avec une présence féminine assez limitée. L’évolution des modalités de formation et des structures de recherche en France a largement diversifié les cursus des futurs forestiers, avec maintenant les campus de Nancy et de Montpellier d’AgroParisTech, héritiers de l’École forestière de Nancy, et des formations dispensées par diverses écoles d’ingénieurs et universités proposant des masters et mastères spécialisés intégrant les enjeux forestiers (à Montpellier, Nancy, Bordeaux, Cayenne, Angers…) pour des étudiants français comme des pays du Sud, avec un renforcement des composantes écologiques, sociologiques et économiques, parfois aux dépens des aspects plus « sylvicoles ».

Combinée aux évolutions des pays tropicaux, des postes offerts et des activités menées dans les régions tropicales, cette évolution des formations a fait que les Nancéiens sont progressivement devenus assez minoritaires en foresterie tropicale (hors des collectivités françaises d’Outre-mer), le relais étant pris par des diplômés d’autres formations, que ce soit dans la recherche (en particulier au Cirad), dans les organismes internationaux et les agences de financement, ou au sein d’entreprises d’expertise forestière. Le manque de cohérence et de visibilité de ces diverses formations « à la carte » a été souligné dans un rapport officiel récent sur le sujet34 comme un frein à la diffusion de l’expertise forestière française et à son adaptation aux nouveaux enjeux.

Il n’en reste pas moins que les bases de la « foresterie nancéienne » ont largement perfusé dans les pays tropicaux grâce à l’accompagnement et la formation de leurs cadres forestiers, et aussi aux grands programmes de recherche et d’appui au développement forestier qui ont été menés avec eux. Le Bassin du Congo en est un exemple, avec les grands projets d’aménagement et de restauration forestiers menés depuis près de 50 ans, mobilisant partenaires, acteurs nationaux et équipes de recherche-développement en particulier françaises, avec des appuis consistants de bailleurs français comme l’AFD et le FFEM, mais aussi européens.

Annexe 1 : Liste des nationaux des pays tropicaux diplômés de l’École forestière de Nancy (jusqu’en 1989)

Ingénieurs civils des (Eaux et) Forêts ENEF/ENGREF,

sortis de l’École entre1952 et 1989 (par ordre chronologique)

NOM, Prénom

Années

Promotion

Pays

1

TAN KIN HUA

1950-52

124ème promotion ENEF

Cambodge

2

TRAN VAN NAO

Vietnam

3

TRAYMANY Manh

1955-57

129ème promotion ENEF

Laos (4)

4

VILAYTHONG Ph.

5

CHAMPTHÉPHA S.

1956-58

130ème promotion ENEF

6

PHIMPRACHANH Dun

7

SANJURJO-KERDAL M.

1957-59

131ème promotion ENEF

Paraguay

8

TRAORÉ Moïse

1958-60

132ème promotion ENEF

Hte-Volta (Burkina Faso)

9

RAMANANTSOAVINA Georges

1959-61

133ème promotion ENEF

Madagascar (8)

10

ANDRIAMAMPIANINA J.

1960-62

134ème promotion ENEF

11

RAHAMALIVONY R.

12

RAKOTOMAMPISON A.

13

RANDRIAMBOLANORO P.

14

R ABE Raphaël

1961-63

135ème promotion ENEF

15

RAKOTOARISON P.

16

RAMANAHADRAY FIls

17

A MOUGOU Jean

Cameroun

18

KAWLU Adhee

Birmanie(2)

19

TIN MAUNG KYI

20

NGUYEN Khâ

Vietnam (2)

21

BUI NHU HUNG

1962-64

136ème promotion ENEF

22

DIOUM Baba

Sénégal

23

KOFFI Attobra

Côte d’Ivoire (3)

24

TORO Jacques

25

VIEYRA ABDOU

26

RABETALIANA Anjohary

Madagascar (2)

27

RAMANANTSOA Guy Alside

28

ALSSY Théophile

1963-65

137ème promotion ENEF

Dahomey (Bénin) (2)

29

HOUNTOHOTEGBE T.

30

CISSE Souleymane

1964-66

138ème promotion ENEF

Côte d’Ivoire

31

DAGADOU Victor

Togo (2)

32

GNROFOUN Bruno

33

DIOP Lamine

Sénégal (2)

34

SENE El-Hadji

35

OTCHOUN B.

Dahomey (Bénin)

36

RAJAONA Samuel

Madagascar

37

LAWSON Ben Latewi

1965-67

1ère promotion ENGREF

Togo

38

N’GOLLA Victor

Cameroun (3)

39

OLE Zacharie

1966-68

2ème promotion ENGREF

40

TCHANA Mésak

41

FALL Malick

Sénégal

42

RABEKORIANA René

Madagascar (3)

43

RAMAKAVELO Seth

1967-69

3ème promotion ENGREF

44

RATSIMBAZAFY Bède, David

45

ORTEGA BLANDON Victor

Nicaragua

46

RASANJIFERAHASINA Martial

1968-70

4ème promotion ENGREF

Madagascar

47

ESSAME Félix

1969-71

5ème promotion ENGREF

Cameroun

48

LOHOURIGNON ZAGOTÉ Christian

Côte d’Ivoire

49

KEITA Mary Niomby

Mali (2)

50

SOUMEYLOU Abdou

51

KANE Nalla Oumar

Mauritanie (2)

52

DIOP Cheïk Baïdy

1970-72

6ème promotion ENGREF

53

OUEDRAOGO Ismaël

Hte-Volta (Burkina Faso)

54

NAJADA Ibrahim

Niger

55

N’GUESSAN Konan Pierre

Côte d’Ivoire (2)

56

DJEDJE Ali

1971-73

7ème promotion ENGREF

57

JOKTANE Akewa

Gabon

58

ANDRIANASOLO Rabevohitra

Madagascar

59

M’BIAYA

Cameroun (3)

60

ZE BEMBE Samuel

61

EBAMANE Nkoumba

1972-74

8ème promotion ENGREF

62

KOFFI KONAN Jean-Claude

1986-88

22ème promotion ENGREF

Côte d’Ivoire

(aucun)

1987-89

23ème promotion

Au total, de 1952 à 1989, 62 Tropicaux sont sortis de l’ENEF (36), puis de l’ENGREF (25), avec le diplôme d’Ingénieur civil des (eaux et) forêts, se répartissant ainsi par pays :

Région

Pays

Effectif

Afrique tropicale

Bénin (Dahomey)

3

Burkina Faso (Haute-Volta)

2

Cameroun

8

Côte d’Ivoire

8

Gabon

1

Madagascar

16

Mali

2

Mauritanie

2

Niger

1

Sénégal

4

Togo

3

Afrique tropicale

50

Amérique tropicale

Nicaragua

1

Paraguay

1

Amérique tropicale

2

Asie tropicale

Birmanie

2

Cambodge

1

Laos

4

Vietnam

3

Asie tropicale

10

Total

62

Notes

  • 1. On en trouvera une intéressante description du XVIe au XXe siècle dans l’article de Bernard Rollet (sorti de Nancy en 1948) : L’Europe et les bois exotiques : brève histoire d’une longue passion (cf. bibliographie). L’auteur estime qu’au cours de ces quatre siècles de commerce de bois des territoires tropicaux avec l’Europe, « ce sont probablement les acajous d’Amérique qui ont engendré le plus de mouvements commerciaux en valeur et en volume ». Suivis par le teck, qui connaît un fort développement dans la première moitié du XIXe siècle, celui-ci se réduisant ensuite du fait de sa surexploitation dans le sous-continent indien ; et, plus tard, par l’ensemble des bois africains. En bon botaniste, il note qu’une grande majorité des bois ayant fait l’objet d’un commerce entre l’Europe et les territoires tropicaux durant ces quatre siècles appartiennent à trois familles seulement : les Légumineuses (Fabacées), les Méliacées et les Ébénacées.
  • 2. Au congrès du centenaire de l’IUFRO, en 1992, une anthropologue de l’Inde faisait valoir que les gestionnaires et chercheurs forestiers limitaient alors trop souvent leur concept de gestion forestière à celui consigné dans des documents écrits ; et qu’ils ignoraient les règles de gestion transmises oralement par les communautés forestières depuis la nuit des temps. De fait, la prise en compte de ces règles non écrites reste un défi difficile à relever, car lié à des enjeux méthodologiques et pratiques variés, dans des contextes locaux en évolution rapide.
  • 3. Ses services seront appréciés puisqu’il sera nommé Inspecteur général des forêts des Indes en 1864 (jusqu’en 1883).
  • 4. Dont les « cinquante pas du Roi » en bordure de la mer.
  • 5. Partie du « Fonds d'investissement pour le développement économique et social » (FIDES) créé en 1946.
  • 6. « N.1946 » signifie : diplômé de l’École forestière de Nancy en 1946 (année de sortie de l’École).
  • 7. Son nom sera donné au Parc zoologique et forestier de Nouméa, capitale du territoire.
  • 8. Cf. ci-après la section « Les "Nancéiens" sous les tropiques après 1960 ».
  • 9. On trouve un aperçu de cet ouvrage dans une section de 30 pages du livre Des officiers royaux aux ingénieurs d’État dans la France rurale – 1219-1965 - Histoire des corps des Eaux et forêts, Haras, Génie rural, Services agricoles (cf. aussi références complètes de l’ouvrage de Guillard en en bibliographie).
  • 10. Un cinquième volume est en cours de compilation par l’Association des Forestiers Tropicaux et d’Afrique du Nord (AFT) qui sera le « Tome 3.2 » dont le titre du contenu devrait être : Les grandes actions forestières : Foresterie dans les régions sèches, peuplements artificiels.
  • 11. D’ouest en est : Sénégal, Mauritanie, Soudan français (Mali), Guinée, Côte d’Ivoire, Haute-Volta (Burkina Faso), Togo, Dahomey (Bénin), Niger, Cameroun, Tchad, Oubangui-Chari (République centrafricaine), Gabon et Moyen Congo (République du Congo).
  • 12. En italiques et entre guillemets, citations de J. Guillard.
  • 13. Il y aura plus tard les « Indochinois » Maurand (N.1926) avec son œuvre L’Indochine forestière, Rollet (N.1948) au Cambodge, Legris (N.1946) pour l’Asie. Ce dernier fut l’un des premiers directeurs de l’Institut Français de Pondichéry (Inde) créé en 1955, et le successeur d‘Henri Gaussen à la tête de l’Institut de la carte internationale du tapis végétal à Toulouse. D’autres Nancéiens travailleront plus tard avec cette équipe universitaire : outre Rollet, Viart (N.1948), Lanly (N.1962), Troy (N.1963) et Houllier (N.1983). Il y aura aussi les botanistes : Capuron (N.1947) à Madagascar, Letouzey (N.1942) au Cameroun, Saint-Aubin (N.1946) au Gabon.
  • 14. Entre 1943 et 1957, quinze contrôleurs seront promus officiers après leur passage par Nancy : Grondard (N.1944), Filippi et Wertheimer (N.1946), Serrado (N.1948), Poupon et Lamarque (N.1949), Luong (N.1950), Bourgeois, Dinard et Leroy-Deval (N. 1951), Marin (N.1952), Collet (N.1953), Goy (N.1954), Berrit (N.1956), Bourreau (N.1957).
  • 15. Rothé (N.1927), Marcon (directeur général du CTFT de 1950 à 1968), Sallenave et Allouard, tous trois N.1929 ; Morellet et Letourneux (N.1938) ; Sarlin et Champsoloix (N.1939) ; Chardin (N.1945) …
  • 16. Ce dernier s’illustrera après la guerre par ses écrits en métropole dont le Guide des forêts de France.
  • 17. Guigonis (N.1937) s’engage : ses hauts faits de guerre en Afrique (avec le Groupe de bombardement Lorraine) lui vaudra d’être élevé en 1942 à la distinction de Compagnon de la Libération. La paix revenue, il sera directeur du service forestier gabonais jusqu’en 1953, puis à la tête de celui de l’Oubangui-Chari (RCA) jusqu’en… 1970.
  • 18. Un Syndicat (du cadre autonome) des officiers-ingénieurs des Eaux et Forêts d’Outre-mer défendra leurs intérêts et assurera l’entraide entre ses membres. Il se dissoudra en 2000 pour former l’Amicale des Forestiers Tropicaux, devenue en 2017 l’Association des Forestiers Tropicaux et d’Afrique du Nord (AFT).
  • 19. Dont Arrignon diplômé de l’Institut colonial et agricole de Nancy, ancêtre de l’ENSAIA, à Madagascar de 1952 à 1959 ; Bouchard, diplômé de l’ENSA Angers, de 1952 à 1977 ; et Vauron, ITEF, de 1959 à 1969.
  • 20. Werquin (N. 1943) commence au Gabon (1945-47), fera partie ensuite du Corps d’inspection du Ministère de la France d’Outre-mer avant de diriger de 1961 à 1969 l’Institut de recherches du coton et des textiles exotiques (IRCT).
  • 21. Après avoir servi 18 ans en Côte d’Ivoire, en partie avec Aubréville, dont 3 ans à la station locale de l’ORSTOM.
  • 22. Planté surtout au Soudan français par J. Morel (N.1943).
  • 23. Les travaux de Dommergues (N.1944) avec l’ORSTOM au Sénégal sur les arbres fixateurs d’azote (filao) ont été pionniers.
  • 24. Bellouard (N.1937) dresse en 1959 un bilan pour l’AOF dans son rapport L’action forestière dans l’Ouest africain (cf. bibliographie).
  • 25. Les projets forestiers du FAC sont confiés pour exécution le plus souvent au Bureau des Études Techniques du CTFT.
  • 26. Jacques Dubreuil fut le premier président de l’Amicale des forestiers tropicaux créée en 2000.
  • 27. En plus de celui de Nouvelle-Calédonie créé en 1967.
  • 28. De 2000 à 2017, Claude Malvos sera secrétaire et trésorier de l’Amicale des forestiers tropicaux.
  • 29. Dans lequel ont servi aussi C. Legris (ESB) et Bernard Dufay.
  • 30. Aujourd’hui : École supérieure d’agro-développement international (Angers).
  • 31. De même Théodore Hountohotegbe (N.1965) fut le premier directeur béninois du service forestier ; et Bruno Gnrofoun (N.1966) le premier directeur togolais.
  • 32. Il fut aussi, entre autres, conseiller technique du directeur du service forestier (et des chasses) du Tchad (1971-1973) et Directeur régional de l’ONF de 1980 à 1986 en Guyane. À sa retraite, il sera de 2003 à 2016 le président de l’Amicale des forestiers tropicaux.
  • 33. Centro Agronómico Tropical de Investigación y Enseñanza (à Turrialba au Costa Rica).
  • 34. Diffusion de l’expertise forestière française à l’international – Rôle de l’Office National des Forêts (ONF) et d’ONF International, rapport de février 2023, par Patrick Dedinger et Michel Hermeline du Conseil Général de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Espaces Ruraux (CGAAER) du Ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire (MASA).

Références

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  • Association des Ingénieurs du Génie Rural, des Eaux et des Forêts (AIGREF). 2001. Des officiers royaux aux ingénieurs d’État dans la France rurale – 1219-1965 - Histoire des corps des Eaux et forêts, Haras, Génie rural, Services agricoles. Paris : TEC&DOC. 690 p. (sous-chapitre sur les forestiers dans les pays tropicaux aux pp. 191-217).
  • Bellouard (P.). 1959. L’action forestière dans l’Ouest africain. Dakar : Haut-commissariat général, Service de la conservation des sols. 53 p.
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Auteurs


Jean-Paul Lanly

jeanpaul.lanly@gmail.com

Affiliation : : Président d’honneur de l’Association des Forestiers Tropicaux et d’Afrique du Nord

Pays : France


Bernard Mallet

https://orcid.org/0000-0003-4391-1544

Affiliation : : Président de l’Association des Forestiers Tropicaux et d’Afrique du Nord

Pays : France

Pièces jointes

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Citations