Préface
Le 26 août 1824, le roi Louis XVIII signait au château des Tuileries l’ordonnance donnant naissance à l’École royale forestière qui prit finalement place à Nancy. Trois semaines plus tard, le 16 septembre, Louis XVIII décédait ; et le 23 mai 1871, le château des Tuileries brûlait. Mais, depuis, les forêts françaises ont plus que doublé de surface, et l’École établie depuis 1826 au 14 rue Girardet continue d’accueillir des cohortes venues se former à l’art et la manière de gérer « les bois et forêts » – quant à ses Annales, elles ont donné naissance depuis 1949 à la Revue forestière française.
Il était donc naturel que celle-ci célébrât, à sa manière
Christophe Voreux et Myriam Legay retracent ces deux cents ans d’histoire à travers la perspective de l’enseignement qui y fut et y est dispensé. Les choix faits aux origines étaient étroitement reliés aux enjeux d’une époque, et l’École a su s’adapter à leurs évolutions : par les changements apportés d’une part à son cadre institutionnel – dont le dernier acte fut l’intégration dans AgroParisTech – et d’autre part au fond et la forme de l’enseignement, mais aussi par une certaine continuité qu’elle a su garder – par exemple grâce à un rapport étroit au terrain. Xavier Rochel revient ensuite sur le contexte forestier de départ, qui explique le besoin de création de l’École : le minimum forestier du début du XIXe siècle, que le cas nancéien illustre parfaitement tant les enjeux socio-économiques apparaissent inséparables des dynamiques forestières. Cette inscription de l’École dans un territoire urbain, régional et forestier concret ressort également du parcours de son premier directeur, Bernard Lorentz, dont François Le Tacon montre qu’il est à la fois « empreinte et matrice
La France des XIXe et XXe siècles s’étant hissée au rang de puissance mondiale, son influence en matière de gestion forestière – et, donc, l’enseignement des « méthodes de Nancy
À l’instar des autres composantes d’AgroParisTech, le campus de Nancy demeure pleinement impliqué dans les enjeux contemporains. Le lien avec le terrain, primordial dans l’enseignement, demeure un souci constant et s’incarne dans les projets de recherche et les collaborations des enseignants-chercheurs avec les professionnels des filières liées à la forêt et au bois et les multiples acteurs qui s’y croisent (collectivités, associations, etc.). Dominique Danguy des Déserts, Dietrich Heiseke, André Labarrière, Jean-Paul Lanly et Heinz Otto Denstorf témoignent de cette dynamique d’échanges, de réflexions et de pratiques dans l’espace franco-allemand en procédant à un compte-rendu du soixantième Colloque forestier franco-allemand consacré à l’héritage de Hans-Jürgen Otto face à la crise climatique contemporaine. Jean-Louis Guillon et Michel Bartoli reviennent, eux, sur un autre anniversaire : le centenaire de l’arboretum familial dans le Vaucluse, dont l’histoire rassemble plusieurs « Nancéiens » et dont l’existence témoigne de l’importance des initiatives privées pour faire avancer la recherche. Enfin Clément Genty procède à une réflexion sur les besoins de formation dans le secteur de la merranderie et de la tonnellerie.
Pour finir, deux portfolios donnent à voir ce lien essentiel qui relie l’École aux forêts. Le premier, réalisé grâce au service documentation du campus et à ses archives, nous montre ce que fut la vie des élèves au début du XXe siècle. Le second présente les dix photos primées du concours « La forêt et moi » organisé par AgroParisTech pour le bicentenaire ; ouvert à tous les publics, il illustre l’importance et la diversité des liens sensibles qui relient chacun à la forêt.
La Revue forestière française, « revue scientifique et technique » dont les pages accueillent des témoignages écrits ou visuels venus d’horizons multiples, est un vecteur parmi d’autres de ces interpénétrations entre la recherche, l’enseignement, la société et le milieu naturel. Le sera-t-elle encore lors du tricentenaire, en 2125 ? L’avenir le dira. D’ici-là, bon anniversaire à toute la communauté ENEF/ENGREF/AgroParisTech.
Myriam Legay
Directrice du campus AgroParisTech Nancy
Jean-Baptiste Bing
Secrétaire de rédaction de la Revue forestière française
jean-baptiste.bing@agroparistech.fr
2.
Notes
- 1. Et avec un an de retard – mais qu’est-ce qu’un an, au regard du temps long de la foresterie… ?
- 2. C’est ainsi que le géographe et philosophe Augustin Berque caractérise les rapports de la culture et du milieu, qui s’entrelacent en une co-évolution réciproque.
- 3. Expression dérivée de celle de Rudyard Kipling qui, dans le premier paragraphe de sa nouvelle In the Rukh, évoque les « règles de Nancy » : http://kiplinginfrench.free.fr/MI09.html.

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