Les riches archives de la commune de Vic-en-Bigorre ont permis de suivre la totalité des actions sylvicoles dans la petite futaie du Baradat, chênaie pédonculée « de l’Adour » à croissance très rapide et de haute qualité. Du milieu du XVIIe siècle à celui du XIXe, se succèdent des coupes suivant les pratiques de l’Ancien Régime puis, à partir de 1797, des coupes avec éclaircies. Mais l’Administration des forêts, qui voyait dans le Baradat « sans contredit un des plus beaux [bois] qu’il y ait en France » (1824), en accepta le défrichement (1857) et le remplacement par un semis de glands sur 30 hectares, voisins dont les produits furent récoltés en 1980…
Messages clés : - Une croissance rapide des Chênes ne déprécie par leur qualité. - En deux révolutions complètes, un historique complet des coupes dans une très petite futaie régulière permet de suivre correctement l’évolution des pratiques et des idées sylvicoles du XVIIe au XIXe siècle.
Abstract
The extensive Vic-en-Bigorre archives have made it possible to trace all the silvicultural operations ever carried out in a small high forest known as Baradat. This fast-growing and high quality pedunculate oak forest alongside the Adour river underwent successive cutting according to Ancien Régime practice between the 17th and 19th centuries, and then thinning as from 1797. However, the Forests Administration, which considered the Baradat “to be unarguably one of the most beautiful woodlands in France” (1824), agreed to 30 hectares being cleared (1857) and sown with acorns, the product of which was harvested in 1980...
Highlights: - Fast growing oak trees can produce quality wood. - Complete records of cutting carried out in a very small even-aged high forest make it possible to accurately trace the development of silviculture over two full rotations from the 17th to the 19th centuries.
Introduction
Le bois du Baradat, jeune et sans contredit un des plus beaux qu’il y ait en France, devrait, dans peu d’années, faire l’admiration du public.
Avis de l’Administration des forêts du 12 octobre 1824
Pour les Gascons, un « baradàt » est un « espace entouré de fossés » (Palay, 1991). Le quartier du Baradat se situe au sud de Vic-en-Bigorre (Hautes-Pyrénées) (figure 1a et b). Au milieu de la vallée de l’Adour, voisin de l’Échez, rivière longtemps parallèle au fleuve, sur un terrain humide mais drainé par ces fossés, les Chênes du petit bois (environ 15 ha) du Baradat ne pouvaient qu’y être de fort belle croissance « en raison du sol bienfaisant qui les a fait naître »1 écrivait l’administrateur forestier du tout nouveau département en 1797. Propriété de la communauté de Vic, le bois du Baradat a toujours été une futaie admirée : admiration anticipée, en 1682, du maître particulier des Eaux et Forêts qui estimait qu’il « sera plus tôt venu une belle et haute futaie »2 ; admiration intéressée, en 1752, d’un commissaire de la Marine, puis, en 1824, de la jeune Administration des forêts (citation mise en exergue). Le 11 mai 1825, il faisait la fierté du maire de Vic vantant sa « jeune et belle forêt du Baradat ». En 1857, lors de l’ultime mise en vente des arbres, l’argument publicitaire du premier édile annonçait qu’étaient vendus les chênes de « l’une des plus belles futaies de France ».
Accompagner l’histoire du bois du Baradat durant plus de deux siècles, c’est également participer à la vie de la communauté de Vic, ses besoins en bois, en glands et… en argent ; c’est assister à la violente coupe pour la Marine, voir naître la pratique nouvelle des éclaircies et aller jusqu’à son triste défrichement en 1863. Pendant la même période, les près de 350 chênaies des côteaux béarnais et bigourdans étaient toutes des futaies jardinées plantées liées à un très intensif système agropastoral (Bartoli et Geny, 2015). Le bois du Baradat, futaie régulière régénérée naturellement, était donc, dès le début du XVIIe siècle, une chênaie déjà originale pour le Sud-Ouest. En étudiant la campagne de récolte de Chênes qu’avait menée la Marine en 1752-1753 dans toute la Bigorre (Bartoli et Doly, 2022), nous avons découvert l’existence du Baradat ; il y jouait un grand rôle. Depuis le milieu du XIXe siècle, il était inconnu des archives forestières. Par chance, de riches archives, en particulier celles de la ville de Vic, nous ont permis de suivre avec précision ses trajectoires sylvicoles durant deux révolutions complètes. Soit seulement deux siècles pour ses chênes pédonculés dits « de l’Adour » !
Figure 1a et b. Localisation de Vic-en-Bigorre et de ses bois dans les Hautes-Pyrénées (65).
(a) Dans la large vallée de l’Adour, entre Tarbes et Vic-en-Bigorre, le bois du Baradat est enserré dans un lacis de bras et canaux dérivés de l’Échez, rivière longtemps parallèle au fleuve. Sont indiqués les deux autres bois (Marmajou et Grand Bois) appartenant à la commune de Vic-en-Bigorre. (b) L’ancien bois de Baradat au sud-ouest de l’agglomération de Vic-en-Bigorre. La parcelle naguère occupée par le bois de Baradat est délimitée en rouge.
En 1867, l’Administration des forêts dira que sur « les sols d’alluvion des grandes vallées (du Rhin, de la Saône, de l’Adour) le Chêne pédonculé forme des accroissements annuels épais, acquiert une résistance remarquable, atteint d’énormes dimensions qui le rendent le géant des végétaux forestiers indigènes. Il est par excellence le bois des constructions maritimes » (Direction générale des forêts, 1868, circ. 58)3. L’exemple le plus remarquable de cette croissance rapide est celui d’un Chêne isolé dans le massif du Marmajou (photo 1) dont une partie appartient à Vic et est dans des conditions stationnelles proches de celles du Baradat. Il avait dépassé les deux mètres de diamètre à 180 ans et fut transformé en merrains pour la tonnellerie.
Photo 1. Chêne abattu dans le bois du Marmajou (1981).
Dans la vallée de l’Adour, ce Chêne pédonculé abattu en 1981 n’avait exactement que 180 ans.
Le bois du baradat, toujours une futaie de chêne pédonculé
En 1554, le dénombrement des biens de Vic-en-Bigorre faisait état de trois bois : le Baradat, le Marmajou et le Grand Bois. En 1619, était précisé que le Baradat était une « haute futaie et bernata ». Soit une futaie — de Chêne, cela va sans dire, de plus de 60 ans — riche en Aulnes4. En mars 1667, pour présenter un plan au subdélégué pour la Bigorre du commissaire réformateur Louis de Froidour (1626-1685), la Ville s’empressa de trouver un arpenteur qui rendit son rapport avec un schéma (plus qu’un plan) du « bois à haute futaie appelé le Baradat » (figure 2).
Plan présenté par la ville de Vic-en-Bigorre en 1667 lors de la réformation menée par Louis de Froidour.
Par ordonnance du 31 janvier 1674, Froidour, devenu grand maître des Eaux et Forêts, établissait un règlement de gestion pour les bois de la communauté de Vic. Pour le Baradat, il décidait :
« Que de tous les bois de la communauté, il en serait réservé le quart suivant l’article deux du titre des bois de la déclaration de Sa Majesté portant règlement des Eaux et Forêts5, lequel quart serait pris, savoir l’entier bois du Baradat et une partie de celui du Marmajou pour laisser croître en futaie avec défenses à toutes personnes, sans distinction, de faire aucune coupe. »
Les Gascons appellent « bédat » la partie réservée des bois — placée en « bède » — où coupe et pâturage sont interdits. Le mot vient du latin vetatum (défendu). Le quart en réserve était une véritable « assurance accident ». Pour y pratiquer une coupe, il fallait un sérieux motif (ouvrage d’art à construire ou à réparer…) et la communauté devait obtenir une autorisation du roi. Il n’était pas immuable : pour qu’il puisse jouer son rôle, les arbres devaient y être de bonnes dimensions mais pas trop vieux ; il pouvait donc changer de place.
N’y faire aucune coupe signifiait en particulier ne pas réaliser d’éclaircie, alors nommée « expurgade ». Froidour les refusait pour une raison de police : il avait bien trop peur que la coupe de quelques arbres n’entraînât des délits au détriment de ceux gardés. Une fois que les Chênes atteignaient des dimensions suffisantes (en théorie à l’âge de 100 ans depuis une ordonnance de 1573) pour un usage en bois d’œuvre classique (charpente, meubles, tonnellerie…), était pratiquée une coupe — appelons-la d’ensemencement — en laissant des « baliveaux » (le même terme que les réserves des taillis) « afin que, par le fruit et la semence qui en tombe, les ventes puissent se repeupler » (Froidour, 1668)6. Alors que les anciennes ordonnances fixaient « à huit ou dix par arpent » ce nombre de semenciers, Froidour estimait que l’on « ne peut pas en laisser moins que seize par arpent ». Répétant « qu’il faut les bien choisir et prendre des arbres bien venants et vigoureux », leur rôle étant « non seulement pour peupler les ventes par leur semence », mais, en véritables sur-réserves de fortes dimensions, ils devenaient alors « un moyen de pourvoir à la nécessité qu’on en peut avoir, que de les laisser croître jusques à deux cents ans, auquel âge ils sont bons pour toutes sortes de grands ouvrages ».
Au Baradat, la question d’une coupe va se poser dès juillet 1682, le syndic de Vic écrivant à la grande maîtrise « pour savoir si monsieur de Froidour voudrait donner la permission de vendre du bois au bois du Baradat, d’ôter la bède d’icelui, et de demander la bède [d’une partie du Grand Bois] pour dix ans ». Il lui est répondu… « qu’il faut envoyer de l’argent pour subvenir aux frais ». Le motif de la demande n’est pas donné en juillet mais la réponse — l’argent a bien été envoyé — l’explicite dans une ordonnance de la grande maîtrise de Toulouse, le 1er août :
« Par le maître particulier de Tarbes il sera, dans le mois, procédé à la visite du bois du Baradat dont il dressera son procès-verbal dans lequel il rapportera l’état présent du bois, s’il est si épais qu’il serve de retraite aux bêtes farouches et sauvages et par quels moyens on pourrait remédier à ses inconvénients. »
Sur ces sols limoneux très riches, le sous-bois du Baradat est devenu un énorme roncier qui sert de repaire à des loups !
Guillaume de Coture, maître particulier des Eaux et Forêts de Tarbes7, vient dès le 23 septembre 1682. Nous disposons ainsi d’une description détaillée du Baradat :
« Une partie de grands Chênes qui la plupart sont en nature de bois vifs, de mort-bois sans aucune espérance et de bois mort. L’autre partie aussi de Chênes en demi-futaie8 et sur taillis, bien venant et de belle espérance avec quantité de Châtaigniers rabougris et abroutis, quantité de petits Chênes qui paraissent parmi la broussaille qui, prenant sur lesdits petits arbres, ledit bois étant tellement épais, qu’il est impossible de voir dans ledit bois cinquante pas loin. Nous ayant apparu que cette confusion d’arbres et de broussailles sert de retraite aux bêtes farouches et sauvages qui dévorent les bestiaux des habitants de Vic. »
Coture prescrit « qu’il est nécessaire de couper les vieux Chênes dudit bois du Baradat et les ronces pour éviter le ravage et retraite des bêtes farouches qui font sur les bestiaux des habitants et pour que les petits Chênes y viennent mieux, que encore de remplir les vides par plantage de Chênes ». Vic accepte et sollicite Froidour pour que le maître particulier des Eaux et Forêts de Tarbes soit autorisé à marquer des arbres dans le quart en réserve et que la communauté puisse les vendre « pour de l’argent en provenant être employé dans les nécessités les plus pressantes de ladite ville, que encore pour subvenir aux frais qu’il conviendra faire pour le plantage desdits Chênes ».
Suivant bien les préceptes de Froidour, l’opération menée est une coupe de régénération laissant en place quelques gros Chênes, les semenciers/baliveaux. Elle est complétée, comme il était de règle, par un semis (un « piquage ») ou, comme prévu ici, par une plantation d’arbres. À cet effet, Vic disposait d’une pépinière dont nous aurons l’occasion de reparler.
Des Chênes pour l’arsenal de Toulon
Le renouvellement de 1683 réussit et, en 1701, âgés d’une trentaine d’années, les Chênes du Baradat n’étaient bien sûr pas encore « propres pour la construction de navires ». Il n’empêche que, si le grand maître Nicolas de Bastard9 avait « pris la peine de venir et d’en faire la vérification lui-même », c’est que la parcelle avait déjà été remarquée. Trop jeune encore, le Baradat est exclu du quart en réserve alors « établi dans un quartier du Grand Bois de la communauté ».
Quarante ans plus tard, la Ville est assez fière d’avoir « de tout ce temps conservé avec attention ce petit bouquet de bois comme étant l’unique ressource qu’elle ait pour l’entretien de ces édifices publics, des ponts et le rétablissement des maisons qui pourraient être incendiées ». Pour assurer cette conservation, Vic a constamment fait surveiller le Baradat par un ou deux gardes.
Alors qu’ils ont environ 70 ans, en 1743, la ville de Vic trouve que 166 Chênes du Baradat sont déjà devenus aptes aux « réparations à faire au grand et unique moulin que cette ville a sur la rivière de l’Echez et aux digues, batardeaux et écluses qu’il est indispensable de faire, afin que le moulin ne continue pas d’être insulté et endommagé pendant les inondations ». Ces arbres ne sont pas encore coupés quand, le 27 juillet 1752, des contremaîtres de la Marine viennent au Baradat marquer les 290 plus beaux Chênes « sans observer le moindre ménagement ni fait attention à la dégradation considérable de ce petit bois, une quantité étonnante d’arbres proportionnellement à sa petite contenance », expose le premier consul à la ville. Comme d’autres alors repérés dans 14 communautés de Bigorre (Bartoli et Doly, 2022), ils étaient destinés à satisfaire un marché que « les 2 juin et 26 octobre 1751 les sieurs Sage et Fontanille, négociants à Toulouse, [avaient passé pour] fournir 80 000 pieds cubes [2 700 m3] de bois équarri, essence de Chêne dans l'arsenal de Toulon »10
Vic s’indigne de cette « dégradation affreuse faite à l’insu du représentant et de toute la communauté » et comprend vite qu’on ne discute pas avec la Marine qui se sert comme elle l’entend. La Ville se rassure un peu quand le « fondé de procuration des sieurs Sage et Fontanille » lui dit que ces Chênes lui seront payés. Les Chênes ayant été abattus, le second consul de Vic vient visiter le chantier. Il y constate « la très belle qualité et les longueurs inattendues » des grumes et avance « qu’il serait à propos de faire faire une nouvelle estimation », celle-ci n’ayant été que de « dix livres cinq sols pièce ». Quand on sait que le petit bois du Baradat avait, à lui seul, fourni environ le tiers des arbres exigés de toute la Bigorre par la Marine, il est facile d’imaginer leur exceptionnelle qualité. Compte tenu des éléments chiffrés dont nous disposons (des pieds cubes de bois équarri et des nombres d’arbres), il est problématique de juger la dimension des Chênes ; nous pensons qu’ils pouvaient avoir des diamètres d’environ 60 cm.
On peut s’étonner que ces Chênes de la vallée de l’Adour soient destinés à l’arsenal de Toulon où, à l’époque, ses « besoins sont énormes, divers, bien que dominés par une essence, le Chêne » (Buti, 2002). Leur trajet nous est connu : par charrois à bœufs pour franchir le plateau de Lannemezan et, à Montréjeau, rejoindre la Garonne où ils sont embarqués sur des radeaux de Sapin ayant descendu la vallée d’Aure (Bartoli, 2017), ils poursuivent ainsi jusqu’à Toulouse où, après près de 100 km de radelage, tous les arbres — Chênes et Sapins — sont chargés sur des « barques de poste »11 du canal royal. Arrivés à Sète, un navire de haute mer les amène jusqu’à Toulon.
Ce prix comprenait non seulement les grumes mais également leurs « détrousses » (houppiers), seule partie qui intéresse vraiment les Vicquois. Pour en disposer, ils allaient être obligés de les acheter… au roi ! Leur mise en vente fut organisée par la maîtrise le 26 mars 1753 ; Vic y déléguait trois habitants pour, en leur propre nom, acheter le bois de chauffage « avec la possibilité de suivre les enchères à concurrence de la somme de […blanc12] ». Le lot atteint « la somme de 303 livres 15 sols », taxes dues aux Eaux et Forêts comprises. Les bois sont alors relâchés par les délégués qui sont déchargés de leur achat « au profit de la communauté » qui peut, enfin, « les vendre aux formes ordinaires » aux habitants.
Vic dut encore découvrir les arcanes du labyrinthe qu’il fallait suivre pour percevoir la recette des arbres. Elle ne lui sera pas remise directement, mais versée aux entrepreneurs qui, pour le compte de la Ville, auront réalisé les travaux sur un devis préparé par la maîtrise des Eaux et Forêts. En 1755, Vic attend toujours l’arrêt du Conseil qui doit lui permettre d’accéder à ses fonds qui, depuis 2 ans, sont « ès mains du sieur Laborde, receveur général des domaines et bois de la généralité d’Auch ».
Enfin, le 14 octobre 1757, « Monsieur Guichard, procureur du roi de la maîtrise de Bigorre […], donne avis qu’il a eu des nouvelles de Paris et qu’on lui fait espérer que, moyennant trois louis d’or, on lui enverra l’arrêt ». Les trois louis d’or étaient remis et le 18 novembre 1757, Vic reçut enfin le tant attendu arrêt du Conseil, daté du… 10 septembre 1754 ! Nous avons la preuve que Guichard connaissait cet arrêt depuis le 14 août 1755. Le grand maître, François Dominique de Bastard, le lui avait alors envoyé, avec d’autres, en demandant que « ces arrêts aient de suite leur exécution »13. Les trois louis étaient donc un pot de vin !
Si le bois du Baradat est original à plus d’un titre, il ne fait pas exception pour le retard constaté dans la restitution des sommes dues aux communautés de Bigorre par le roi. Dans cette province, quinze d’entre elles avaient été concernées par la campagne de la Marine de 1752-1753. Alors que le sieur Laborde avait toujours été payé comptant par les titulaires du marché de fourniture, son retard à relâcher ces sommes était systématique : en mars 1764, des problèmes subsistaient encore poussant les États de Bigorre à venir « au secours des communautés qui ont vendu des arbres aux entrepreneurs de la fourniture des bois de construction pour la Marine afin de leur faciliter le recouvrement du prix »14. Grâce aux Chênes du Baradat, la Maison de ville, construite en 1632, put bénéficier de sa première restauration.
Les glands, un produit important
« La reproduction des Chênes connaît des pics de fructifications massives suivis d’années maigres » (Schermer et al., 2016). Pour adapter l’élevage les porcs à ces fluctuations, les estimations des glandées étaient faites chaque année avec grand soin par toutes les communautés des plaines et coteaux de Bigorre et du Béarn (Bartoli, 2021). À Vic, étaient nommés des « commissaires pour la vérification des glands » aidés par les gardes de chacun des trois bois de la ville. Les glandées étaient vendues : en 1741, « chaque propriétaire donnera pour chaque cochon trente sols et dix sols pour l’entier salaire des gardiens, et qu’on n’y recevra que des cochons qu’on destine pour être tués la présente année ». De 1733 à 1752, il est ainsi possible d’apprécier l’importance des glandées du Baradat, l’unité de compte étant le nombre de cochons admis « au panage et à engraisser » (tableau 1).
Tableau 1. Pacage des porcs au bois de Baradat (années 1730-1750)
Année
1733
1734
1735
1736-1740
1741
1742-1744
1745
1746
1747
1748-1752
Nombre de cochons admis au Baradat
40
60
80
Pas de mention
20
≈ 0
40
≈ 0
20
≈ 0
Au Baradat, en 20 ans, il n’y a jamais eu de glandée nulle. Notre « ≈ 0 » traduit des situations comme celle de 1752, où il « avait paru qu’il n’y avait point de glands ou du moins très peu ». Les trois bois de Vic étant très proches les uns des autres (6 km au plus), des fructifications synchrones y sont attendues. C’est toujours le cas, sauf en 1744, lorsque les délégués « trouvent à propos qu’il peut être mis au Grand Bois soixante cochons et au bois du Marmajou le nombre de cent cochons ; et quant au bois du Baradat, ils ont reconnu y avoir si peu de glands qu’ils ne trouvent pas à propos d’y faire mettre des cochons ». Rien ne nous permet d’expliquer cette anomalie.
Nous avons arrêté la série présentée en 1752 puisque, après la coupe presque définitive de la Marine, de 1754 à 1764, les Chênes du bois du Baradat étaient trop jeunes pour fructifier. Leur première glandée fut notée en 1765, vers 15 ans, et fut utilisée de façon très précautionneuse : il « a été donné pouvoir à Mrs les consuls de mettre à leur prudence les cochons qu’ils jugeront à propos dans ledit bois ». Nous sommes certains que la coupe pour la Marine avait eu lieu sur glandée acquise puisqu’en 1753 Vic demandait de « fournir à la communauté vingt sacs de glands, bons et de la bonne espèce, ramassés au bois du Baradat ». Véritable « peuplement classé » avant l’heure, ce bois fournissait du « matériel forestier de reproduction » à la pépinière de la Ville. L’expression « bonne espèce » signifie qu’il fallait fournir des « glands autres que de Tauzin pour semer la pépinière ». Le Chêne tauzin est toujours présent en haut du coteau du Grand Bois ; c’était là qu’étaient plantés les arbres élevés dans la pépinière. Manquant de plants en 1761, il avait fallu « arracher des Chênes au bois du Baradat pour les replanter au Grand Bois ». Il ne faut donc pas s’étonner de trouver des Chênes pédonculés sur ce coteau sec et d’y constater quelques désordres physiologiques.
Des sylvicultures anciennes aux sylvicultures nouvelles, entre XVIIIe et XIXe siècles
Une fois réalisé ce qui a été une vraie coupe définitive de régénération — arbres pour la Marine et ceux pour les travaux du moulin — la futaie du Baradat va grandir rapidement. Les très jeunes arbres intéressent vite ceux qui cherchent du bois de chauffage ou de quoi faire différents accessoires dont, entre autres, les indispensables anneaux qui servaient à relier le timon du char au joug des vaches, les « entortes », fabriquées à partir d’un petit bois vert et nerveux que l’on tordait sur lui-même. Il n’est donc pas étonnant que, le 20 septembre 1763, le gardien du Baradat ait rapporté que « dimanche dernier, pendant la messe de paroisse, il surprit des gens avec un char et coupèrent des jeunes arbres pour des entortes et chargèrent une partie de la charrette et d’autres emportèrent des faix ». Les Chênes avaient alors 10 ans.
Il faut attendre 1797 pour que les bois de Vic — dont la futaie du Baradat qui a alors environ 45 ans — disposent d’un plan de gestion établi par « Jean-François Coture15, premier administrateur forestier du département des Hautes-Pyrénées ». Il fait d’abord « procéder à l’arpentement des bois appartenant à la commune de Vic » (figure 3).
Figure 3. Plan du bois de Baradat (1797).
« Le bois du Baradat dont la figure forme un rectangle ou carré long et la contenance vingt-neuf arpents quatre-vingt-sept perches dix-sept pieds, confronte du couchant, septentrion et levant au canal des moulins, du midi et du couchant aux possessions des particuliers. ». Le nord est à droite de la figure.
Alors que, jusqu’à présent, Vic avait plutôt subi les coupes des Chênes du Baradat, Coture explicite les réflexions qui l’ont conduit à un choix sylvicole innovant par rapport aux canons anciens que nous avons rappelés au début. Son raisonnement est particulièrement intéressant puisque, très bien adapté au cas du Baradat, y apparaissent des pratiques qui nous sont devenues familières.
Il installe d’abord un (nouveau) quart en réserve et organise le reste en 25 coupes dont les trois dernières (23e, 24e et 25e coupes) qui « devront être mises en usance ont été fixées dans le bois de Baradat, prises du levant au couchant et chacune ayant neuf arpents quatre-vingt-quinze perches quatorze pieds pour contenance ». Elles sont plus petites que les autres coupes installées sur le coteau, traitées, elles, en taillis-sous-baliveaux à la rotation de 25 ans, âge élevé pour l’époque. Cette différence de contenance est anormale, le principe même des coupes dites « à tire et aire » étant de disposer, chaque année, de parcelles de surface (l’aire) identique. L’administrateur forestier s’en explique : elles sont « les plus considérables par la nature et la valeur de leur production, surtout si elles sont appréciées en raison des ressources qui peuvent en être tirées et qu’on considère les objets d’utilité publique auxquels elles peuvent servir ».
Coture est devant une futaie sans aucun doute de bel avenir, dense avec des sujets qui « languissent, s’étiolent et s’affaiblissent autour des pieds d’arbres qui, plus vigoureux, les avaient devancés ». Il n’a pas, malgré tout, voulu mettre le Baradat dans le quart en réserve ce qui aurait conduit à ce qu’aucune coupe n’y ait lieu. Il ne veut pas non plus le transformer en taillis-sous-futaie, ce qui aurait sacrifié de très nombreux beaux Chênes. Alors, il se lance : « par ces motifs nés de l’avantage relatif au bien et à la prospérité du bois du Baradat, nous avons chargé l’agent municipal du soin d’y faire une expurgade ». Il est tout à fait exceptionnel à la fin du XVIIIe siècle de voir expliquer les raisons techniques qui justifient ce qu’est notre moderne éclaircie. Coture le fait clairement :
« [Les Chênes] les plus gros et les plus longs étouffaient de leur ombre les nouveaux pieds qui croissaient à leurs alentours et arrêtaient par leurs branches entrelacées le développement que ceux-ci cherchaient à se donner et où la majeure partie enfin des pieds d’arbres étaient, par la lenteur qu’ils avaient éprouvée dans le cours de leur croissance, fort en delà de ce qu’ils auraient dû être jusqu’à ce jour. »
Il sait qu’il envisage là une action presque audacieuse à cette époque, l’extrême prudence qu’il exige dans sa mise en œuvre le prouve :
« [Une expurgade] à laquelle il sera procédé avec les plus grandes précautions et de la manière la plus économique, sous ses yeux ou en présence d’un commissaire capable, fidèle et pris sous sa responsabilité, après la marque préalable de tous les pieds qui devront être retirés, en observant de ne faire couper que ceux qui se trouveront trop pressés les uns sur les autres, les moins venant, les plus faibles, les plus préjudiciables et les plus maltraités par les ébranchements, ensemble les gros arbres anciens autour desquels nuls plants se sont produits. »
L’idée de conduire les futaies régulières vers des arbres de la plus belle qualité possible à l’aide d’éclaircies/expurgades commençait à faire son chemin à la fin du XVIIIe siècle. Géographiquement assez proche de celui du Baradat, en 1774, « le quart mis en réserve depuis environ quarante-six ans »16 de la communauté de Pouyastruc était admiré par un envoyé des États de Bigorre. Il était « tout ce qu'on peut voir de beau, les arbres droits comme des cierges ont pour le moins de 35 à 40 pieds [11 à 13 m] de longueur sans branches et si l’on avait eu l’attention d’y faire une expurgade (car ils sont beaucoup trop épais), ils auraient sans contredit été les plus jolis de la province ».
En 1809, lors de la création du plan cadastral, le Baradat est qualifié de « bois de haute futaie », il a alors une soixantaine d’années. En 1797, Coture prévoyait l’expurgade pour 23 à 25 ans plus tard ; elle a été vendue fin 1821. Vic enregistre alors une recette « de mille francs pour la vente du bois de l’ordinaire [la coupe annuelle de taillis], y compris l’expurgade du Baradat de soixante arbres ». L’opération a été tellement timorée — soixante arbres ! — que, dès 1824, l’Administration des forêts17 écrit à la commune que les arbres du bois du Baradat, « un des plus beaux qu’il y ait en France, sont trop épais ce qui peut facilement se juger sur les lieux où les Chênes les plus gros sont dans les endroits les plus aérés ». Il est proposé « de couper tous les mauvais arbres du Baradat et d’éclaircir ce bois de manière à ce qu’ensuite, il n’y ait plus qu’à en défendre l’entrée aux bestiaux et veiller à la conservation des beaux arbres que l’Administration des forêts jugera convenable de conserver ». En novembre, la Ville suit cette proposition, tout comme celle de faire du Baradat le nouveau quart en réserve que, le 11 mai 1825, le maire de Vic appelle « notre jeune et belle forêt ». L’aménagement du 15 septembre 1825 entérinera ces initiatives. L’éclaircie est un réel succès financier, preuve à nouveau de la qualité des arbres, même les dominés. Dans un marché du bois toujours en tension, Vic « avait présumé que cette vente donnerait un produit de 5 000 F. Elle est terminée aujourd’hui [27 février 1826] et je dois vous dire qu’elle a dépassé nos espérances de 1 269 F », annonce fièrement le maire.
En février 1831, convaincue des intérêts de ce type d’opération, Vic demande une nouvelle éclaircie car au Baradat existent « beaucoup d’arbres qui sont rabougris et mal venants ou dont la cime a été coupée par les maraudeurs, que d’autres sont en quelque sorte étouffés par l’ombrage que leur donnent ceux qui sont plus élevés et que, dès lors, leur croissance étant physiquement impossible, il y a nécessité absolue de les abattre ». On découvre là que la pression sur le bois énergie est toujours forte puisque des écimages ont eu lieu18, mais il y a aussi « un grand nombre d’arbres qui dépérissent depuis l’hiver rigoureux de 1829 à 1830 ou tout au moins dont le développement est stationnaire depuis cette époque ».
Dès 1836, « considérant que la forêt du Baradat est beaucoup trop peuplée pour que les arbres qui s’y trouvent ne se nuisent pas les uns les autres », Vic souhaite que soit marquée une nouvelle éclaircie, 200 arbres « à prendre parmi les moins venants, ceux qui sont secs de cime ou qui, par leur position, ne peuvent obtenir aucune chance de développement ». En mai 1841, la Ville demande à nouveau une coupe d’amélioration de 100 arbres, « dans la partie du midi où les arbres sont très épais ». Les opérations sylvicoles d’amélioration sont désormais entrées dans les mœurs.
D’« une des plus belles futaies de France » à une prairie
Formant le quart en réserve en 1825, ayant subi des éclaircies en 1836 et 1841, les Chênes du Baradat ont des problèmes sanitaires qui inquiètent à partir de 1855. Ils ont alors environ 100 ans et, étant donné leur exceptionnelle croissance, leur terme normal d’exploitabilité est atteint, voire dépassé. Le 19 août 1855, pour cette forêt « qui perd chaque jour de sa valeur, Vic décide d’en demander la coupe rase en l’espace de cinq années ou en moins de temps si l’intérêt de la commune le commande ». L’Administration des forêts donne son accord sous la réserve « de soumettre au régime forestier une contenance égale ». Pour l’instant, un décret impérial du 29 décembre 1855 « a autorisé en faveur de [la] commune, la délivrance de 15 hectares à exploiter à blanc étoc ». Vic choisit d’aller très vite et la vente du Baradat est prévue en un seul exercice. Au total, ce sont 2 315 Chênes qui sont proposés ; en moyenne, ils font 65 cm de diamètre et la hauteur des grumes est annoncée pour 17 m. Le volume total de bois d’œuvre est donc proche de 9 000 m3 soit 600 m3/ha de bois de haute qualité, chiffre étonnant mais conforme à l’impression ressentie par les observateurs de cette futaie de 120 ans.
Toute la France semble avoir entendu parler de cette coupe, un négociant de Brest fait demander des renseignements ! L’adjudication va être organisée « à la préfecture de Tarbes, le 28 septembre 1857 à midi ». La publicité est faite dans tous les journaux du Sud-Ouest (figure 4). Le maire de Vic écrit même directement à Émile Pereire, le célèbre financier, dont la Compagnie de chemins de fer était en train de construire la ligne Morcenx-Tarbes passant par Vic.
Figure 4. Avis d’adjudication dans la presse (1857).
Annonce de la vente des chênes du Baradat parue dans le journal tarbais, L’Ère impériale, le 1er septembre 1857.
Durant les années 1850, les budgets de Vic étaient annuellement d’environ 30 000 F. La Ville inscrivit une estimation de 94 000 F pour cette coupe. Le résultat dépassa tous les espoirs puisque, en 1861, les « 15 ha d’une futaie de Chênes magnifiques » se vendirent 149 600 F ! La commune put mener une nouvelle et importante restauration de sa mairie. La précédente avait été financée par… les Chênes du Baradat, il y avait juste un siècle.
Cette coupe va sceller le destin du Baradat. La ville, qui avait pourtant toujours admiré ce canton, estimait le 29 mai 1860 que son sol « est peu propre à recevoir un semis d’arbres » ! Vic voulait absolument que « l’ancien bois du Baradat » soit défriché pour être mis en culture. Cela pour des raisons alliant l’intérêt de certains pour une opération à leur profit et le fait qu’un tel défrichement, sans risque d’érosion, ne recevait pas d’opposition durant le Second Empire pendant lequel 4 000 ha par an de forêt domaniale avaient été aliénés pour, le plus souvent, être défrichés (Badré, 1987).
De 1861 à 1863, une longue discussion va avoir lieu entre Vic et l’Administration des forêts ; cette dernière ne s’oppose pas au défrichement mais souhaite fermement qu’une trentaine d’hectares du Marmajou — le « marais majeur » —, encore plus ou moins en nature de marécage, soit soumise au régime forestier pour qu’une fois drainée, une forêt y soit créée. Vic n’est pas d’accord et le 25 novembre 1861, le ministre des Finances19 refuse la distraction du Baradat. Vic insiste et cette dernière est prononcée le 22 avril 1863 en échange d’une soumission de 29 ha au Marmajou. Après drainage et 5 ans de mise en culture, ces terrains furent semés en glands de 1870 à 1880, ce qui donna une forêt de très bonne qualité (Bartoli, 2011) sans avoir, pour des raisons de fertilité des sols, celle du Baradat. En 1955, l’aménagement décrira l’une des parcelles comme étant un « haut perchis de 74 et 75 ans au peuplement complet et vigoureux provenant des semis sur labour d’ancien sol de culture »20 avec un diamètre moyen de 30 cm après deux éclaircies. En 1980, une autre de ces parcelles subira une coupe de régénération (photo 2).
Photo 2. Coupe de régénération dans le bois de Marmajou (1980).
Les Chênes — de très belle qualité et de plus de 60 cm de diamètre — issus de semis artificiels avaient exactement 106 ans.
Ainsi, Vic et ses habitants maîtrisaient parfaitement la technique du semis direct de Chêne. Mais en 1866, une expertise affirmait « que le sol du Baradat est un sol ingrat, aquatique, peu profond, plein de graviers… il ne saurait produire des céréales. En l’entourant d’eau de tous côtés, la nature semble l’avoir destiné à être converti en prairies ». Cela fut exécuté de façon très coûteuse, rien n’ayant manifestement été anticipé : le 20 mai 1866, Vic vote pour près de 5 000 F de travaux comprenant « un barrage, une prise d’eau et des fossés pour permettre l’irrigation en cas de période sèche, une extirpation des souches sur 22 ares et d’autres travaux ». Tout cela réalisé, la ferme des terrains est mise en adjudication. Dès 1886, les fermiers des prairies réclameront des indemnités à la commune pour des dommages subis (perte du fumier répandu et du regain) par suite de trop longs séjours de l’eau sur leur terre ; nouvelle plainte en 1888 pour des sols envahis par les joncs, preuve d’un terrain périodiquement inondé, ce que personne ne pouvait ignorer et ce qui faisait la richesse du Baradat, des limons s’y déposant lors de ces épisodes de submersion.
Conclusion
En mettant en avant quelques épisodes de la vie d’une très originale chênaie de haute qualité à croissance rapide, quelques faits remarquables ont pu passer inaperçus, dont l’un est tout à fait généralisable : l’organisation mise en place pour replanter les chênaies, de la récolte des glands à la gestion d’une pépinière. C’était une constante pour les communautés de Bigorre et du Béarn (Bartoli et Geny, 2013), Froidour lui-même l’avait admirée, intégrant cette ardente obligation du renouvellement des chênaies dans ses règlements (1673 pour le Béarn, 1685 pour la Bigorre). Le cas du Baradat sera utile s’il peut devenir une des pièces du puzzle qui doit permettre, avec bien d’autres, d’écrire l’histoire des forêts d’une région dans laquelle chaque élément est original, on vient de le voir rapidement pour les trois bois de Vic. Ici, sont mis en évidence les liens forts entre une communauté et sa forêt et la transition fluide entre les sylvicultures de l’Ancien Régime et celles qui vont se mettre en place en France au début du XIXe siècle pour les futaies régulières.
Notes
1. Arch. dép. Haute-Garonne, 2479 W 167.
2. Cette citation et les nombreuses à venir proviennent, sauf mention contraire, des registres de délibérations du conseil de ville (sous l’Ancien Régime) puis de la commune (à partir de la Révolution) de Vic-en-Bigorre (Conseil de ville de Vic-en-Bigorre. [1589-1789] ; Commune de Vic-en-Bigorre. |1789-1945], disponibles en ligne, à l’adresse : https://archivesenligne65.fr/archives/acces-thematique
3. Circulaire no 58. Exposition universelle de 1867. Catalogue des objets exposés par l’Administration des forêts. Elle présentait « des produits exhibés par l’Administration des forêts à l’expositions universelle de 1867 » dont d’énormes rondelles de Chêne pédonculé.
4. Le mot Bernà est semblable au français Vergne (autre nom de l’Aulne) : le v, inconnu en gascon, est très proche du b.
5. « Le quart des bois communs sera réservé pour croître en futaie dans les meilleurs fonds et lieux plus commodes, par triage et désignation du grand maître, ou des officiers de la maîtrise par son ordre » (Ordonnance du mois d’août 1669 sur le fait des Eaux et Forêts, titre XXV, art. 2).
6. Les citations de ce paragraphe proviennent du véritable cours de sylviculture des forêts feuillues donné par Froidour dans son Instruction pour les ventes des bois du roy (1668).
7. De l’installation de la maîtrise en 1671, à 1791, s’y sont succédé, de père en fils, quatre maîtres particuliers, Guillaume est le premier. En 1797, nous rencontrerons Jean-François, fils du dernier d’entre eux, en tant que premier administrateur forestier du département des Hautes-Pyrénées.
8. Demi-futaie : « bois de l’âge depuis quarante ans jusqu’à soixante » (Massé, 1766).
9. Nicolas de Bastard (1660-1722), grand maître de Guyenne et Béarn de 1700 à 1721, fut le premier de cette famille à exercer cette fonction qui se terminera en 1793 avec son petit-fils, François-Dominique de Bastard (1724-1803).
10. Arch. dép. Hautes-Pyrénées, B 2902, extrait des arrêts du Conseil du roi du 19 mars 1754, fo 1 ro.
11. Nom donné par Pierre Paul Riquet (1609-1680) aux barques du futur canal du Midi, quelle que soit leur fonction (Sicard, 2012).
12. Dans le texte original bien sûr, le prix maximum prévu par Vic devait être gardé secret.
13. Arch. dép. Hautes-Pyrénées, B 2902.
14. Arch. dép. Hautes-Pyrénées, 1 C 146, fo 11.
15. Voir la note 7.
16. Arch. dép. Hautes-Pyrénées, 1 C 255, doc. 23, f° 1r° pour cette citation et celle qui suit.
17. L’Administration des Eaux et Forêts de l’Ancien Régime ne retrouvera son nom qu’en avril 1898.
18. En 1833, Vic s’inquiètera de la « négligence ou incurie » des gardes forestiers… qui seront vite remplacés.
19. L’Administration des forêts ressortit au ministère des Finances jusqu’en 1877.
20. Arch. dép. Hautes-Pyrénées, 7 M 175
Références
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Bartoli, M. (2011). Le bois du Marmajou, plus de 500 ans d’histoire forestière. Bulletin de la Société académique des Hautes-Pyrénées, 2008-2009, 62-73.
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Buti, G. (2002). Des forêts pour un arsenal méditerranéen : Toulon au XVIIIe siècle. Forêt méditerranéenne, 23, 53-64.
Commune de Vic-en-Bigorre. (1789-1945). Registres de délibérations. Fonds 460 E Dépôt 507-545, Archives départementales des Hautes-Pyrénées. Tarbes.
Conseil de ville de Vic-en-Bigorre. (1589-1789). Registres de délibérations. Fonds 460 E Dépôt 9-124, Archives départementales des Hautes-Pyrénées. Tarbes.
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Froidour, L. de. (1668). Instruction pour les ventes des bois du roy. Raymond Bosc [imprimeur-libraire].
Massé, J. (1766). Dictionnaire portatif des Eaux et Forêts. Vincent [imprimeur-libraire].
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Schermer, E., Boulanger, V., Delzon, S., Said, S., Focardi, S., Guibert, B., Gaillard, J.M. et Venner, S. (2016). Fluctuations des glandées chez les chênes : mieux les comprendre pour mieux gérer la régénération des chênaies. Les Rendez-vous techniques de l’ONF, 50, 21-29.
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Auteurs
Michel Bartoli
Affiliation :
Ancien directeur régional de l’Office national des forêts