Résumé
La recherche en écologie forestière menée à Nancy a débouché sur la création de FORESTYS, une entreprise spécialisée dans l'analyse des stations forestières. Dans un contexte évolutif et incertain elle apporte des informations pour le choix d'essences potentiellement adaptées. La démarche approfondie et l'utilisation des simulations climatiques récentes objectivent localement les risques et les opportunités forestières, sans éliminer les incertitudes. Les retours d'expérience montrent le chemin restant à parcourir pour actualiser la prise en compte de l'écologie forestière en sylviculture.
Messages clés
FORESTYS est une entreprise spécialisée dans l’analyse des stations forestières.
Les informations fournies permettent d’orienter le choix des essences.
Abstract
Research in forest ecology in Nancy has led to the birth of FORESTYS, a company specialised in forest station analysis. In a changing and uncertain context, it brings information about the choice of potentially adapted species. An in-depth approach and recent climate simulations objectify risks and forest opportunities at a local scale, without suppressing uncertainties. Feedbacks point to what remains to be done to update the inclusion of forest ecology in silviculture.
Highlights
FORESTYS is a company specialised in the analysis of forest stations.
Data can be used to guide the choice of species.
Quels sont les objectifs de FORESTYS ?
FORESTYS
Alors que certains gestionnaires forestiers recourent aux outils issus du réseau AFORCE comme BioClimSol
Pourquoi vous êtes-vous lancé dans cette aventure ?
« Je suis un gamin de la forêt qui craint que nous perdions notre couvert forestier. Cette prise de conscience que quelque chose n’allait plus dans les forêts vosgiennes s’enracine dans les conséquences de la sécheresse de 1976. Ce constat s’est accentué à partir de 1985, en voyant d’année en année plus d’arbres qui souffrent. Cela conduit à la volonté d’aider les sylviculteurs qui veulent investir dans la forêt malgré les risques. Il faut accompagner ces propriétaires car ils apportent un témoignage d’espérance ».
La situation
Depuis les années 1960, on a observé un réchauffement de + 1,1 à + 1,7 °C sur l'hexagone, plus marqué à l'Est (figure 1)
Figure 1 Évolution du climat entre les périodes 1961-1985 et 2009-2019 (données DIGITALIS) : température moyenne annuelle (à gauche) et précipitations annuelles (à droite)
Les sécheresses et canicules qui ont sévi dans le grand Nord-Est depuis 2018, tout comme les crises sanitaires qui en résultent (Épicéa, Hêtre, Sapin) s'inscrivent dans cette tendance. L'observation systématique des houppiers à l'échelle nationale montre une tendance de fond à la dégradation, continue depuis 2000 (Goudet, 2021).
Ce contexte amène à reconsidérer les outils utilisés pour choisir des essences adaptées à une station forestière. Les guides des stations antérieurs à 2015 considèrent un climat stable ou attirent simplement l'attention sur l'incidence potentielle du changement climatique. Depuis lors, des approches intégrant une évolution du climat ont vu le jour sur la base des concepts de l'écologie forestière. En particulier, elles prennent en compte le risque accru de déficit hydrique estival dans les sols, qui peut devenir un facteur limitant majeur pour l’adaptation des essences aux stations.
La démarche mise en œuvre par FORESTYS
Cette démarche consiste à rechercher, parmi les observations forestières disponibles (prioritairement les inventaires forestiers nationaux), les situations existantes dans lesquelles on observe ou non la présence d'une essence ou sa mortalité. L'approche repère les conditions statistiquement compatibles avec cette essence selon de nombreux indicateurs, de façon à approcher la réalité écologique. Certains indicateurs sont simples comme par exemple les limites de répartition pour une essence du pH du sol, de la température moyenne ou de la pluviométrie estivale. D'autres indicateurs reposent sur la combinaison de diverses grandeurs climatiques et édaphiques (ces dernières étant mesurées par bioindication et par sondage pédologique). Tous les éléments utilisés sont tracés dans les études. Une publication de recherche en cours de préparation détaillera l'ensemble des méthodes.
Une fois connues les conditions favorables à une essence, on teste sur chaque point étudié si son sol et le climat qu'on y attend satisfont cet ensemble de conditions.
Les hypothèses d’évolution du climat retenues par FORESTYS
Parmi les nombreuses difficultés techniques induites par cette démarche, l’incertitude sur les évolutions climatiques futures reste très importante. En effet, l’évolution prévue par le GIEC dépend des émissions futures de gaz à effets de serre. Une poursuite de la tendance actuelle au réchauffement semble inéluctable jusqu’en 2050 environ, alors que les réductions d’émission effectives conditionnent les évolutions ultérieures. Les études de FORESTYS examinent habituellement le cas du scénario d’évolution tendancielle SSP 5-8.5 (forçage thermique de 8,5 W/m2 à l’horizon 2100), qui est le plus drastique proposé par le GIEC. Le modèle CNRM-CM6-1 développé par Météo France est alors choisi pour construire l'hypothèse de climat local futur à l'horizon des années 2046-2065. Une telle simulation amène dans le Bassin parisien le climat méditerranéen actuel du Sud de la France, avec une situation hydrique légèrement plus favorable.
La gestion du risque en forêt dans un contexte d’incertitude climatique
L’évaluation du risque induit par le changement climatique en forêt reste difficile même en prenant en compte les scénarios d’évolution du climat et toutes les connaissances acquises sur l’autécologie des essences. Ces risques se concrétisent lors des évènements climatiques extrêmes, dont l'évolution suit à peu près celle des moyennes climatiques (utilisées par toutes les approches prospectives). Les risques biotiques sont influencés par le climat (ex. : la crise des scolytes dans le Nord-Est) mais pas uniquement. L'introduction d'une essence dans un milieu modifie de nombreuses interactions écologiques. L’émergence de nouveaux pathogènes ou ravageurs est facilitée par la mondialisation des échanges. Alors que le changement climatique peut faire l’objet de scénarios conditionnels, ces facteurs biotiques sont difficilement prévisibles. Dans ce contexte, la sylviculture peut privilégier des approches réduisant les risques, comme :
— la conservation d'un couvert forestier fournissant de l'ombre aux semis et jeunes plants ;
— le maintien d'une diversité d’essences pour répartir les risques, y compris des essences plus thermophiles que celles des peuplements historiques locaux, si nécessaire en recourant à des essences nouvelles ;
— l'utilisation des cloisonnements pour pouvoir intervenir et récolter de façon ciblée.
Même si la nature offre de bonnes surprises, le risque pour le propriétaire forestier reste élevé.
Quelles sont les attitudes des propriétaires face à cette incertitude durable ?
Par rapport à ces enjeux, le positionnement des propriétaires est variable. La majorité partage le constat du changement climatique et de ses impacts, mais ils adoptent des choix opérationnels contrastés dans leur propriété. Tout dépend de l'expérience personnelle du gestionnaire dans sa ou ses forêts, des impacts déjà constatés, de son horizon temporel habituel, des moyens disponibles en temps et en trésorerie… De nombreux propriétaires se documentent sur les changements climatiques en cours sans que cela n’impacte leur prise de décision. Sur la base de l’échantillon assez limité de sylviculteurs en lien avec FORESTYS (dont une trentaine de clients), en général sensibilisés à la problématique du changement climatique, on peut identifier plusieurs attitudes. De nombreux sylviculteurs engagent une réflexion structurée ouverte à des ajustements de la sylviculture dans une optique d’adaptation. D’autres réactions reviennent à ne pas prendre en compte les données écologiques dans la démarche sylvicole :
— le déni du risque : « Il est impossible que ce peuplement s'effondre », « La régénération naturelle sera adaptée au climat qui vient » ;
— une attitude d’inquiétude et de repli : « Je prends note mais je continue comme avant »,
— le lancement d'un nouveau cycle court (40 ans) de plantation-récolte sans analyse approfondie. Certaines aides publiques tendent à encourager cette attitude.
D'autres, enfin, renoncent et vendent leur forêt.
Quel avenir pour FORESTYS à moyen terme ?
FORESTYS élargit progressivement sa palette d’activités autour des plantations et des méthodes de régénération des peuplements, toujours dans la perspective de l'adaptation des forêts.
Sa contribution concerne notamment les essences thermophiles peu ou pas présentes sur le territoire métropolitain, et donc peu documentées à travers les données de l’Inventaire forestier national (IFN-IGN). La mobilisation de telles essences se heurte à de nombreuses difficultés, dont l'indisponibilité en France des informations sur leur comportement au jeune âge et sur les modes de conduite qui en découlent. Contrairement à la démarche séquentielle traditionnelle, nous sommes aujourd'hui contraints de mener parallèlement le travail sur l'élimination des essences, l'expérimentation sylvicole, la valorisation des bois. FORESTYS rassemble et analyse la littérature internationale sur ces domaines, constituant un fonds pouvant un jour rejoindre un fonds commun.
Un autre enjeu, commun à tous les spécialistes du sujet, sera d'enrichir le dialogue avec les sylviculteurs sur l'écologie appliquée en contexte de changement climatique. Des projets collectifs mêlant technique et médiation nous y aideront.
Notes
- https://www.forestys.fr/forestys-societe/
- https://www.cnpf.fr/decouvrez-bioclimsol-0
- https://climessences.fr/
- https://silvae.agroparistech.fr/home/

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