Environnement, culture et société
Retrouver les paysages des peintres de Barbizon en forêt domaniale de Fontainebleau : chaos rocheux, sylviculture et paysages culturels
Résumé
Préservation du patrimoine naturel et culturel et sylviculture sont souvent perçus comme antinomiques par le grand public. Pour certains, la sylviculture est soit « rentable », mais destructrice, soit respectueuse mais onéreuse et « assistée ». Une expérience, menée en 2018 en forêt de Fontainebleau, sur une partie des chaos des Étroitures et du Restant du Long Rocher, illustre que sylviculture et patrimoine tant culturel que biologique peuvent s’enrichir mutuellement. À partir de l’œuvre des peintres de l’École de Barbizon, une équipe de forestiers, paysagistes, naturalistes et archéologues a mis au point un mode opératoire, réalisé sans subventions. Cette expérience a donné lieu, en interne, à un « Guide de gestion des chaos rocheux ». Ce mode opératoire traite aussi des platières et landes, rendues inaccessibles aux engins d’exploitation standard par la ceinture de chaos rocheux.
Messages clés
• Modifier la sylviculture pour retrouver les paysages des peintres de Barbizon.
• Un mode opératoire a été mis en place dans les chaos rocheux de la forêt de Fontainebleau.
• Un « guide de gestion des chaos rocheux » a été rédigé.
Abstract
Natural and cultural heritage preservation and silviculture are often perceived as being at odds by the general public. For some people, silviculture is either “profitable” but detrimental to forests, or respectful but costly and “aided”. An experiment led on part of the Etroitures and Restant du Long Rocher boulders in the forest of Fontainebleau in 2018 showed that silviculture and heritage can enrich each other. Based on the works of the Barbizon School painters, a team of foresters, landscapers, naturalists and archaeologists set up an operating procedure without having recourse to any subsidy. The procedure resulted in an in-house “Guide for the management of boulders”. The procedure also addresses flats and moorlands that the boulder belt makes inaccessible to standard management machines.
Highlights:
• Silviculture was modified to restore the landscapes of Barbizon painters’ times.
• An operating procedure was set up for the boulders of the forest of Fontainebleau.
• A “Guide for the management of boulders” was written.
Contexte et enjeux, un paysage culturel
Photo 1 Rochers dans la forêt, Henri-Joseph Harpignies (1819-1916),
huile sur carton, marouflée sur toile (29,5 x 41 cm) signée et datée en bas à gauche 1878
© Collection ville de Fontainebleau
La forêt domaniale de Fontainebleau (21 674 ha) est mondialement reconnue pour la singulière diversité de ses paysages, de sa biodiversité et de son patrimoine archéologique. La fréquentation du massif, notamment de grimpeurs, est estimée entre 10 et 17 millions de visites par an, avec une forte appropriation locale. Protégé depuis 160 ans, le massif est classé au titre du code de l’environnement pour la préservation de ses paysages. Depuis 1953, la forêt abrite les toutes premières réserves biologiques nationales, elles-mêmes héritières des réserves artistiques. Le massif relève aussi des zonages réglementaires ou contractuels suivants : forêt de protection, réserve de biosphère, Natura 2000 avec une zone de protection spéciale (ZPS) et une zone spéciale de conservation (ZSC). À noter d’autre part, son statut de Forêt d’exception® et sa candidature au Patrimoine mondial de l’Unesco.
Outre certains naturalistes des XVIIe et XVIIIe siècles, vers 1820, Camille Corot arpente la forêt à la recherche de paysages « vrais », s’en suivra un courant de peintres paysagistes naturalistes, précurseurs de l’impressionnisme et communément appelé École de Barbizon. Mares, platières, landes, arbres moribonds ou torturés, gorges et chaos rocheux comptent parmi leurs motifs favoris. Certains de ces paysages ouverts en raison du pâturage, des incendies et des sols « ingrats », offrent depuis leurs hauteurs d’étonnants panoramas. En 1849, avec l’arrivée du chemin de fer, Paris est à une heure de Fontainebleau et sa forêt une destination touristique prisée. Elle offre, à peu de frais, le spectacle d’une nature dite « sauvage », d’étonnants paysages exotiques et l’illusion d’un ailleurs lointain. Au XXe siècle, colonisés par les pins, certains de ces paysages culturels et emblématiques se sont peu à peu refermés (photo 2). La disparition du pâturage et une meilleure maîtrise des incendies en sont la cause.
Photo 2 Au XXe siècle, ces paysages se sont peu à peu refermés
Photo © Sophie Meyrier, ONF
Objectifs, les chaos rocheux dans l’aménagement forestier
Les zones de chaos rocheux (voir encadré), environ 23 % de la surface totale du massif, en raison de conditions d’exploitation impossibles avec les méthodes classiques, ont été reléguées « hors sylviculture » lors des précédents aménagements. Platières et landes, rendues inaccessibles aux engins d’exploitation standard par la ceinture de chaos rocheux sont incluses dans ces surfaces.
De premières expériences de chantiers d’ouverture ont conduit à classer ces zones, constituées en majorité de pins sylvestres, en traitement irrégulier dans l’aménagement de 2016-2035. Dans ce document, ces zones ne sont pas ciblées comme ayant un enjeu de production. L’équilibre économique des coupes en contexte de chaos rocheux est fragile, afin d’en suivre la faisabilité technico-économique elles sont classées en « coupes conditionnelles et réalisées en régie ».
Les objectifs de l’exploitation de chaos rocheux sont les suivants :
— restaurer des paysages ouverts anciens (en particulier ouverture de points de vue) ;
— restaurer des habitats patrimoniaux. Concernant la restauration des habitats patrimoniaux, il faut bien faire la différence entre, d’une part, les zones protégées fixes (landes et pelouses recensées dans le DOCOB Natura2000 et les réserves biologiques dirigées - RBD) pour lesquelles le maintien de leur état ouvert est réglementaire et nécessite souvent l’intervention humaine et, d’autre part, les zones ouvertes par l’exploitation de chaos rocheux qui à terme retrouveront un aspect boisé. L’objectif de ces exploitations est donc d’obtenir un réseau d’habitats ouverts à l’échelle du massif et à différents stades de boisement, dont la surface globale pourrait être assez stable à terme mais dont la répartition varierait. Les zones exploitées compléteraient les zones ouvertes réglementées ;
— réduire le risque d’incendie en limitant la quantité de combustible dans les zones les plus sensibles que sont les chaos et les platières ;
— mobiliser du bois pour la filière française qui souffre d’un déficit d’approvisionnement.
Pour répondre à ces objectifs et parce que l’accès est difficile, les volumes à récolter sont importants, leur taux de prélèvement est d’environ 80 %. Les zones exploitées étant principalement colonisées par les pins et les feuillus présentant un intérêt plus grand pour la biodiversité et les paysages, la coupe concernera plus de 95 % des pins, du sylvestre en majorité.
Un chaos est un modelé de déchaussement de blocs ou de rochers dégagés par l'érosion. Ces blocs sculptés par altérations météorique, atmosphérique ou/et climatique selon des types de fractures souvent orientés perpendiculairement aux limites de stratification, subhorizontaux et subverticaux, donnent des reliefs qui surprennent par leurs arrangements défiant les lois de l'équilibre (typiquement les pierres branlantes) et leurs formes qui ont fécondé l'imaginaire populaire, d'où leurs microtoponymes et leur association à des légendes locales. Ils peuvent avoir un intérêt touristique (fort attrait paysager) voire sportif (escalade de « bloc »).
Certains chaos remarquables sont considérés comme des géotopes et inscrits à des inventaires de patrimoines géologiques. Des chaos peuvent héberger une flore et une faune à la fois originales et variées, associant à quelques mètres de distance des espèces hygrosciaphiles et thermoxérophiles, des espèces poussant à même la roche ou sur sol profond accumulé entre les blocs, des associations végétales allant de groupements lichéniques ou bryophytiques jusqu'à des habitats forestiers spécialisés d'érablaies ou de pessières sur blocs. Fin 2022, l'Inventaire national du patrimoine naturel (INPN) répertoriait 19 ZNIEFF (zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique) dont l'intitulé faisait directement référence à des chaos.
Les chaos peuvent avoir différentes origines, dans différents contextes géologiques. Par exemple :
— à Fontainebleau, effondrement et fractionnement d'une dalle gréseuse, suite à l'érosion de l'étage sableux sous-jacent,
— démantèlement sur place d'une masse granitique, à partir de diaclases reprises par l'érosion jusqu'à parfois réduire la masse rocheuse en blocs arrondis (Bretagne, Sidobre…),
— stade avancé de développement d'un « mégalapiaz » sur calcaire dur ou dolomie.
La limite n'est pas nette entre la notion de chaos et celle d'éboulis, évoquant des formations rocheuses à éléments moins gros, s'étant déplacés le long d'une pente et granoclassés par la gravité, ni avec celle de cheire (ancienne coulée de lave à blocs apparents), ni parfois avec celle de piton rocheux aux formes plus ou moins tourmentées comme il en existe par exemple dans les Vosges gréseuses. En fait, par-delà l'origine géologique, la notion de chaos renvoie souvent à un aspect plus culturel et pittoresque qui se retrouve alors dans la toponymie locale.
Quelques exemples de chaos en forêts publiques :
— chaos granitique en forêt domaniale de Huelgoat (Finistère),
— « rochers » (terme consacré dans la toponymie locale) de la forêt domaniale de Fontainebleau (Seine-et-Marne),
— chaos gréseux des Vaux de Cernay en forêt domaniale de Rambouillet (Yvelines),
— chaos granitique des Pierres Civières en forêt sectionale du Maupuy (Creuse),
— éboulis à éléments plus ou moins massifs sur les pentes des sucs volcaniques en forêts domaniales de Meygal, du Mézenc, de Bonnefoy (Haute-Loire et Ardèche),
— chaos granitique en forêt domaniale du mont Lozère (Lozère),
— gneiss et migmatite des gorges d'Héric en forêt domaniale de l'Espinouse (Hérault),
— chaos dolomitique de Caoussou, en forêt domaniale des Grands Causses (Aveyron - près du célèbre chaos de Montpellier-le-Vieux) et en forêt communale de Mourèze (Hérault),
— chaos de poudingue calcaire éboulé sous la falaise de la forêt domaniale de Céüse (Hautes-Alpes),
— site de la Roche Écroulée, constitué d'ophiolite (roche volcanique issue d'un ancien plancher océanique), en forêt communale d’Abriès-Ristolas (Hautes-Alpes),
— chaos calcaire de Bellefont, en forêt domaniale de la Grande Chartreuse (Isère).
Office national des forêts
Direction Forêts et risques naturels
Nicolas Drapier & Patrice Hirbec
Les premiers chantiers d’ouverture, une source d’enseignement
Depuis 2011, dans la continuité du travail du paysagiste Alain Freytet (Freytet, 1996), des tests de méthodes d’exploitation alternatives ont permis de réaliser des ouvertures de points de vue et de chaos rocheux. Deux chantiers ont précédé l’opération de 2018, l’un sur le rocher proche du site de Champ Minette (future RBD) avec uniquement du débardage à cheval, l’autre sur Barbizon, avec débardage à cheval et câble aérien. Ces expériences ont été généralement bien accueillies par le public. Sources d’enseignements, elles ont permis d’affiner et de réfléchir au mode opératoire mis en œuvre lors de l’étude et l’exploitation menées en 2018, sur une partie des chaos des Étroiture et du Restant du Long Rocher. Particulièrement en ce qui concerne les consignes de martelage. En effet, il s’est avéré que les consignes uniquement en pourcentage de prélèvement, sans travail in situ sur les structures paysagères et environnementales (ouvertures, fermetures, transparences…), aboutissaient souvent à une structure uniforme de peuplement fortement éclairci, fragilisé et sans ouverture réelle, le vent, parfois même le feu, achevant le travail (photo 3).
Photo 3 Les premières expériences ont révélé que des consignes de martelage uniquement en pourcentage de prélèvement, sans travail in situ des structures paysagères et environnementales, aboutissent à un peuplement uniforme, sans ouvertures, et fragilisé
Allée aux Vaches, Barbizon 2015
Photo : © Sophie Meyrier, ONF
Le mode opératoire conçu et mis en œuvre en 2018
Sous l’œil des peintres de l’École de Barbizon
Utiliser les peintres de l’École de Barbizon comme référence n’est pas une simple posture. En effet, si ces derniers ont largement contribué à faire de la forêt de Fontainebleau un paysage culturel, leur réalisme est certes esthétique, mais aussi très scrupuleux, ainsi que le confirment les photos d’époque (photo 4). Si les photos sont des sources d’information, les œuvres des peintres de l’École de Barbizon se révèlent être d’excellentes bases de réflexion et de travail. Leurs regards offrent une lecture claire des structures constitutives des points de vue, ouvertures et ambiances forestières (jeux de lumières, arrière-plans, profondeurs, couleurs saisonnières, …). D’un point de vue tant environnemental que sylvicole, ils nous renseignent sur les structures spatiales des différents paysages.
Photo 4 Eugène Cuvelier (1837-1900), photographe, Forêt de Fontainebleau, arbres et rochers
© Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, FOL-EO-224.
Préparation du martelage et du chantier
Comme la forêt dans son ensemble, les chaos des Étroitures et du Restant du Long Rocher recèlent un patrimoine tant naturel qu’archéologique exceptionnel. Il est à noter également une forte fréquentation, particulièrement les fins de semaines et jours fériés, les vacances de printemps, ainsi que la proximité du village de Bourron-Marlotte. Pour s’adapter à ce contexte, le chantier d’exploitation est réalisé en hiver, moment de moindre fréquentation et hors période sensible pour l’environnement, soit trois mois à flux tendu, impliquant une bonne organisation en amont. Cette durée de chantier réduite ainsi qu’un enlèvement des bois rapide en contrat d’approvisionnement répondent à une demande du public de perturber le moins longtemps possible le milieu (bruit, engin, orniérage, tas de bois).
L’ensemble de ces données sont prises en compte dans le mode opératoire élaboré en étroite collaboration entre forestiers, paysagistes, naturalistes et archéologues. Entre autres, par une première reconnaissance du site à laquelle participent l’ensemble des experts concernés. En collaboration avec l’agent de triage, le martelage est préparé en amont par le directeur de martelage et la paysagiste qui y participera.
— Les unités de gestion sont regroupées en unités de programmation de coupes. Ces dernières doivent correspondre à des unités géomorphologiques dans leur intégralité (un chaos rocheux, une lande…), ce qui correspond rarement au parcellaire forestier.
— Les œuvres des peintres de Barbizon sont utilisées comme références et base de réflexion (planches de consignes illustrées).
— Les éléments environnementaux, historiques et archéologiques sont vérifiés ainsi que les mesures conservatoires associées.
— Les points de vue, chemins et sentiers balisés sont recensés.
— Le technico-commercial bois est consulté afin de déterminer des produits en cohérence avec le marché ou les contrats d’approvisionnement.
— Une carte de la zone à exploiter est réalisée (sur fond TOP 25 IGN), en indiquant :
. la délimitation de la zone à exploiter,
. les zones avec contraintes spécifiques pour l’exploitation (environnementales, archéologiques, …) et de manière générale les zones à prélèvement nul ou faible,
. le réseau de chemins, en particulier les sentiers balisés,
. les points de vue, existants ou à ouvrir,
. les routes forestières accessibles aux grumiers,
. les routes et chemins accessibles aux engins forestiers hors grumiers,
. les places de dépôt.
— Au regard de la configuration et des contraintes du site, il a été opté pour un débardage par câble aérien, une pratique expérimentée lors des précédents tests d’exploitations alternatives. Un plan de câblage est déterminé (imposé à l’entrepreneur). Les places de dépôt sont placées au pied du câble pour éviter les longues traines, ce qui implique d’intégrer au chantier d’exploitation les parcelles entre la zone de dépôt et le chaos rocheux.
D’après ces données, et les préconisations de l’ensemble des experts consultés, en préparation et appui au martelage, directeur de martelage et paysagiste ont élaboré un carnet de principes illustrés (cartographies, transepts, schémas, différentes structures possibles illustrées par les œuvres des peintres).
Le martelage
De la réserve à l’abandon en quatre marques
— Délimiter les zones de coupe forte : un trait à la peinture hydro blanche
— Dans les zones de coupe forte (landes et chaos), marquage en réserve : points de peinture hydro blanche sur plusieurs côtés de l’arbre. Ainsi qu’arbustes et arbres en-dessous du diamètre précomptable à conserver par intérêt paysager ou environnemental.
— Hors zone de coupe forte, martelage en abandon : traits à la peinture rouge des arbres à récolter.
— À proximité d’un patrimoine culturel ou naturel : pose de rubalise en complément.
Photo 5 Conserver des arbres en îlot en appui d’un élément remarquable
Source : Carnet de préparation et d’appui au martelage, Guide de gestion des chaos rocheux, ONF, 2018-2019.
Source : tableau © Ville de Fontainebleau
Stratégies et consignes, martelage en situation
Il était prévu, pour chaque journée, une équipe de six marteleurs dont le directeur de martelage et la paysagiste. En fait, la paysagiste n’a été nécessaire qu’au premier martelage. Les forestiers, avec l’appui du carnet de principes illustrés, ont poursuivi dans l’esprit recherché, au rythme d’environ 10 ha/jour.
• Lors du martelage, en général :
— privilégier l’évaluation « à l’œil », et non par « comptage » ;
— conserver des arbres en îlots (> 20 tiges, à titre indicatif) en appui sur un élément remarquable (route, sentier, rocher, arbre, point de vue) ;
— ne pas laisser de sujets isolés, fragilisés par la mise en lumière et sujets aux chablis, ils sont, la plupart du temps, très disgracieux ;
— éviter les ouvertures fortes dans les zones d’adventices dynamiques (fougère aigle, ronce…).
• Concernant les chemins et routes publiques
Le directeur de martelage se déplace sur les chemins de la zone à exploiter et désigne les îlots à conserver. Il s’agit d’assurer l’harmonie, tant des ilots que de leurs espacements et distances. Deux marteleurs de chaque côté du chemin marquent les arbres à conserver sur ses indications. Un gainage arboré sur 5 à 10 mètres de largeur est conservé de chaque côté des chemins afin de les appuyer et d’éviter la divagation des promeneurs après la coupe. Pour les routes ouvertes à la circulation publique, le gainage est de 25 mètres. Les arbres dangereux situés à moins de 30 mètres des chemins ou routes sont supprimés. Si le chemin, ou la route, est dans un vallon rocheux, les rochers de part et d’autre suffisent au gainage.
• Concernant les points de vue
Le directeur de martelage, positionné en haut du point de vue, désigne l’angle d’ouverture. Deux marteleurs sur chaque bordure de l’ouverture marquent en réserve des îlots d’arbres conservés qui cadreront le point de vue selon l’angle indiqué. En général, la longueur de la zone à ouvrir dépend du dénivelé.
• Concernant les landes
Choisir les zones à ouvrir aux endroits où la végétation concurrente de la callune est la plus faible. Conserver des bouquets de bouleaux et les arbres pouvant servir de support à des aires de rapaces.
Photo 6 Traitement des chemins, des points de vue et des landes. Extraits de : Carnet d’appui au martelage, Guide de gestion des chaos rocheux, ONF, 2018-2019
Sources :
Dessins : © Sophie Meyrier, ONF
Tableaux :
Allée en sous-bois, Joseph de Ruysscher (1839-1905), huile sur toile (64 x 49 cm) signée en bas à gauche © Collection ville de Fontainebleau
Biches au repos, Antoine-Louis Barye (1795-1875), huile sur toile (23 x 32 cm) porte le timbre de la signature en bas à gauche et le cachet de cire, au revers sur le châssis, de la vente après décès, ancienne collection du Comte Armand Doria © Collection ville de Fontainebleau
Le calvaire, Louis-François-Philippe Boitte (1830-1906) © RMN-Grand Palais (Château de Fontainebleau) / Gérard Blot
Au-delà des charges financières, un bilan global intéressant
Pour ce type de chantier, c’est le bilan global qui est intéressant :
— pour des prélèvements de l’ordre de 80 %, le martelage en réserve permet de gagner du temps par rapport à un martelage en abandon. Le ratio temps passé/volume martelé est d’autant plus intéressant. Dans les bilans d’exploitation, ce temps humain de martelage n’est jamais comptabilisé ;
— les peuplements exploités n’ont jamais bénéficié de travaux sylvicoles et donc n’ont pas généré de coût d’entretien lors de leur croissance contrairement aux autres parcelles ;
— les aménités de ces exploitations dépassent les charges financières :
. une meilleure appropriation des coupes par les riverains et usagers de la forêt, au bénéfice de la perception d’autres exploitations ;
. une économie sur les travaux d’accueil et de préservation de l’environnement (entretien des points de vue, ouverture de landes, diminution des risques incendie par effet pare-feu). Sans cette exploitation, ces travaux auraient dû être supportés, à la hauteur de 20 % minimum, par de l’autofinancement de l’ONF.
Photo 7 Septembre 2021 – Le point de vue ouvert fin 2018 depuis le Restant du Long Rocher vers le nord du massif forestier
Photo : © Cécile Dardignac, ONF
Conclusion
Les motifs des peintres de l’École de Barbizon ont, globalement, été retrouvés. La participation de la paysagiste n’a été nécessaire qu’au premier martelage, les forestiers, avec l’appui du carnet de principes illustrés par les œuvres des peintres de l’École de Barbizon, ont achevé le martelage dans l’esprit recherché, au rythme d’environ dix hectares par jour. Une préparation précise et pointue en amont, tant du martelage que du chantier, est bien une étape indispensable au bon déroulement d’une telle opération. Elle se doit aussi d’être élaborée en collaboration tant avec les forestiers que les experts concernés (paysagistes, naturalistes, archéologues, techniciens bois, …). L’opération a été bien perçue par l’ensemble du public et largement médiatisée, tant au niveau local que national. Cette expérience concluante a donné lieu, en interne, à un « Guide de gestion des chaos rocheux » (rédacteurs et contributeurs : Victor Avenas, Sophie Meyrier, Guillaume Larrière, ONF, janvier 2019) qu’enrichiront les retours d’expériences de nouvelles ouvertures de chaos en cours de réalisation.
Photo 8 Septembre 2021 – Le chantier d’exploitation de 2018 a permis de révéler un paysage de chaos emblématique de la forêt de Fontainebleau. Vue prise depuis le sentier bleu n° 11, au pied du versant sud du Restant du Long Rocher
Photo : © Cécile Dardignac, ONF
Remerciements
La rédaction de la Revue forestière française remercie la Ville de Fontainebleau, le Centre de Ressources scientifiques du Château de Fontainebleau, la Réunion des musées nationaux (RMN) et la Bibliothèque nationale de France (BNF) pour leur aimable autorisation de reproduction des tableaux.
Notes
- La peinture blanche utilisée est de l’hydro (peinture à l’eau) car elle disparait plus vite après la coupe.
Références
- Freytet, A. (1996). Paysage de la forêt de Fontainebleau, Ambiances sites et motifs, enjeux et intentions paysagères. ONF, DIREN.
- Office national des forêts (2018). Aménagement forestier des forêts domaniales de Fontainebleau et des Trois Pignons, 2016- 2035. ONF. Version approuvée du 05/04/2018.
- Pinon, J. (2020). Les travaux forestiers vus par les peintres. Revue forestière française, 72(3), 233-246. doi:10.20870/revforfr.2020.5323. hal-03146970
- Salmon, X. de, sous la direction de (2012). Hommage à la forêt. Éditions Faton, Château de Fontainebleau.
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