Résumé

En 2023, dans un contexte économique dégradé après deux années de forte croissance, les volumes mobilisés et le chiffre d’affaires bois en forêt publique diminuent respectivement de 11% et 6%. L’importance des contrats d’approvisionnement et du chêne à merrain ont différé la baisse globale de prix qui n’apparaît qu’aux ventes d’automne. Sur l’année, le prix du bois d’oeuvre résineux régresse et celui des feuillus progresse, ainsi que le bois d’industrie et le bois-énergie. La part des contrats d’approvisionnement dans le volume vendu atteint 65% en forêt domaniale et 33% en forêt des collectivités où elle progresse plus fortement. Associés au label UE qui s’applique aux ventes de chêne par soumission, ils protègent la filière bois.

Abstract

In a deteriorating economic context following two years of strong growth, mobilised volumes and sales of wood from public forests have decreased by 11 and 6 % respectively. The importance of supply contracts and stave oak postponed the overall drop in price, which only appeared during the autumn sales. On a yearly basis, the price of softwood timber is declining and that of hardwood timber is growing, along with wood for industrial and energy generation purposes. Of the total volume of wood sold, the proportion of supply contracts has reached 65 % in state-owned forest and 33 % in forest commons, where it is increasing at higher rates. Linked to the EU label that applies to the sale of oak by tender, supply contracts protect the wood industry.

Introduction

Les ventes de bois conduites par l’ONF en 2023 s’inscrivent dans un contexte de reflux de la demande, faisant suite à deux années exceptionnelles de reprise post-Covid, et dans un environnement international instable marqué par les conflits armés (en Ukraine depuis février 2022 et à Gaza depuis octobre 2023) et les guerres commerciales.

La croissance moins dynamique et l’inflation restant élevée ont freiné la consommation et l’accès aux prêts immobiliers des ménages, accentuant la crise de la construction de logements, surtout pour les maisons individuelles et l’activité de charpente et menuiserie. La rénovation reste à un niveau élevé d’activité, bien qu’en baisse, mais le parquet est en crise. Après deux années euphoriques, l’emballage bois régresse. L’exportation de grumes et sciages est aussi en baisse. Le bois d’industrie est moins demandé, tant pour la fabrication de papier-carton que de panneaux.

Seules exceptions, le marché du merrain qui reste à des niveaux record, tout comme celui de l’énergie-bois sauf pour les granulés.

Globalement, les volumes mobilisés en forêt publique sont en baisse de 11 %, mais le prix moyen des bois résiste bien, grâce à l’effet stabilisateur des contrats d’approvisionnement, à la baisse des volumes de produits accidentels, et à la forte demande en Chêne à merrain.

Les recettes de bois des forêts publiques diminuent de 6 % en euros courants, soit -11 % en euros constants (corrigés de l’inflation).

Dans ce contexte plutôt baissier, les contrats d’approvisionnement se développent toujours en volume, avec un prix moyen en légère progression. Leurs prix sont moins fluctuants qu’en ventes par soumissions, mais la concordance des prix est assurée sur le long-terme. Ces contrats sécurisent les industries du bois et leurs emplois généralement ruraux, ainsi que les recettes des propriétaires, État et communes forestières en particulier.

1. L’environnement économique

1.1 Un environnement très dynamique et complexe

1.1.1 Économie générale

La croissance ralentit en 2023 sous l’effet de l’inflation et des conflits en cours. Selon la Banque Mondiale, elle est de 2,7 % dans le monde, de 0,5 % dans l’Union européenne et de 0,7 % en France (0,9 % selon l’Insee). Chez nos voisins, l’Italie et la Suisse font pareil, l’Espagne et la Belgique font mieux, alors que le Royaume-Uni et l’Allemagne sont en retrait. La Chine, avec une croissance qui s’érode (+5,2 %), est distancée par l’Inde (+7,6 %) dont la population vient aussi de la dépasser, mais reste devant les États-Unis (+2,5 %). La Chine reste leader sur les marchés mondiaux du bois (meubles, papier, contreplaqués, parquets).

Selon l’Organisation Mondiale du Commerce, le commerce international se réduit de 1,2 % en raison d’une croissance ralentie et des blocages géopolitiques. Le prix du fret maritime en 2023 reste assez bas malgré la crise de la mer Rouge, en raison des surcapacités de transport et de la réduction de la demande. Cela soutient l’exportation des bois et sciages.

La consommation d’énergie mondiale, tirée par la croissance et le transport, augmente à nouveau de 2 % en 2023. Le gain maximal est pour les énergies renouvelables (11,9 %), devant le pétrole (2,6 %), l’électricité (2,5 %) et le charbon (+1,6 %) alors que le gaz est stable.

Le prix moyen annuel du Brent (83 $) diminue de 18 %, mais reste 28 % au-dessus de son niveau de 2019, avant la crise du Covid-19. Ce niveau de prix combiné à une forte inflation (4,9 % en France en 2023 après 5,2 % en 2022 selon l’Insee) a maintenu des coûts d’exploitation et de transport des bois élevés, et a favorisé les énergies renouvelables.

Parallèlement, l’euro reste faible face au dollar (+3 % à 1,08$), très loin de son record de 2008 (à 1,47$). Il varie peu par rapport à la livre sterling (+2 % à 0,87£) mais gagne 8 % sur la couronne suédoise. Ces évolutions dynamisent les exportations suédoises de sciages et soutiennent nos exportations de tonneaux et de sciages, hors Union monétaire.

1.1.2 La demande en bois d’œuvre pour la construction

Aux États-Unis, la construction de logements résidentiels regagne 15 % à 1,6 million d’unités résidentielles mises en chantier, avec un prix des bois qui a beaucoup baissé (-47 % pour la charpente et -32 % pour les panneaux). À l’inverse, en France, on observe une chute des mises en chantier (-22 % à 287 000 logements), accrue pour les maisons individuelles (-25 %) qui représentent 42 % du total. La rénovation est moins affectée, malgré la baisse des transactions de logements anciens (-22 % à 869 000 unités (-5 %), en raison du développement de nombreux petits chantiers dans le parc des 38 millions de logements anciens, en lien avec la rénovation énergétique, la mode et le développement du bricolage.

L’activité bâtiment dans son ensemble varie peu (-1 %), mais la fabrication de charpente et menuiserie décline de 7 % en 2023.

Cette baisse sensible touche moins la production nationale de sciages résineux que les importations de ceux-ci qui déclinent de 16 % en volume et de 25 % en valeur. Seuls, les bois scandinaves (Suède et Finlande) progressent sur le marché français.

Pour le parquet, l’année 2023 est catastrophique au niveau européen, particulièrement en Allemagne et dans les Pays de l’Est, entrainant une baisse moyenne de production de 30 %. En France, la production chute de 22 % et la consommation de 19 %. Ceci s’explique par le fort développement de produits d’imitation du bois (plastiques, carrelages, bétons…) moins chers et sans entretien, ainsi que par la réduction du pouvoir d’achat liée à l’inflation.

1.1.3 Les secteurs de l’ameublement

Le marché de l’ameublement domestique se réduit en 2023 de 2 % en valeur à 14,6 Milliards d’euros, ce qui correspond à - 8 % en volume. En valeur, le secteur de la literie gagne 1 %, celui du meuble habituel (salon-salle à manger, chambre hors literie, rangement) dit « meuble meublant » est stable, et les autres secteurs sont en baisse : - 2 % pour le siège dit « rembourré », - 4 % pour le meuble de jardin, - 6 % pour le meuble de salle de bain et - 7% pour la cuisine intégrée.

La production française se maintient en valeur alors que les exportations diminuent de 8 % et les importations de 12 %. Le déficit commercial du secteur « meubles et sièges en bois » se réduit ainsi de 13 % à 3,0 Milliards d’euros : porté pour moitié par trois pays (Italie, Allemagne et Chine), il représente 35 % du déficit de la filière bois (8,5 Milliards d’euros, - 12%).

1.1.4 Le secteur merrain et tonneaux

Grâce à la qualité de sa matière première, le Chêne de futaie régulière, et à son savoir-faire, qui marie des gestes ancestraux aux techniques les plus innovantes, la merranderie-tonnellerie française reste une référence et se revendique leader mondial. Après une année 2022 exceptionnelle, la production s’est stabilisée en valeur (+ 2%) grâce à la demande française qui représente un tiers des ventes, mais le volume produit baisse de 6 %, à 641.000 unités. La valeur des exportations perd aussi 6 % et s’établit à 481 millions d’euros. Les principaux pays d’exportation sont les États-Unis, puis l’Espagne, l’Italie et l’Australie. Ce secteur produit un fort excédent commercial (431 millions d’euros), mais en baisse de 7 %.

1.1.5 Les secteurs de l’emballage et du bois d’industrie

Après une année 2022 exceptionnelle, un fort ralentissement intervient en 2023 en raison du ralentissement de l’économie et de la consommation dans un contexte européen très concurrentiel. Pour le secteur de l’emballage, la production qui avait augmenté de 70 % en 2 ans est revenue à un niveau intermédiaire. Il en est de même pour le prix des emballages en bois. Ainsi, le prix du bois à palettes, qui avait gagné 75 % en 2 ans, perd 12 % en moyenne sur 2023. Le recyclage se développe toujours mais ce secteur consomme encore 2 millions de m3 de sciages, avec des prix d’achat des grumes restant élevés.

La production française de papier baisse de 14 % à 6,1 millions de tonnes, et la consommation perd 15 % à 7,2 millions de tonnes. La production de pâte se réduit de 19 % à 1,3 millions de tonnes. Le segment majoritaire de l’emballage en carton (70 % du tonnage) et celui de l’hygiène (13 % du tonnage) baissent de 8 % chacun. Le 3e secteur, celui des papiers graphiques (12 % du tonnage) régresse de 36 % : en 10 ans, sa production a été réduite des trois quarts, en raison de la dématérialisation généralisée. Parallèlement à la baisse des volumes globaux produits qui atteint 26 % depuis 2013, les prix restent élevés bien qu’ils aient fléchi au niveau international en 2023. Les importations du secteur « pâtes, papiers et cartons » perdent 15 % en valeur, contre 18 % pour les exportations, et le déficit commercial du secteur se réduit de 10 % à 3,6 Milliards d’euros.

Le tonnage de bois livré aux usines de pâte perd 10 %, à 5,5 millions de tonnes réceptionnées, avec une proportion de 75 % de rondins pour 25 % de produits connexes de scierie (- 16 %) dont le prix flambe toujours en 2023.

En 2023, la production de panneaux décroît de 16 % à 3,7 millions de m3, non compris le contreplaqué (- 10 % à 235 000 m3). Les trois produits : Panneaux de particules, MDF (medium density fiberboard) et OSB (oriented strand board) continuent à subir la contraction du marché de la construction et de l’activité en général ; les prix de production ont cependant baissé d’environ 7 %. En volume, les ventes domestiques décroissent de 4 % sur les trois produits et les exports de 11 %. En valeur, les exportations (- 17 %) régressent plus que les importations (- 9 %), ce qui augmente le déficit du secteur de 17 % à 431 Millions d’euros.

L’approvisionnement en bois (2,7 millions de tonnes sèches) baisse de 6 %. Il comprend 42 % de rondins, 25 % de connexes et 34 % de bois recyclés. En bois vert, la proportion de feuillus est constante à 31 %.

1.1.6 Les secteurs du bois-énergie

Au niveau climatique, l’année 2023 est en France la seconde plus chaude année historique derrière 2022 : avec 14,4 °C de température moyenne annuelle, on est 1,4 °C au-dessus de la normale 1991-2020. Néanmoins, les besoins de chauffage sont soutenus par trois décades froides en hiver puis une pluviosité importante de mars à mai, ainsi que des températures de confort accrues dans les habitations. De plus, les hausses de prix de l’électricité, du gaz et du fioul ont favorisé l’achat de bois-énergie. La production et la consommation de bois énergie s’en trouve ainsi accrue (+ 8 %) avec la poursuite d’une hausse modérée de prix sur les bûches et les plaquettes, et une consolidation sur les granulés après la forte hausse de 2022 : ce marché bénéficie à nouveau de 3 nouvelles unités, soit 73 usines en tout produisant 2,3 millions de tonnes (+ 12 %), mais la consommation française de granulés est stable à 2,5 millions de tonnes traduisant les difficultés à vendre de nouveaux appareils.

La demande de plaquettes forestières progresse pour les besoins industriels et des collectivités ; celle de bûches est stimulée par l’explosion des ventes de poêles à bois.

1.1.7 L’exportation de sciages et de grumes

L’exportation de sciages perd 17 % à 447 millions d’euros. Ceci s’explique par une demande mondiale amoindrie et la forte concurrence internationale. Cette baisse est forte pour le Chêne (- 22 % à 160 millions d’euros) et les résineux (- 19 % à 198 millions d’euros), alors que le Hêtre (- 4 % à 47 millions d’euros) et les autres feuillus (stables à 38 millions d’euros) résistent mieux. Le calcul en volume réalisé par FrenchTimber donne en millions de m3 : 0,76 pour les résineux (- 9 %), 0,20 pour le Chêne (- 24 %) et 0,13 pour le Hêtre (- 9 %).

L’exportation de grumes baisse de 16 % à 432 millions d’euros, avec surtout - 33 % sur le Chêne à 126 millions d’euros et – 10 % sur les résineux à 84 millions d’euros. Une hausse est observée pour le Hêtre (+ 10 % à 34 millions d’euros) et une quasi-stabilité sur les autres feuillus (- 2 % sur à 131 millions d’euros). Les volumes de grumes importées par la Chine (données Douanes chinoises) sont analysés par FrenchTimber. En 2023 les volumes en millions de m3 concernant la France (et leur évolution annuelle) sont les suivants : 0,30 pour le chêne (- 45 %), 0,30 pour les résineux (- 44 %) et 0,11 pour le Hêtre (- 23 %). La part de marché de la France sur ces importations chinoises est abaissé à 38 % pour le Chêne, stable à 21 % pour le Hêtre, et diminué de moitié à 1 % pour les résineux. Dans le cas du Chêne, la forte réduction de ces exportations lointaines, conjuguée au label « Chêne », permet un meilleur approvisionnement en bois dans la filière.

Pour préserver la valeur ajoutée et les emplois dans le secteur de la transformation du chêne, l’ONF réserve ses lots de chêne majoritaire en ventes par soumissions à des clients labellisés UE (bois produits et transformés en Union Européenne) depuis 9 ans. En complément, les contrats d’approvisionnement se développent pour les qualités ordinaires.

1.2 Une mobilisation répondant à la demande variable selon les produits

1.2.1 Les volumes mobilisés diminuent

Les volumes de bois mobilisés (vendus ou délivrés) en 2023 dans les forêts publiques s’élèvent à 10,7 millions de m3 commerciaux (11,2 millions de m3 en équivalent bois sur pied, EBSP). 4,1 millions de m3 (4,4 en EBSP) proviennent des forêts domaniales et 6,6 millions de m3 (6,9 en EBSP) des forêts des collectivités (dont 1 délivré au titre de l’affouage).

Par rapport à 2022, ces volumes mobilisés se replient de 11 % globalement, de 10 % en forêt domaniale et de 12 % en forêt des collectivités, du fait notamment des effets du changement climatique et de la crise de la construction neuve.

À noter que les volumes mis en vente s’élevaient à 11,4 millions de m3 (dont 4,3 en forêt domaniale et 7,1 en forêt des collectivités) et les volumes désignés à 12,4 millions de m3 (dont 4,9 en forêt domaniale et 7,5 en forêt des collectivités). Enfin, les volumes délivrés en affouage s’effritent de 1 % en 2023, mais leur baisse cumulée depuis 2012 (maximum) atteint 35 %.

Tableau 1 : La mobilisation des bois en forêt publique en 2023 (en milliers de m3)

1.2.2 Analyse par essence

Avec 0,9 million de m3 (volume tige), la mobilisation du Chêne baisse de 10 %. Elle est stable sur les gros bois qui bénéficient d’une demande restant forte en merrain et sciages, hormis les avivés touchés par la crise du parquet, mais elle diminue sur les bois moyens (- 10 %) et surtout petits (- 23 %) dont les besoins sont moindres.

Pour le Hêtre, les volumes mobilisés en 2023 (1 million de m3) chutent de 18 %. Cette situation s’applique aux gros bois (- 16 %), et plus encore aux bois moyens (- 32 %) et aux petits bois (- 36 %). L’offre est affaiblie par les dépérissements des dernières années.

Avec 2,3 millions de m3, la mobilisation des résineux blancs diminue à nouveau (- 10 %) avec une baisse plus forte sur l’Épicéa (- 16 %) que sur le Sapin (- 6 %) : en effet, en 2023, les produits accidentels sont devenus plus nombreux en Sapin qu’en Épicéa, et ils sont exploités en urgence.

Pour les résineux rouges (Pins, Douglas et Mélèze), les volumes mobilisés en 2023 perdent 22 % à 1,1 millions de m3, en raison de la régression de la demande. La baisse est maximale sur le Pin maritime (- 32 %), forte sur le Douglas (- 19 %) et le Mélèze (- 20 %), mais limitée sur le Pin sylvestre (- 10 %) dont la demande est stable. Notons que l’afflux de bois incendiés dans les Landes avait accru la mobilisation du pin maritime en 2022.

Figure 1 : Volumes mobilisés pour les principales essences (en milliers de m3)

1.3 Un chiffre d’affaires en consolidation avec des évolutions variables de prix

1.3.1 Un chiffre d’affaires bois des forêts publiques avec des contrastes

Le prix unitaire moyen apparent des bois des forêts publiques françaises croît de 7 % en 2023 à 64,1 € par m3. Ceci s’explique par la hausse du taux de bois façonnés vendus (+ 5 %) et la dynamique de prix persistante sur les produits feuillus, malgré la baisse des résineux.

Aux ventes d’automne, le prix moyen s’établit à 80,1 € par m3, en légère baisse de 3 %. Pour l’ensemble des ventes sur pied de l’année, le prix moyen (53,5 € par m3) est stable mais reste très inférieur à celui des ventes d’automne.

Le chiffre d’affaires bois des forêts publiques diminue de 6 % en 2023, en raison de la forte baisse des volumes vendus. Il s’élève à 622,3 millions d’euros (pour les volumes comptabilisés sur l’outil interne D1-8 en métropole). Ce sont les produits résineux qui baissent nettement (- 14 %) alors que les produits feuillus sont stables. En euros constants, après correction de l’érosion monétaire, le chiffre d’affaires bois dépasse de 5 % la moyenne des dix dernières années, mais est inférieur d’un tiers à celle des années 1973 à 1980.

Il s’établit à 311,8 millions d’euros en forêt domaniale (données D1-8 de métropole) et reste stable (+ 2,9 M€). Les principaux contributeurs sont avant tout le Chêne (44 %), loin devant les résineux blancs (14 %), les résineux rouges (10 %) et le Hêtre (9 %).

Les recettes bois des collectivités sont de 310,5 millions d’euros, en baisse de 12 % (- 41,8 M€). Les principaux contributeurs sont les résineux blancs et le Chêne (29 % chacun) devant les résineux rouges (11 %) et le Hêtre (10 %).

Tableau 2 : Le chiffre d’affaires bois des forêts publiques en 2023 (en millions d’€)

1.3.2 Des évolutions de prix variables selon les essences et les produits

Le prix moyen apparent du Chêne est quasiment stable en 2023 (+ 3 %) comme aux ventes d’automne (- 1 %). Cette stabilité concerne les gros bois et les bois moyens alors que le prix des petits bois progresse (+ 16 %), tiré par les marchés dynamiques du bois d’industrie et du bois-énergie. Pour le bois d’œuvre de Chêne, les marchés sont contrastés. La demande et les prix restent très soutenus sur les meilleures qualités, avec des besoins conséquents chez les merrandiers et tonneliers. Le bois sous rail utilisé dans le transport ferroviaire se maintient, mais les autres marchés du sciage souffrent de la baisse de la demande des secteurs de la construction, de la rénovation et de l’aménagement extérieur. Toutefois, le Chêne est le fleuron du bois français, avec un prix moyen supérieur de 3 à 6 fois celui des autres essences.

Le prix moyen apparent du Hêtre gagne 15 % sur l’année, mais perd 5 % aux ventes d’automne, ce qui témoigne d’un marché faible en fin d’année. Sur 2023, la hausse est moindre sur les gros bois (+ 12 %) que sur les bois moyens (+ 20 %) et petits (+ 26 %) très demandés en bois de feu. Pour la plupart des scieries, l’activité subit à l’automne le ralentissement de l’économie. Bien qu’en légère baisse, la proportion de bois dépérissant dans la récolte reste significative ; elle a un impact pour les marchés des scieurs qui manquent de bois blancs de qualité. Le prix des bois façonnés de classe 3 et plus s’accroît de 13 % à 79 € / m3.

Le prix moyen apparent des résineux blancs baisse de 5 % en 2023, tant pour le Sapin que pour l’Épicéa. Aux ventes d’automne, cette tendance s’amplifie (- 15 %). L’effondrement de la construction individuelle se fait fortement sentir et elle perdure en 2024. Ainsi la demande en bois de charpente est faible, de même que les ventes de bois de coffrage, produits dont les scieurs ne manquent pas avec l’afflux de bois dépérissant. Le manque de visibilité du marché, la forte concurrence européenne sur les sciages et le ralentissement de l’économie impactent les transactions commerciales. Les produits accidentels sont nombreux sur le massif jurassien et en Savoie. Le prix des bois façonnés, très largement contractualisés, perd 4 % à 73 € / m3.

Le prix moyen apparent des résineux rouges (Pins, Douglas et Mélèze) s’érode de 3 % sur l’année, en lien avec le reflux du Douglas (- 5 %) après sa forte hausse de 2022, alors que les prix du Mélèze, du Pin maritime et du Pin sylvestre sont stables ; toutefois, à l’automne, le prix des pins baisse également (- 6 %). Pour le Douglas, la demande en construction et à l’export est réduite, alors que le Mélèze bénéficie toujours de l’absence des importations russes avec des besoins stables en aménagement extérieur. Pour les Pins, sur le marché de la palette et de l’emballage, la demande est fluctuante et affaiblie, sauf sur quelques secteurs (caisserie sur mesure, palettes alimentaires…). Globalement, les prix de marché baissent mais ne décrochent pas. Ceux en contrat d’approvisionnement ont bénéficié de négociations début 2023 et sont donc restés stables avant de fléchir au second semestre. Le prix moyen annuel des bois rouges façonnés perd 3 % à 80 € / m3, en lien quasi-exclusivement avec les contrats d’approvisionnement.

Figure 2 : Evolution des prix des principales essences feuillues aux ventes d’automne (eu euros courants par m3)

Figure 3 : Evolution des prix des principales essences résineuses aux ventes d’automne (en euros courants par m3)

2 La commercialisation des bois issus des forêts publiques

2.1 Les modes de vente

En 2023, 54 % des volumes vendus sont en « bois sur pied » (41 % en bloc et 13 % à la mesure) et 46 % sont en « bois façonnés » (6 % en bloc et 40 % à la mesure).

Les ventes de gré à gré simples qui incluent les contrats d’approvisionnement représentent 54 % du volume mobilisé, les ventes par soumission 37 %, le solde (9 %) étant délivré aux collectivités pour l’affouage ou l’autoconsommation (Annexe 2).

Figure 4. Évolution des modes de ventes de bois de l’ONF (en proportion de volume)

2.1.1 Une année supplémentaire de croissance

Les volumes vendus en contrats d’approvisionnement gagnent 3 % en 2023. Ils totalisent ainsi 4,74 millions de m3 (en EBSP), soit 46 % du total vendu. Ces volumes proviennent pour 2 812 000 m3 des forêts domaniales (- 1 %), et pour 1 929 000 m3 des forêts des collectivités (+ 10 %). La part des contrats d’approvisionnement dans le total des volumes vendus atteint 65 % pour les forêts domaniales (+ 6 %) et 33 % pour celles des collectivités (+ 7 %).

Les volumes en contrat d’approvisionnement se répartissent à 46 % en bois d’industrie et bois-énergie, à 54 % en bois d’œuvre dont 29 % pour les résineux blancs, 11 % pour les résineux rouges, 10 % pour le Hêtre, et 4% pour le Chêne.

Les hausses sont de 16 % pour le Chêne (+24 000 m3), de 7 % pour le bois d’industrie et le bois-énergie (+149 000 m3), et de 3 % pour les résineux blancs (+36 000 m3) avec de nouveaux dépérissements. Une baisse de 6 % touche le Hêtre (-30 000 m3) et les résineux rouges (-31 000 m3), en raison d’une poursuite de la baisse des produits accidentels.

La recette des contrats d’approvisionnement en forêt publique est de 272 M€ (+ 9 %), soit 44 % des recettes bois. Elle se répartit entre les forêts de l’Etat pour 162 M€, en hausse de 5 % et totalisant 52 % des recettes de bois domaniales, et les forêts des collectivités pour 110 M€, en hausse de 15 % et atteignant 35 % des recettes de bois des collectivités.

Figure 5 : Répartition des volumes vendus par l’ONF en contrat d’approvisionnement (en milliers de m3 EBSP)

2.1.2 Les prix pratiqués dans le cadre des contrats

En 2023, si le prix moyen des contrats d’approvisionnement augmente légèrement (+ 5 % à 64 € / m3), les tendances par produit sont très contrastées et reflètent les évolutions de marché six mois auparavant (de mi-2022 à mi-2023). Ainsi, une hausse sensible intervient en bois d’industrie et bois-énergie (+ 15 %) et en bois d’œuvre de Hêtre (+ 14 %), alors qu’on observe une stabilité pour les résineux rouges (- 1 %) et une petite baisse pour les résineux blancs (- 6 %) après la très forte hausse en 2022, initiée par le marché de la construction. La cotation du Chêne ne peut être faite en raison de volumes moindres et d’une gamme de prix très étendue correspondant à des qualités variables et majoritairement secondaires, mais à qualité constante, son prix a progressé d’environ 5 %.

Il est rappelé que des différences de prix importantes peuvent résulter de l’assortiment des produits concernés, de la situation de l’entreprise (distance d’approvisionnement pour les produits vendus bord de route) et des coûts locaux de mobilisation des bois.

Tableau 3 : Prix moyen des bois vendus façonnés en contrat d’approvisionnement (en €/ m3 bord de route)

Conclusions et perspectives

En 2023, la conjoncture économique globale en France présentait des signes de faiblesse réels, avec une très faible croissance, une inflation élevée post-Covid, et des mises en chantier de logements au plus bas depuis le début du XXIe siècle. Les besoins en bois de la plupart des secteurs de la filière forêt-bois ont ainsi été diminués, ce qui s’est traduit par une baisse globale des volumes de bois vendus par l’ONF.

Néanmoins, les prix des bois des forêts publiques sont restés à des niveaux moyens à élevés, en fonction des produits et des essences. La baisse globale du prix moyen observée en forêt privée1 (- 10 %) ne s’est pas produite et une légère baisse (- 3 %) n’apparaît qu’en fin d’année aux ventes d’automne. Cet écart s’explique principalement par l’importance du Chêne à merrain, et le développement des contrats d’approvisionnement à l’ONF. Chaque contrat a une clause de révision de prix semestrielle ou annuelle, ce qui décale de 6 à 12 mois l’entrée en vigueur des hausses ou des baisses du marché : C’est pourquoi le prix moyen en contrat d’approvisionnement gagne 3 % en 2023, mais la baisse du marché sera constatée sur 2024.

Le dépérissement des arbres en forêt, toujours important depuis 2018, demeure à un niveau préoccupant en 2023 pour l’Épicéa (Alpes du Nord, Sud du Massif central) et surtout le Sapin (Massifs jurassien et vosgien), mais il diminue pour le Hêtre. Les autres essences majeures ne sont pas épargnées, en particulier, le Chêne dans l’Allier. Si l’année 2023 présente à nouveau des épisodes de sécheresse et de canicules, 2024 sera beaucoup plus arrosée, pouvant ainsi améliorer la santé des arbres non dépérissants.

En 2024, la conjoncture économique restera dégradée, avec toujours un contexte mondial très incertain, mais la baisse de l’inflation et le supplément de croissance lié aux jeux olympiques de Paris tempèreront la tendance baissière. Il en est de même avec la poursuite du développement des contrats d’approvisionnement, conformément au contrat État-ONF 2021-2025 qui fixe l’objectif final à 75 % des volumes mobilisés en forêt domaniale et à 35 % en forêt communale.

Annexe 1 : Prix moyens des bois sur pied aux ventes d’automne pour l’ensemble des forêts publiques (en euros courants)

Annexe 2 : Evolution des modes de mise en marché par l’ONF (en volume)

Notes

  • 1. Source : Observatoire Économique France Bois Forêt, « Prix de vente des bois en forêt privée, indicateur 2024 », Société Forestière, Experts forestiers de France et Asffor, co-auteurs.

Auteurs


Benoit Généré

benoit.genere@onf.fr

Affiliation : Office National des Forêts – Département commercial bois

Pays : France

Pièces jointes

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Citations