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Aménagement et gestion

Pour une gestion forestière au service du paysage : notion d’attrait paysager et méthode appliquée en forêt publique de Corse

Résumé

Une gestion multifonctionnelle de la forêt est essentielle. Le paysage pourrait-il être, dans certains cas, le point fondateur définissant l’objectif de gestion sylvicole ? La priorité pourrait-elle être de préserver et magnifier le paysage « pour lui-même », sans présupposer d’une quelconque valeur économique liée à l’exploitation des bois ? À travers l’exemple d’une méthode fonctionnelle, créée et déployée au sein de la Direction Territoriale Corse de l’ONF depuis 2015, cet article présente une définition de la notion d’attrait paysager, véritable outil permettant un changement de paradigme, pour mieux cibler et prendre en compte l’enjeu paysager.


Messages clés :
• La gestion forestière repose sur la prise en compte de tous les enjeux liés aux différentes fonctions de la forêt.
• La notion de paysage n’est encore pas systématiquement considérée dans toute sa valeur.
• L’analyse du paysage forestier intervient bien souvent trop en aval des processus décisionnels.

Abstract

Multifunctional management of forests is essential. Could the landscape be in certain cases the cornerstone for defining silvicultural management objectives? Could the main priority be to preserve and magnify the landscape “for itself”, without presupposing any economic value related to wood exploitation? Based on the example of a functional method designed and deployed by the Direction Territoriale Corse of the ONF since 2015, the present article defines the notion of landscape attractiveness, a true tool allowing for a change of paradigms to better focus on the landscape and better take the related stakes into account.


Highlights:
• Forest management relies on the consideration of all the stakes linked to the different functions of forests.
• The notion of landscape is not yet systematically taken into account at its full value.
• The analysis of forest landscapes very often occurs too far downstream of decision-making processes.

Introduction

En réponse aux changements rapides affectant la biodiversité et le cadre de vie, et face aux attentes grandissantes de la société dans sa relation avec l’espace forestier, il est du devoir du forestier d’adapter sa gestion, notamment vis-à-vis du (des) paysage(s) forestier(s), source(s) d’aménités. La gestion multifonctionnelle des forêts est inscrite dans la loi : « La politique forestière a pour objet d'assurer la gestion durable et la vocation multifonctionnelle, à la fois écologique, sociale et économique, des bois et forêts (…). Elle tend à satisfaire les demandes sociales relatives à la forêt ».1

Des premières directives paysagères jusqu’aux interventions actuelles, la considération de l’enjeu paysager en matière de sylviculture n’a cessé d’évoluer et de se préciser. De l’évidence de limiter les coupes rases ou de grande envergure, les changements brusques et les formes géométriques ou disgracieuses particulièrement visibles dans le paysage (cas des stries parallèles ou des timbres-poste géométriques qui attirent inévitablement le regard), le travail du forestier s’est affiné à toutes les échelles, de l’arbre au territoire, en passant par la parcelle et le massif. En invitant le paysagiste à la réflexion, en s’adaptant au mieux au contexte du territoire et aux sensibilités locales, le forestier tente d’intégrer ses interventions (coupes, plantations, travaux, etc.) dans le « paysage ». Que ce dernier soit une ambiance de sous-bois ou un arrière-plan, un cadre de vie du quotidien ou simplement de passage. Cette prise en compte du paysage est également mise en œuvre pour la protection des forêts contre les risques naturels, notamment en zone méditerranéenne ou de montagne : création de coupures de combustible, intégration des dispositifs paravalanches, etc. Un panel de méthodes et d’outils existe pour limiter les impacts de la sylviculture sur les paysages comme, par exemple, le traitement spécifique des lisières, le dimensionnement spatio-temporel des coupes (tailles, forme, étalement), le choix des densités ou des essences de plantation, etc. Travail justifié et illustré par une analyse paysagère plus ou moins détaillée selon l’enjeu réglementaire, par des cartes de sensibilité paysagère et parfois des simulations nous projetant dans un avenir hypothétique.

Cependant, toutes ces orientations s’inscrivent très souvent dans la même logique : la fonction de production de bois est maximisée. Dans cette vision, le « paysage » n’intervient donc souvent qu’« après », bridé dans un seul rôle : effacer les conséquences les plus visibles (ou du moins limiter les impacts négatifs) de l’exploitation du bois. La forêt ne se résume pourtant pas qu’à cette ressource. Le forestier ne serait-il pas capable de concevoir d’autres modèles de sylvi-culture ?

Intention et démarche

En changeant cette perspective « classique » du forestier, le paysage forestier en tant que tel ne pourrait-il pas être la donnée d’entrée, la force de départ, la priorité ? Qu’en est-il quand les paysages forestiers sont la raison pour laquelle les visiteurs traversent la France, voire les frontières ? S’il semble évident de soigner les façades des maisons du Mont Saint-Michel pour que la photographie soit parfaite, ne faudrait-il pas procéder de même pour nos sites forestiers emblématiques, ceux qui attirent le regard ou le visiteur ?

Dans cette approche, il s’agirait de mettre réellement en valeur le paysage, en travaillant à son profit ou en le protégeant. Sans disparaître, la fonction productive passerait alors au second plan en matière d’objectif sylvicole. Ce type de gestion forestière mériterait de se répandre dès que l’enjeu paysager est fort. Adaptée aux contextes paysager et social locaux, et élaborée en concertation avec les parties prenantes, cette nouvelle démarche basée sur la définition d’un niveau d’attrait paysager des forêts permettrait enfin de redonner ses lettres de noblesse à la gestion forestière et à la sylviculture.

Encore faut-il s’accorder et correctement définir cette nouvelle notion d’attrait paysager, au regard notamment de deux notions couramment utilisées dans les analyses paysagères des documents de planification forestière, parfois confuses. La sensibilité paysagère d’une part, souvent cantonnée à une caractérisation de la pression visuelle face à une fréquentation du public en forêt. Et l’enjeu paysager d’autre part, notion générale mais « décisionnelle », faisant basculer un choix final d’intervention ou de niveau d’analyse.

C’est ce qu’il a été choisi de faire dans certaines forêts publiques de Corse (photo 1). Cet article relate de manière illustrée cette expérience, et la méthode de travail des équipes locales afin de définir des critères permettant de qualifier, de façon objective, l’attrait paysager, pour ensuite le décliner, en fonction de la volonté des représentants de la collectivité propriétaire, en objectif paysager.

Photo 1. Cirque de Bavella vu de Crocce Leccia
Photo : © M. Tiger

Par sa dimension transversale, à la fois objet et sujet, le paysage nous a semblé être une porte d’entrée intéressante pour illustrer qu’il est possible de gérer la forêt en l’adaptant réellement aux enjeux forts qui s’y appliquent. Cependant, ce même procédé est systématiquement décliné pour tous les autres enjeux (économique, environnemental, d’accueil du public, risques naturels, etc.) dans le processus d’élaboration des aménagements forestiers en Corse.

Définitions

Enjeux et gestion forestière

La notion d’enjeu exprime communément, dans un jeu ou dans une entreprise quelconque, « ce qui est en jeu », c’est-à-dire littéralement « ce qui est à perdre ou à gagner ».

Dans le cadre de la gestion d’une forêt ou d’un territoire forestier, il peut s’agir, par exemple, d’un enjeu économique lié à la vente du bois, d’un enjeu écologique lié à la protection d’une espèce, d’un enjeu social lié à l’accessibilité du public à l’espace forestier pour se divertir, etc. L’analyse des multiples enjeux d’une forêt est au cœur du processus décisionnel. À partir de leur caractérisation et de leur confrontation, et en s’appuyant sur ses orientations stratégiques propres, le propriétaire forestier décide des objectifs de gestion, c’est-à-dire ce qu’il veut faire. Les objectifs établis sont ensuite déclinés en actions dans le document de gestion durable de la forêt, à savoir l’aménagement forestier pour les forêts publiques françaises.

L’enjeu reflète finalement ce que le contexte permettrait de faire de l’espace forestier considéré : en d’autres termes, il en exprime le potentiel.

En ce qui concerne la gestion multifonctionnelle des forêts publiques, les DNAG (Directives Nationales d'Aménagement et de Gestion, pour le forêts domaniales) (Office national des forêts, 2009) et les ONAG (Orientations Nationales d'Aménagement et de Gestion, pour les forêts des collectivités) (Office national des forêts, 2010) cadrent nationalement les niveaux des différents enjeux pour chacune des quatre fonctions de la forêt : « production », « environnement », « social » et « protection contre les risques naturels ». Cependant, la multiplicité des éléments qui peuvent composer un même enjeu induit une analyse et une réponse en termes de gestion forestière qui peut grandement différer. C’est le cas en particulier pour l’enjeu « social », qui englobe le paysage, l’accueil du public, le patrimoine culturel et l’exploitation de l’eau.

Il a donc été décidé, à l’ONF Corse, d’affiner les ONAG par enjeu dit « élémentaire » (Office national des forêts, 2020a), pour les adapter au contexte local.

Attrait paysager

D’après le dictionnaire Larousse (2023), l’attrait est défini de la manière suivante : « 1. Qualité par laquelle quelque chose ou quelqu'un plaît et attire, apparaît comme une promesse de plaisir ou d'agrément. 2. Sentiment qui pousse quelqu'un vers quelqu'un, vers quelque chose ; penchant, inclination. ». Cette notion est à rapprocher de celles de charme, d’aimant, mais également d’aménité d’après la définition du dictionnaire Larousse (2023).

Ainsi, l’attrait paysager pourrait se définir comme le sentiment de plaisir et de bien-être immédiat (ou potentiellement à venir) généré par un paysage sur une personne, ou bien encore comme la capacité d’un paysage, de par ses qualités intrinsèques et l’image qu’il renvoie, à promettre un instant agréable pour un futur observateur.

D'un point de vue économique, on pourrait le quantifier comme le temps, l'énergie et l'argent que des personnes sont prêtes à consacrer pour se rendre sur de tels sites (Chevassus-au-Louis et al., 2009).

Attrait et enjeu élémentaire Paysage

Du croisement de ces notions découle la définition qui a été donnée, dans le cadre de la gestion forestière à l’ONF Corse, à l’enjeu élémentaire Paysage : c’est l’attractivité que représente le paysage d’un site en vision externe. Cette définition repose sur trois points essentiels.

Il s’agit bien de l’attractivité d’un site et non uniquement de sa visibilité ou sensibilité. Dans une gestion forestière classique, ce sont ces deux autres notions qui sont analysées, puisque l’objectif est avant tout de limiter l’impact de la gestion productive (coupes, plantations, travaux, etc.) sur le paysage. Il est ainsi d’usage de caractériser les pressions visuelles exercées sur la forêt (tant externes qu’internes) pour en définir son niveau de sensibilité paysagère (plus un lieu sera perçu, plus il sera sensible) et ainsi pouvoir appliquer des modalités de gestion particulières (type de traitement, type de travaux, calendriers d’interventions, etc.). Dans ce nouveau paradigme, l’attractivité implique que l’observateur fasse la démarche d’aller voir ce paysage et non pas simplement que ce dernier soit visible/perceptible. C’est sur la base de cette attractivité paysagère que sont définis les objectifs de conservation ou de valorisation du paysage (groupes d’intérêt paysager). Cette précision est primordiale.

Il ne s’agit par principe, dans cette approche, que de « vision externe ». Autrement dit, la notion d’attrait paysager ne s’attache qu’à la perception visuelle des sites forestiers depuis un point de vue (ponctuel ou linéaire) fréquenté et externe à ces sites. Elle ne concerne pas les perceptions « internes », c’est-à-dire les paysages constituant un site fréquenté. Marquer cette différence nous a semblé nécessaire afin de définir une limite entre l’enjeu « d’accueil du public » et l’enjeu paysage sensu stricto. Il a été en effet considéré qu’un observateur situé au cœur d’un paysage forestier fait une expérience d’accueil du public, et ce même si le but premier de sa visite est ce paysage, alors qu’une personne située en lisière ou en dehors de ce paysage et qui se contente de le regarder (comme c’est le cas d’un automobiliste qui emprunte une route pour observer ce paysage) ne fait pas d’expérience d’accueil. La distinction est ténue et elle est discutable, mais cette séparation permet de cadrer l’analyse : dans un cas (enjeu d’accueil du public), la prise en compte des cinq sens dans l’analyse est essentielle, ainsi que le besoin de sécurisation des visiteurs et la gestion des flux, alors que dans le second cas (enjeu paysage), c’est le sens de la vue qui est privilégié. Le positionnement de l’observateur est donc important dans la définition de l’attractivité paysagère d’une forêt.

De même, l’attractivité d’un site n’est pas liée aux points de vue qu’il contient. Par exemple, prenons le cas de la forêt communale d’Ajaccio (photo 2). Une partie de cette forêt péri-urbaine est très fréquentée par le public, car elle offre de nombreux points de vue somptueux sur la mer. L’enjeu d’accueil du public peut alors être qualifié de fort. En revanche, composée d’un paysage forestier commun, cette forêt ne possède pas d’attrait paysager au sens où nous l’avons défini.

Photo 2. Forêt d’Ajaccio
Photo : © M. Tiger

Les critères de l’attrait du paysage

À partir de la définition ainsi établie, quels seraient les critères objectifs pour définir le niveau d’attrait paysager d’une forêt ? Étant donné que cela repose sur une « attirance » entre site et observateur externe, nous pouvons considérer qu’il y a deux critères exploitables : un critère de composition et celui de notoriété.

Critère de composition

Le premier critère à l’origine d’un attrait paysager est la composition du paysage en lui-même. Il y a attrait lorsque les éléments qu’il contient et leur agencement sont particulièrement harmonieux, équilibrés entre eux. La perception qui en découle est alors qualitative : l’impression d’ensemble est excellente, souvent portée par certains éléments attirant positivement l’œil. Si tous les sens peuvent potentiellement entrer en considération dans cette perception, celui de la vue est primordial. Concrètement, cela signifie que les critères d’attrait sont ceux de la composition paysagère : les formes, volumes, lignes, couleurs, textures, dimensions, échelles, variations de luminosité, perspectives, points de fuite… Autant de critères objectifs que le paysagiste peut caractériser dans son analyse. Ainsi, le travail du forestier pourra consister, si c’est l’objectif qu’il s’est fixé, à préserver ou magnifier cet attrait paysager, en agissant dans la mesure du possible à la source même de la composition paysagère : suppression des points noirs, mise en valeur des points d’appel, traitement des plans paysagers et perspectives, etc. Pour cela, la sylviculture joue pleinement son rôle (coupes, élagages, plantations, etc.).

Critère de notoriété

Le second critère d’attrait paysager est la reconnaissance collective consacrant la valeur intrinsèque du site considéré. Il est à dire d’expert, ou d’après la loi, ou par la communauté, selon la population, etc. C’est un paysage identitaire, connu, réputé, patrimonial. Son « image » est diffusée, « vendue » comme « belle » (paysage « de terroir », image de « carte postale », parfois une référence à une œuvre picturale ou culturelle, etc.). Cette dimension attractive peut reposer sur quatre raisons essentielles :

« écrin paysager » : ce paysage « contient » quelque chose qui lui donne son attrait. Il est connu pour abriter un élément de patrimoine culturel ou naturel (une rivière, une cascade, des ruines, un sommet à atteindre, etc.) et cela nous attire ou lui donne un statut attrayant à nos yeux ;

« unicité/rareté » : il n’y a pas d’autre paysage forestier comme cela ailleurs (ou du moins localement, selon l’échelle de considération : nationale, locale...) et sa disparition ou sa dégradation serait une réelle perte à nos yeux ;

« statut de protection » (découlant souvent des deux points précédents) : ce paysage forestier est protégé à titre réglementaire (environnement, culture, urbanisme, etc.) ;

« communication » : ce paysage forestier est lié à une personnalité ou à une œuvre artistique, a servi de lieu de tournage pour une émission ou film, est plébiscité sur les réseaux sociaux, etc.

Ce critère de renommée découle souvent du critère « esthétique ». C’est par lui que le travail de caractérisation de l’attrait paysager des forêts a commencé dans le cas des forêts de Corse.

Analyse de la forêt vis-à-vis de l’enjeu élémentaire paysage

Les aménagements forestiers en DT Corse étudient les enjeux des quatre fonctions principales, permettant d’alimenter les bases de données nationales, ainsi que les enjeux élémentaires, afin d’ajuster l’analyse de la forêt et de proposer, à la collectivité propriétaire, une gestion réaliste et adaptée. La définition des critères permettant de classer les enjeux élémentaires est l’objet d’une Directive d’Application Territoriale (DIA 9005-20-DIA-EAM-003, dite DIA « Enjeux », ONF, 2020a), dont les principes pour l’enjeu élémentaire Paysage sont explicités ici.

Base de données régionale

Une première classification régionale de la totalité des 171 forêts publiques de Corse vis-à-vis de leur attractivité paysagère et touristique avait été réalisée par l’ONF Corse (Tiger & Peyrot, 2015), dans une perspective d’évaluation globale des forêts pour lesquelles une analyse plus poussée de l’accueil du public ou du paysage serait à réaliser dans les aménagements forestiers. Le principe retenu était de minimiser la variabilité du classement liée au facteur de subjectivité du notateur pour un site donné, en se basant sur des indicateurs mesurables.

La présence des quatre éléments naturels suivants a été étudiée et notée par forêt selon leur attractivité paysagère, sur la base de la carte IGN, des guides touristiques (Guide Michelin, Lonely Planet, Guide du Routard) et des connaissances locales : montagne, formation forestière, cours d’eau et plan d’eau (mer, lac, pozzines : tourbières caractéristiques des milieux corses). Ce travail a été effectué sans présager d’un quelconque accueil du public. Ainsi, l’élément « cours d’eau » doit ici se comprendre comme un site possédant une rivière, des vasques ou des cascades aux qualités esthétiques reconnues, et non comme une rivière possédant des possibilités de baignade. Pour chaque élément, la note de l’attractivité correspond à la renommée du site vis-à-vis de l’élément paysager considéré (tableau 1).

Tableau 1. Critères ayant permis d’établir le niveau d’attractivité des forêts publiques de Corse (d’après Office national des forêts, 2020a)

L’enjeu pour l’ensemble de la forêt a été établi ensuite en retenant la note maximale obtenue pour l’un des éléments. Le choix de retenir la note maximale plutôt que de combiner les différents éléments reflète l’importance du déclenchement de l’attrait en Corse, plutôt que de valoriser la diversité des paysages. En effet, le visiteur en Corse recherche plus la splendeur d’un site que sa variété, même pour les attraits de niveau local.

Sectorisation de la forêt

Intéressante pour planifier la réalisation des aménagements forestiers, cette première classification nécessite d’être affinée pour pouvoir être utilisée à l’échelle d’une forêt. Chaque partie y est donc sectorisée en fonction de son attractivité paysagère. Un niveau d’enjeu élémentaire Paysage de base y est alors affecté comme suit :

les secteurs non visibles (à partir d’un site fréquenté) sont obligatoirement classés en enjeu paysage de base nul, puisqu’ils ne peuvent pas déclencher d’attrait. Le recours à l’outil SIG et à la BD Alti (Modèle numérique de Terrain) de l’IGN permet de délimiter ces secteurs ;

les secteurs visibles sont analysés de façon plus précise selon les principes présentés dans le tableau 2.

Tableau 2. Sectorisation des différents types de forêts et enjeux de base résultants (d’après Office national des forêts, 2020a)

Critères complémentaires

Les surplus imposés pour l’analyse par certains statuts de protection réglementaire, et qui affectent l’élaboration de l’aménagement forestier, sont pris en compte en augmentant le niveau d’enjeu de la façon présentée dans le tableau 3 pour aboutir à un enjeu élémentaire Paysage final.

Tableau 3. Définition finale du niveau de l’enjeu élémentaire Paysage. PNRC = Parc Naturel Régional de Corse
(d’après Office national des forêts, 2020a)

Cartographie de l’enjeu élémentaire paysage

Il résulte de ce travail de notation et de sectorisation une cartographie des niveaux de l’enjeu à l’échelle de la forêt (figure 1), présentée dans l’aménagement forestier.

Figure 1. Exemple de cartographie de l’enjeu élémentaire Paysage en forêt territoriale de Piana
(d’après Office national des forêts, 2016)

La précision des contours cartographiques est attendue pour l’enjeu de niveau fort, pour lequel un volet paysager est préconisé dans le document d’aménagement forestier, a minima au niveau de l’analyse de la forêt. Il ne s’agit pas ici d’une étude paysagère complète, mais d’une première analyse permettant de définir des orientations de gestion et, si l’objectif est retenu, des préconisations générales (figure 2).

Figure 2. Extrait du volet paysager de l’aménagement forestier de la forêt territoriale de Piana
(d’après Office national des forêts, 2016)

Définitions

Lorsque, sur la base des enjeux paysagers et de l’analyse qui en a été faite, les représentants de la collectivité propriétaire ont décidé de retenir un objectif paysager, il s’agit alors de travailler en faveur du paysage. Plusieurs cas de figure s’offrent alors à l’aménagiste, en fonction de la qualité de ce paysage :

le paysage est en bon état : il faut le préserver, voire le magnifier ;

le paysage n’est pas dans un état optimal : il faut l’améliorer.

Quatre exemples sont proposés correspondant à des cas de figure différents. Ils mettent en œuvre des interventions et des sylvicultures adaptées.

Préserver un paysage en bon état

Préserver le paysage en Corse, c’est bien souvent le préserver contre le risque majeur qui est l’incendie. Les interventions nécessaires étant très coûteuses et pas nécessairement réalisables dans tous les contextes topographiques, plusieurs stratégies sont possibles.

Préservation a minima : l’exemple du Mont Kyrié Eleison (Forêt communale de Ghisoni, Haute-Corse)

En lien avec l’enjeu paysager fort, la commune de Ghisoni, propriétaire de la forêt, a choisi de faire de ce pic majestueux et de la forêt alentour un objectif de conservation paysagère (Quatrième série de l’aménagement forestier : série d’intérêt paysager particulier). Or ce secteur sans point noir est particulièrement pentu et rocheux, et toute intervention y est compliquée et coûteuse (photo 3). L’aménagement forestier (Office national des forêts, 2015) souligne son intérêt paysager, ce qui permet de lui donner une plus forte valeur auprès des pompiers quand il faut choisir où lutter contre l’incendie en priorité. Il indique également qu’il sera laissé à sa libre évolution et qu’il n’y aura aucune intervention, sauf si dans le futur des évènements altérant le paysage devaient apparaître (trace de feu, attaques phytosanitaires, etc.). Dans ces cas, des interventions afin de restaurer le paysage pourraient avoir lieu.

Photo 3. Le Mont Kyrié Eleison
Photo : © G. Fanget

Préservation optimale : l’exemple de la croupe du Velaco (Forêt communale de Zonza, Corse-du-Sud)

La commune de Zonza, propriétaire de cette forêt située sur le versant ouest du col de Bavella, a retenu un objectif paysager (Office national des forêts, 2020b). Puisque la forêt y joue un rôle de contraste de couleurs, de textures et de dimensions vis-à-vis des falaises, il était important de la protéger contre l’incendie. Mais ici, la facilité d’accès et l’obtention de financements, en lien avec la préservation de la forêt contre l’incendie, a permis de proposer des interventions plus ambitieuses (photos 4 et 5).

Photo 4. La croupe de Velaco
Photo : © M. Tiger

Photo 5. Le peuplement de la croupe du Velaco, à mettre en auto-résistance
Photo : © M. Tiger

Puisque depuis les points de vue, c’est la canopée qui est visible, le but poursuivi est de la protéger contre le roussissement ou la destruction en cas d’incendie. La mise en auto-résistance de ce secteur a donc été proposée, en y effectuant des travaux de réduction de la biomasse combustible à toutes les strates, en appliquant des modalités de travaux qui ne dégradent en aucun cas le paysage sur le court ou le long terme : démaquisage, réduction de la densité des tiges (sur la photo 5, la densité de la jeune futaie en arrière-plan est nettement visible), élagage, élimination d’une partie de la litière, traitement des rémanents). Dans les peuplements adultes, le choix des arbres à préserver s’est concentré sur les arbres présentant notamment les houppiers les plus gros et aux formes tabulaires (Massaiu & Tiger, 2022).

D’un point de vue économique, ces peuplements n’étant pas situés sur des stations très fertiles, l’exploitation des bois, même élagués, compensera difficilement, du moins sur le court et moyen terme, les coûts investis pour le paysage. En revanche, en conséquence des travaux, le risque de perte de ce peuplement, rendu résistant contre l’incendie, aura drastiquement diminué.

Améliorer un paysage

Forêt Territoriale de Bavella (Corse-du-Sud) : intégration des stigmates d’un reboisement dans un écrin de verdure

Classé au titre du paysage (loi 1930), ce cirque forestier, entouré de falaises roses à-pics, est un des joyaux les plus prisés de la montagne Corse (photo 6). Si l’œil est attiré par l’esthétisme des aiguilles, la forêt y apporte un écrin qui souligne à la fois les couleurs de la roche et sa verticalité. C’est pour cette raison, au vu de l’enjeu paysager fort, que la Collectivité de Corse, propriétaire de la forêt, a décidé d’affecter à la gestion de la forêt un objectif paysager sur 335 ha, bien que les peuplements se prêtaient très bien à la production de bois d’œuvre.

Or ce site a subi en 1960 un grand incendie qui a détruit une grande partie de la forêt (photo 7). Des gros travaux ont eu lieu de 1969 à 1975, pour reboiser plus de 100 ha. La forêt est désormais cicatrisée, mais elle en conserve encore les stigmates, en particulier les stries géométriques correspondant aux plantations de Châtaigniers, créées comme pare-feu arboré : elles sont bien visibles depuis le point de vue du col de Laronu, qui ferme la partie orientale du cirque (photo 8).

Photo 6. Le cirque de Bavella vu du col éponyme
Photo : © M. Tiger

Photo 7. Travaux de reboisement après le grand incendie de 1960, vus du col de Laronu
Photo : © Archives de l’Office national des forêts

Photo 8. La forêt de Bavella, vu du col de Laronu 50 ans après les travaux de reboisement
Photo : © M. Tiger

La gestion proposée (Office national des forêts, 2006 ; Office national des forêts, 2021a) a consisté à réduire ces points noirs, en travaillant sur les couleurs et les types d’essences (figure 3). En effet, les secteurs qui ont été épargnés par l’incendie sont constitués d’un mélange de résineux (Pins laricio de Corse et maritime, autochtones) et de feuillus (Chênes verts, Frênes à fleur, Aulnes cordés, Érables de Montpellier, etc.) qui créent des nuances de couleurs et de texture dans le paysage forestier.

Figure 3. Carte des propositions paysagères, basées sur les types de feuillages, en forêt de Bavella
(d’après Office national des forêts, 2006)

Ainsi, la sylviculture retenue, à objectif de valorisation paysagère, s’est basée sur un traitement en irrégulier pied à pied avec des modalités particulières.

Des coupes ont été programmées sur 51 ha, pour un volume de 14 000 m3, afin de réduire la densité des plantations de Pins maritimes, ayant atteint 40 cm de diamètre moyen. Les modalités de martelage étaient de détourer systématiquement les feuillus présents et en cas d’absence, de créer des trouées afin d’y planter des essences diverses en enrichissement, pour recréer un mélange de différentes tonalités de vert au printemps et en été, et un mélange de couleurs vert/orange/rouge/marron à l’automne. Trois essences au moins sont à planter (Pin laricio de Corse, Châtaignier et feuillus parmi les essences de l’habitat naturel), disposées en mélange intime et implantées de façon non systématique et non linéaire (figure 4).

Figure 4. Principe d’implantation des tiges en parcelle 8 de la forêt de Bavella, déjà exploitée
(d’après Office national des forêts, 2021a)

En se rapprochant des bandes de Châtaigniers, il est prévu d’augmenter la proportion de cette essence dans la composition des plants, afin d’estomper la limite de ces bandes, qu’il a été jugé important de conserver pour leur intérêt de protection du massif contre l’incendie.

Enfin, puisque la forêt a également une vocation multifonctionnelle, la réduction des impacts sur la fonction de production de bois d’œuvre a été prise en compte en préconisant des travaux d’élagage des Pins restants, afin d’améliorer leur qualité technologique.

D’un point de vue économique, à court terme, l’exploitation des coupes de Pins maritimes pour l’objectif paysager n’apporte pas de perte de revenus. Le surcoût provient des plantations à réaliser, qui n’étaient pas nécessaires en objectif de production de bois. Sur le moyen et le long terme, l’équilibre financier est difficile à évaluer. D’un côté, il pourrait être défavorable, les essences plantées étant dans l’ensemble peu commercialisables, à part le Pin laricio de Corse dont le prix de vente des grumes est largement supérieur au Pin maritime. Toutefois, le mélange avec les feuillus diminuant la combustibilité des peuplements, et donc le risque de perte de ce peuplement par l’incendie (ce qui est loin d’être négligeable en contexte méditerranéen), la balance économique pourrait être finalement positive.

Forêt Territoriale d’Aitone (Corse-du-Sud) : la futaie cathédrale

Cette forêt, site inscrit, est un des fleurons de la Corse : elle est connue et citée dans les guides touristiques pour ses Pins laricio de Corse majestueux (photo 9). En effet, la route départementale qui traverse la forêt passe au milieu d’une futaie cathédrale de Pins laricio de Corse aux dimensions conséquentes. Les données LIDAR affichent les valeurs suivantes : 4 518 arbres supérieurs à 40 m, dont 523 supérieurs à 45 m et 12 supérieurs à 50 m, avec un maximum à 57 m. Les diamètres dominants moyens sont mesurés de 71 à 72 cm (Office national des forêts, 2021b). Ces arbres sont également de très bonne qualité technologique et les coupes de bois se vendent à des très bons prix.

Depuis 20 ans, la gestion est pratiquée en traitement irrégulier pied à pied, afin de limiter les impacts sur le paysage et de ne plus faire, comme ce fut le cas par le passé, de coupes définitives qui fédéraient la population locale à leur encontre. L’objectif restait néanmoins celui de la production de bois.

Photo 9. Les Pins laricio de Corse d’Aitone
Photo : © G. Fanget

L’analyse de l’enjeu élémentaire Paysage, réalisée dans le cadre de la révision de l’aménagement forestier (Office national des forêts, 2021b), a montré que l’attrait est de niveau national le long de la route. Par conséquent, l’enjeu est fort. La Collectivité de Corse, propriétaire de la forêt, a toujours eu le souci de limiter l’impact paysager de la production de bois dans cette forêt. Localement, il existe par ailleurs une volonté forte de passer ce site du statut d’inscrit à celui de classé. Dès lors, il a semblé logique de proposer à la Collectivité de Corse d’en faire un objectif de gestion paysager. Cependant, l’enjeu de production de bois est fort lui aussi, et la gestion en traitement irrégulier pied à pied pratiquée ces dernières années a déjà réduit les impacts sur le paysage. En outre, une zone à objectif d’accueil du public est également distinguée, dans laquelle la prise en compte du paysage interne a toute sa place.

La question suivante s’est donc posée : le long de la route, faut-il poursuivre un objectif explicite de valorisation du paysage ? Ou bien, des modalités de gestion particulières pour le paysage sur ce secteur, qui serait alors regroupé avec le groupe à objectif de production de bois adjacent, sont-elles suffisantes ?

Dans les deux cas, une sylviculture sera pratiquée et des coupes de bois seront prévues, dans le but de régénérer les peuplements vieillissants, avec à la clé des recettes conséquentes pour la Collectivité de Corse. Dans les deux cas, un traitement en irrégulier pied à pied sera retenu. Alors pourquoi se compliquer la tâche avec deux groupes de gestion pratiquement identiques ? N’est-ce pas là uniquement de l’affichage ?

Politiquement, afficher que le paysage est valorisé sur la forêt est un élément indéniable à prendre en compte. Mais le plus important, ce sont les détails des modalités de mise en œuvre de la gestion qui diffèrent selon les objectifs poursuivis, et en particulier lors du martelage (cela concerne donc le choix des arbres qui seront exploités). En effet, pour l’objectif de production de bois, l’arbre de place, celui au profit duquel des arbres alentours vont être martelés, est l’arbre de très bonne qualité technologique (qualité A), c’est-à-dire celui qui ne présente aucun défaut, que ce soit nœud apparent ou caché, aucun méplat, pas de branche basse et une rectitude du fût sur plusieurs mètres. Pour l’objectif de valorisation du paysage, l’arbre de place dépendra de sa localisation, mais retenons que bien souvent, ce sera l’arbre le plus esthétique, c’est-à-dire dans ce cas, celui qui présente des dimensions conséquentes et une harmonie tronc-houppier qui accepte les branches basses, d’autant plus si elles apportent une petite touche verte harmonieuse. Parfois, les arbres de place pourront être identiques dans les deux modalités, mais ce n’est pas toujours le cas, et pour un marteleur, le fait de savoir qu’il faut avant tout favoriser l’esthétisme de l’arbre change son approche.

Gérer ce secteur dans le but de valoriser le paysage nécessitera de bien étudier le comportement de l’observateur et sa position. En l’espèce, l’observateur est dans son véhicule, la route ne permettant pas d’arrêt. Le paysage qu’il observe est situé de part et d’autre de la route, qui sillonne un versant à forte pente. Cette configuration se traduit ainsi :

lorsqu’il regarde la partie aval de la route, l’automobiliste domine le paysage. Il y voit les houppiers, la canopée et, uniquement sur les premiers mètres depuis la route, le haut des troncs des arbres les plus grands ;

à l’inverse, lorsqu’il regarde la partie en amont de la route, il est « dominé » par le paysage. Il y voit le sol, le sous-bois, les pieds des arbres, le bas des troncs, et, uniquement sur les premiers mètres depuis la route, le bas des houppiers.

Par conséquent, les consignes de martelage et d’exploitation ne seront pas identiques de part et d’autre de la route :

en aval de la route, il faudra principalement soigner l’esthétisme des houppiers et travailler le mélange dans l’étage dominant pour faire des touches de couleur ;

alors qu’en amont de la route, il faudra soigner le sol et le sous-bois en éliminant les rémanents, et favoriser les arbres les plus élancés pour accentuer cette impression de gigantisme.

Enfin, tout l’art de l’aménagiste réside alors dans la prise en compte de la multifonctionnalité de la forêt, c’est-à-dire de limiter les impacts sur les autres fonctions, et en l’occurrence, sur ce secteur géré pour l’objectif paysager, sur celle de production de bois. Dans la pratique, il s’agira :

de vendre les bois exploités en lot de quantité intéressant les acheteurs potentiels ;

d’exploiter, dès que possible, les arbres de qualité A avant qu’ils ne se déprécient ;

et d’élaguer les jeunes tiges.

D’un point de vue économique, la balance à moyen et long terme d’une telle intervention est, comme abordé précédemment, difficile à évaluer. Le manque à gagner sur la vente des bois semble assez faible et le surcoût provient essentiellement de l’élimination des rémanents. Cependant, la réduction importante de l’inflammabilité et de la combustibilité des peuplements qui en découle favorise la résistance de ces futaies contre le risque incendie, engendrant une perte potentielle plus faible dans le temps.

Conclusion

Les 15 et 16 avril 2019, la charpente de la Cathédrale Notre-Dame de Paris, surnommée « la forêt », s’embrase. À une vive et légitime émotion qui traverse le pays et les frontières fait suite une décision, présidentielle : celle de reconstruire, en engageant des moyens considérables. Cette évidence, qui n’est pratiquement pas remise en question, s’explique par l’enjeu et la dimension multiple incarnée par le bâtiment aux yeux de la société : à la fois historique, culturelle, architecturale, symbolique, religieuse, touristique, économique, etc.

Certaines forêts sont des « monuments » aux multiples fonctions qui méritent elles aussi de ne pas être réduites, contrairement à la définition du Larousse, à des « grandes étendues de terrain plantées d’arbres ». Tout à la fois supports et cadres de vie, écosystèmes, paysages, ressources et lieux de ressourcement, leur gestion ne peut être que multifonctionnelle, ce qui nécessite de changer le point de vue « classique » du forestier (et que la société se fait de lui), en analysant tous les enjeux élémentaires de la forêt de façon exhaustive, neutre et sans a priori lié à la production de bois. Ce principe, appliqué dès les phases initiales de l’élaboration de l’aménagement forestier, va dans le sens d’un dialogue Forêt-Société réussi. La sectorisation de la forêt qui découle de cette approche permet ainsi d’agir au bon endroit par une sylvi-culture (au sens étymologique du terme).

D’un point de vue économique, les exemples proposés montrent que l’intervention paysagère, par l’effet synergique positif de réduction du risque incendie engendré, peut au final, sur le moyen et long terme, ne pas nécessairement représenter un surcoût pour le propriétaire. Ceci n’est néanmoins pas généralisable, car cela dépend du contexte local et des préconisations formulées.

Quoiqu’il en soit, n’oublions pas que les coupes de bois ne sont pas l’apanage de l’objectif de production de bois. Elles peuvent également être un moyen de répondre à d’autres objectifs ou simplement une opportunité, comme l’illustre cette anecdote : lorsqu’il présenta des signes de dépérissements, le cerisier planté dans le jardin familial, après avoir agrémenté pendant de longues années les repas du mois de mai, fut coupé et transformé en une belle poutre qui a trouvé sa place dans la cuisine. Les actions dirigées vers les fonctions autres que celles de la production de bois peuvent, en effet, tout à fait générer des revenus directs (exploitation d’arbres, parfois en quantité conséquente) et indirects (développement d’activités touristiques, villégiature, redynamisation des territoires, activités pastorales ou sylvicoles, etc.). De plus, cela peut permettre d’éviter d’importantes dépenses (diverses méthodes de règlement de conflits dus au refus des choix de gestion par les populations : police, communication, médiation, etc.).

Un exemple concret et réussi de gestion forestière pour valoriser le paysage est d’ailleurs illustré dans la Revue forestière française dans l’article « Retrouver les paysages des peintres de Barbizon en forêt domaniale de Fontainebleau : chaos rocheux, sylviculture et paysages culturels » (Avenas & Meyrier, 2023). Dans la sylviculture qui y est mise en œuvre, le dosage subtil de la végétation arborée au sein des chaos rocheux permet d’atteindre l’objectif essentiel de remise en valeur des motifs paysagers identitaires, tout en générant de manière connexe un volume de bois important.

Une telle gestion nécessite, certes, une vision économique plus globale qui dépasse les attendus financiers du propriétaire, notamment ceux de court terme. La rémunération des aménités de la forêt pourrait peut-être servir de levier pour initier ce changement de paradigme.

Si le contexte forestier et paysager Corse se prête particulièrement bien au positionnement du paysage au cœur de la gestion forestière, la méthode proposée peut sans aucun doute s’exporter ailleurs, et inspirer la réflexion d’autres propriétaires et gestionnaires de forêts emblématiques, tenus de répondre à la fois aux enjeux de leur forêt et aux attentes de la société.

Notes

  • extrait Article L121-1 du Code Forestier

Références

  • Avenas, V., & Meyrier, S. (2023). Retrouver les paysages des peintres de Barbizon en forêt domaniale de Fontainebleau : chaos rocheux, sylviculture et paysages culturels. Revue forestière française, 74(3), 395-404. doi:10.20870/revforfr.2023.7690
  • Chevassus-au-Louis, B., Salles, J.M., & Pujol, J.L. (2009). Approche économique de la biodiversité et des services rendus par les écosystèmes - Contribution à la décision publique. Centre d’analyse stratégique, La Documentation française. https://www.vie-publique.fr/rapport/30445-approche-economique-de-la-biodiversite-et-services-lies-aux-ecosystemes
  • Massaiu, A., & Tiger, M. (2022). Guide de sylviculture pour la prévention des incendies en Corse. Office national des forêts, Cardère éditeur, classeur 16 fiches techniques avec livret 156 p.
  • Office national des forêts (2006). Aménagement forestier. Forêt territoriale de Bavella. 2017- 2021. Office national des forêts, Direction Territoriale de Corse, Corte, 103 p. + cartes.
  • Office national des forêts (2009). Directives Nationales d’Aménagement et de Gestion pour les forêts des collectivités, Direction Technique et Commerciale bois, Paris, 42 p.
  • Office national des forêts (2010). Orientations Nationales d’Aménagement et de Gestion pour les forêts des collectivités, Direction Technique et Commerciale bois, Paris, 41 p.
  • Office national des forêts (2015). Aménagement forestier. Forêt communale de Ghisoni. 2016-2035. Office National des Forêts, Direction Territoriale de Corse, Corte, 109 p.+ annexes + cartes.
  • Office national des forêts (2016). Aménagement forestier. Forêt territoriale de Piana. 2017- 2036. Office National des Forêts, Direction Territoriale de Corse, Corte, 64 p. + cartes.
  • Office national des forêts (2020a). DIA 9005-20-DIA-EAM-003, dite « DIA Enjeux ». Office national des forêts, Direction Territoriale de Corse, Document interne, 30 p.
  • Office national des forêts (2020b). Aménagement forestier. Forêt communale de Zonza. 2021- 2040. Office national des forêts, Direction Territoriale de Corse, Corte, 216 p. + cartes.
  • Office national des forêts (2021a). Document argumentaire de la Prorogation de l’aménagement de la forêt territoriale de Bavella-Sambucu (2006-2021) pour la période 2022-2026. Office national des forêts, Direction Territoriale de Corse, Corte, 38 p.
  • Office national des forêts (2021b). Aménagement forestier. Forêt territoriale d’Aitone. 2022 - 2041. Office national des forêts, Direction Territoriale de Corse, Corte, 161 p. + cartes et annexes.
  • Tiger, M., & Peyrot, G. (2015). Enjeux Paysage - Accueil des forêts publiques de Corse. Notice explicative. Office national des forêts, Direction Territoriale de Corse, Document interne, 9 p. + tableur de données.

Auteurs


Muriel Tiger

muriel.tiger@onf.fr

Affiliation : Office national des forêts, Direction Territoriale de Corse, F-20250, Corte, France

Pays : France


Fabien Chelles

Affiliation : Office national des forêts, Agence Études Midi-Méditerranée, F-66026, Perpignan, France

Pays : France

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Citations