Résumé

Les forêts marocaines, couvrant 9,63 millions d’hectares, sont vitales pour la biodiversité, l’économie, et la fourniture des services écosystémiques essentiels. Cependant, elles subissent une dégradation significative due aux pressions anthropiques et aux facteurs naturels. Cet article analyse l’évolution de la politique forestière marocaine depuis 1913, identifiant cinq phases de gouvernance, d’une gestion centralisée à une approche plus participative. L’étude explore l’administration, les lois et les approches de gestion, soulignant les défis persistants et les opportunités pour une préservation durable. L’étude débouche sur des recommandations pour assurer un avenir prospère aux forêts marocaines.


Messages clés :
- L’évolution de la politique forestière est une réponse adaptative aux enjeux historiques, politiques et environnementaux complexes.
- La gouvernance forestière se caractérise par cinq phases distinctes, qui se différencient par leur organisation administrative, l’évolution de leur cadre juridique et réglementaire, et leurs réalisations concrètes.
- La nouvelle stratégie forestière repose sur le renforcement du partenariat entre l’État et les communautés locales, favorisant une gestion intégrée et durable des forêts.

Abstract

Comprising 9.63 million hectares, the forests of Morocco are vital for biodiversity and the economy, providing essential ecosystem services. However, they are undergoing significant degradation due to human activities and natural factors. This article analyses the evolution of Moroccan forestry policy since 1913, identifying five governance phases, from centralised management to a more participatory approach. The study explores forest administration, laws and management approaches, highlighting ongoing challenges and opportunities for sustainable conservation. Finally, the article gives fundamental insights into ensuring a prosperous future for Moroccan forests.


Highlights:
- The evolution of forestry policy is an adaptive response to complex historical, political and environmental issues.
- Forestry governance is characterised by five distinct phases, which are differentiated by their administrative organisation, the evolution of their legal and regulatory framework and their concrete achievements.
- The new forestry strategy is based on strengthening the partnership between the state and local communities, promoting the integrated and sustainable management of forests.

Introduction

Le Maroc, avec un domaine forestier de 9,63 millions d'hectares, constitués de forêts et de nappes alfatières, représente un enjeu vital pour la biodiversité (ANEF1, 2024a). Au niveau méditerranéen, le Maroc se classe deuxième pour la richesse de sa biodiversité, juste après la Turquie, avec 20 % d’espèces endémiques (ANEF, 2024b). Les forêts, qui couvrent environ 64 % de ce domaine (ANEF, 2024a), abritent une richesse écologique remarquable, comprenant plus de 4 000 espèces de plantes vasculaires et environ 550 espèces de vertébrés, dont certaines sont endémiques et menacées (ANEF, 2024b). En plus de leur valeur écologique, ces écosystèmes multifonctionnels génèrent des services écosystémiques évalués à environ 1,7 milliard d’euros (DEF-MAPMDREF2, 2020), contribuant à 18 % du bilan énergétique national (HCEFLCD3, 2016a) et à 25 à 36 % du bilan fourrager national (HCEFLCD, 2016b). Ces forêts absorbent environ 2 500 Gg de CO2e par an (MTEDDM4, 2022) et jouent un rôle crucial dans la régulation hydrologique et la protection des sols contre l'érosion (Boughlala et al., 2013). Cependant, malgré ces atouts, les forêts marocaines sont confrontées à des défis majeurs, notamment la déforestation, l'urbanisation et le changement climatique, entraînant une perte annuelle de 17 000 hectares (CESE5, 2023 ; DEF-MAPMDREF, 2020). Chebli et al., (2018) ont montré qu'au cours de la période 1984-2014, la superficie des terrains forestiers et sylvopastoraux au nord du Maroc a diminué de 192 932 ha, soit 42,08 %.

L'évolution de la politique forestière au Maroc est profondément ancrée dans un contexte historique marqué par la colonisation française, qui a centralisé la gestion des ressources naturelles et modifié les droits d'usage des populations locales. Sous le Protectorat, l'État a instauré une législation forestière stricte destinée à préserver les ressources forestières, tout en justifiant la nécessité de son intervention en raison de l'altération de ces ressources (Puyo, 2007). Cette approche a souvent été perçue comme répressive, générant des tensions entre l'administration forestière et les communautés locales (Davis, 2005 ; Aubert, 2013), qui avaient traditionnellement géré les forêts selon des pratiques communautaires basées sur les traditions et les principes religieux (Boulhol, 1952).

À mesure que le Maroc a évolué vers la post-colonisation, il a ratifié plusieurs engagements internationaux, tels que la Convention sur la diversité biologique, la Convention des Nations unies sur les changements climatiques (1992) et la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (1994), soulignant son engagement envers la durabilité environnementale. Ces engagements ont non seulement mis en avant l'importance de la conservation des ressources forestières, mais ont également encouragé une reconsidération des relations entre l'État et les communautés locales. La reconnaissance croissante de l'importance des populations locales dans la gestion des ressources forestières a conduit à des évolutions dans les politiques, intégrant des approches participatives et des mécanismes de gouvernance adaptés (Cowling et al., 2014). Ainsi, la transition de pratiques d'une gestion centralisée vers une gestion plus inclusive et durable6 des forêts reflète l'interaction entre les influences historiques et les exigences contemporaines de la communauté internationale.

Dans ce contexte, il est essentiel d'examiner comment l'évolution de la politique forestière au Maroc a été influencée par ces dynamiques historiques et contemporaines. Cet article se propose d'explorer les questions suivantes : quelles transformations majeures ont eu lieu dans la politique forestière marocaine depuis la création de l'administration forestière en 1913, et comment ont-elles influencé la gestion des ressources forestières ? Comment les engagements internationaux ratifiés par le Maroc ont-ils impacté l'évolution de la législation forestière et les pratiques de gestion des ressources naturelles ? Quelles stratégies et initiatives ont été mises en place pour intégrer les communautés locales dans la gestion durable des forêts, et quels résultats ont été obtenus jusqu'à présent ?

Pour répondre à ces questions, cette étude vise à mettre en lumière les transformations majeures de l'administration forestière depuis sa création en 1913, à retracer l'évolution de la politique forestière en tenant compte des contextes national et international, et à exposer les jalons qui ont marqué l'évolution de la gouvernance forestière au Maroc.

Méthodologie

Pour répondre aux questions de recherche concernant l'évolution de la politique forestière au Maroc et son impact sur la gestion durable des ressources, nous avons adopté une approche méthodologique intégrée, combinant analyse historique, juridique et institutionnelle.

Nous avons d'abord réalisé une analyse historique des transformations de la gouvernance forestière depuis la création de l'administration forestière en 1913. Cela a inclus l'examen des dynamiques historiques, notamment la colonisation française, qui ont façonné les politiques forestières et influencé les droits d'usage des populations locales. Cette approche a permis de contextualiser les défis contemporains auxquels font face les forêts marocaines, tels que la déforestation et le changement climatique.

Ensuite, une analyse des lois et réglementations qui ont accompagné la politique forestière a été effectuée. Nous avons étudié les lois et règlements publiés dans les Bulletins Officiels (BO) 7, depuis la première année de leur publication en 1912, en identifiant les textes clés qui ont établi ou modifié les institutions forestières, ainsi que ceux qui ont influencé la gestion des ressources en réponse aux enjeux socioéconomiques et environnementaux.

Nous avons également intégré une analyse des institutions qui se sont succédé et de leurs relations avec les partenaires aux niveaux national et international. Cela a inclus l'exploration des rapports publiés par l'administration forestière, ainsi que des statistiques sur les bilans de réalisation des différentes structures administratives. Des interviews ont été menées avec des forestiers sur le terrain et des responsables de l’administration forestière centrale pour enrichir notre compréhension des pratiques actuelles et des défis rencontrés.

Pour compléter notre étude, nous avons examiné quatre rapports d’évaluation de la Cour des comptes du Maroc (CdCM), publiés depuis 2002, qui fournissent une évaluation critique des politiques mises en œuvre et de leur efficacité. Cette analyse a permis d'identifier les lacunes dans l'application des politiques forestières et d'évaluer leur impact sur la conservation et la valorisation des ressources.

Enfin, nous avons structuré notre analyse en cinq phases d'évolution de la gouvernance forestière, en tenant compte des contextes politique, juridique, social et environnemental, ainsi que des engagements internationaux du pays. Chaque phase a été illustrée par quatre jalons significatifs, mettant en évidence le contexte d'évolution, le changement institutionnel, l'évolution des textes juridiques et les acquis réalisés.

Cette méthodologie nous a permis d'obtenir une vue d'ensemble des transformations de la gouvernance forestière au Maroc, tout en identifiant les défis actuels et les perspectives d'avenir dans le cadre de la stratégie forestière 2020-2030.

Résultats

La politique forestière au Maroc revêt une importance cruciale, tant pour la préservation de la biodiversité que pour le soutien de l'économie nationale. Dès le début de la colonisation, il était nécessaire d'établir une gestion centralisée pour freiner la dégradation des forêts, reconnues comme vitales pour l'économie et l'écosystème. Ainsi, la création de l'administration forestière s'est imposée pour contrôler et gérer ces ressources de manière durable. Cette transition, passant d'une gestion coutumière à une administration centralisée, a été marquée par des défis environnementaux et socioéconomiques qui persistent jusqu'aujourd'hui et influencent encore les stratégies de gestion.

L'évolution de la politique forestière, depuis l'établissement des premières structures administratives jusqu'à nos jours, se présente comme une réponse adaptative à des enjeux complexes. Elle témoigne de transformations profondes et d'une dynamique constructive. Chaque phase de cette évolution a été façonnée par des contextes historiques, politiques et environnementaux uniques, reflétant les divers défis auxquels la gestion des ressources forestières est confrontée.

Cette analyse s'articule autour de cinq phases distinctes (figure 1), chacune explorant l'organisation administrative, l'évolution juridique et réglementaire, ainsi que les résultats et impacts de chaque phase, tout en mettant en lumière le contexte et les fondements des transitions d’une phase à une autre.

Figure 1 : Synthèse schématique de l’évolution de la politique forestière au Maroc.

Mise en place des assises et des fondements de la gouvernance forestière au Maroc (1913-1950)

Avant l'établissement du Protectorat français en 1912, la gestion des forêts au Maroc échappait au contrôle des autorités publiques. Les ressources forestières étaient régulées par des pratiques coutumières, souvent fondées sur des principes religieux de l'islam (Boulhol, 1952). Selon ces principes, la terre appartient à Dieu, et les humains sont considérés comme ses intendants, chargés de l'exploiter de manière responsable. La Sunnah8 encourage la récupération des « terres mortes9 », permettant ainsi à ceux qui les vivifient d'en devenir propriétaires. Toutefois, les forêts, en tant que ressources vitales, devaient être préservées pour leur utilité collective. Elles étaient gérées et exploitées collectivement pour le pâturage (photo 1), la collecte de bois de feu et d'autres produits forestiers ; toute tentative d'appropriation de ces terres était soumise à des règles coutumières (Boulhol, 1952).

Photo 1 : Chèvres pâturant les feuilles d'Arganier, forêt d'El Faid Aoulouz (A. Khattabi, décembre 2019).

Avec l'instauration du Protectorat en 1912, l'état des forêts marocaines a été jugé préoccupant par le service des eaux et forêts, en raison d’exploitations abusives pour la production de charbon et de tanins, ainsi que pour l'extension des terres agricoles et des pâturages (Grimaldi d’Esdra, 1952). Davis, 2005, 2014) affirme que ces récits ont été utilisés à des fins politiques pour légitimer la colonisation française du Maghreb, en propageant un discours décliniste selon lequel l'environnement du Maghreb, autrefois prospère, aurait décliné après l'arrivée des Arabes au XIe siècle10. Ce discours aurait servi à justifier l'appropriation des terres forestières et agricoles, en attribuant la gestion des forêts à l'État et en accusant les populations locales de l’épuisement des ressources (Davis, 2005).

Ces assertions ont été critiquées par Ballais et al. (2013), qui soulignent des confusions entre les termes « environnement » et « forêt », ainsi que des erreurs factuelles dans les écrits de Davis. Ils remettent également en question l'approche militante des études postcoloniales de Davis et son idéalisme simpliste du passé précolonial. Néanmoins, des simulations menées par Kaplan et al. (2009) sur la déforestation anthropique en Europe et en Afrique du Nord montrent qu'une déforestation significative s'est produite entre 1000 avant J.-C. et 1850 après J.-C., principalement en raison de l'expansion agricole et du surpâturage.

En appui à cette analyse, Boudy (1953, p. 377) souligne le paradoxe selon lequel la paix française a, en réalité, entraîné une destruction accélérée des forêts, notamment dans les régions de Rabat et de Casablanca, alors pacifiées. L'augmentation des besoins en charbon et en tanin a provoqué une ruée des populations locales vers les précieux boisements de Chêne-liège de la Maâmora, des Zaers et de Chaouia. Cette exploitation incontrôlée, caractérisée par l’écorçage des arbres pour le tanin et la production de charbon, a mené à une situation de plus en plus désespérée, exacerbée par des incendies fréquents.

Cette situation alarmante a conduit à une prise de conscience croissante de la nécessité d'une gestion forestière structurée et réglementée. Les défis environnementaux et sociaux posés par l'altération des forêts ont ainsi préparé le terrain pour l'établissement d'une administration forestière formelle, qui allait jouer un rôle central dans la transformation de la politique forestière au Maroc au cours des décennies suivantes.

Installation de l’administration forestière

L'exploitation anarchique et la dégradation avancée des forêts, mises en évidence par les premières évaluations scientifiques (Pitard, 1913), ont conduit les autorités du Protectorat à créer le service des Eaux et Forêts en mars 1913 (Boudy, 1953). L'administration forestière a été officialisée par le dahir11 du 28 août 1915, intégrant le Service des eaux et forêts au Secrétariat général du Protectorat, puis à la Direction de l’Agriculture en 1920 (dahir du 6 juillet 1920). En 1922, le service a évolué pour devenir la Direction des eaux et forêts (DrEF), renforçant ainsi son positionnement institutionnel et son efficacité (dahir du 8 février 1922). Pour optimiser ses interventions et assurer la régénération ainsi qu'une exploitation rationnelle des forêts délimitées, un processus de décentralisation a été initié entre 1914 et 1918, se poursuivant jusqu'en 1934 (Grimaldi d’Esdra, 1952). Ainsi, des services forestiers décentralisés ont été créés dans différentes régions : le Grand Atlas en 1922, Taza et Tadla en 1926, et l'Atlas central et Anti-Atlas en 1934. Par ailleurs, la décision d'établir une station de recherche a été prise dès 1926 (Guinier et Jacamon, 1958).

Pour accélérer la sécurisation foncière du domaine forestier, la DrEF est devenue autonome en 1930 (dahir du 30 juin 1930) et a intégré le service topographique chérifien dans ses structures (dahir du 25 septembre 1930). La majorité des décrets de délimitation des immeubles forestiers ont été émis durant les années 1920 et 1930. Cependant, cette autonomie ne dura que quatorze ans et, en 1947, la Direction a été rattachée au ministère de l'Agriculture, du Commerce et des Forêts, adoptant de nouvelles missions adaptées au contexte (arrêté résidentiel du 19 avril 1947).

Domanialisation des forêts et cadre légal du régime forestier

Peu après le début du Protectorat français, une circulaire du Grand Vizir, datée du 1er novembre 191212, a placé les forêts sous la responsabilité de l’État (Makhzen), tout en préservant les droits d'usage des populations locales (Boulhol, 1952). L’analyse des archives du Protectorat par Puyo (2007) révèle le rôle essentiel des autorités du Protectorat dans la conception et la mise en œuvre d’une politique forestière qualifiée de « sociale ». Cette politique visait à préserver les forêts tout en tenant compte de la forte dépendance économique des populations riveraines. Elle s'inspirait également des leçons tirées des conséquences désastreuses de la politique forestière en Algérie, où l'ignorance des droits d'usage avait entraîné des incendies de forêts en signe de protestation (Puyo, 2007).

La mise en place du régime forestier marocain s'est effectuée progressivement, tenant compte des caractéristiques des forêts à « dominance » humaine. La principale préoccupation du service forestier a été d'établir une politique reconnaissant des droits d'usage étendus, adaptés aux besoins domestiques et aux traditions locales (Grimaldi d’Esdra, 1952).

Un premier arrêté viziriel, promulgué le 27 décembre 1913, a réglementé l'exploitation des produits forestiers de la forêt de Maâmora (Boudy, 1953). Par la suite, la tutelle de l’État sur les forêts s'est élargie à l'ensemble du pays grâce à deux dahirs. Le dahir du 10 octobre 1917 a établi des règles sur la conservation et l’exploitation des forêts, tandis que le dahir du 3 janvier 1916 a précisé la délimitation du domaine de l’État. Ces deux textes ont sanctionné définitivement l'appartenance des forêts au domaine de l'État, fondée sur la présomption13 forestière, tout en instaurant leur inaliénabilité.

Le dahir du 10 octobre 1917, qui reste le Code forestier marocain fondamental à ce jour, comprend 84 articles. Ceux-ci régissent la soumission au régime forestier, la police forestière, ainsi que l’exploitation et la vente des produits forestiers. Ce texte encadre également des droits d'usage, tels que le ramassage du bois mort, le pâturage et la culture sous l’Arganier. En outre, l'arrêté viziriel du 15 janvier 1921 a réglementé le droit de parcours dans les forêts domaniales.

Étant donné le caractère social particulier des forêts d’Arganier (photo 2), un dahir sur leur protection et leur délimitation a été promulgué en 1925. Pour clarifier le régime juridique des nappes alfatières et encadrer l’exploitation des noyers, d'autres dahirs ont été adoptés respectivement en août et septembre 1928.

Photo 2 : Spécimen d’arbre d’Arganier dans la forêt Del Faid Aoulouz (A. Khattabi, décembre 2019).

Par la suite, l'État a mis en place le Fonds national forestier en 1949 (dahir du 12 septembre 1949) et le fonds de la chasse en 1950 (dahir du 2 juin 1950). Ces fonds visent à assurer un financement durable pour la conservation des forêts et à soutenir des initiatives de reforestation et de gestion durable des ressources. En matière de gestion de la faune et de la flore, un dahir instituant les parcs nationaux a été promulgué en 1934, suivi d’arrêtés d’application en 1934 et 1946 définissant la création d'un comité consultatif. Cette période a également été marquée par la promulgation de textes pour la gestion de la pêche dans les eaux continentales (1922) et de la chasse (1923).

Ce corpus législatif, constitué progressivement, a tenté de concilier les besoins des communautés locales avec la préservation des ressources forestières (Grimaldi d’Esdra, 1952). Il a également visé à protéger les droits fonciers des riverains. La clarification des limites du domaine forestier, à travers des opérations de délimitation et d’immatriculation, facilite l'immatriculation des terrains privés limitrophes aux forêts. Cela permet aux riverains de mieux valoriser leurs propriétés et d'encourager une gestion responsable des ressources forestières.

En conclusion, ces réglementations ont joué un rôle essentiel dans la structuration de la gestion forestière au Maroc. Elles ont non seulement contribué à la stabilisation des écosystèmes forestiers, mais ont également veillé au respect des droits des populations locales. En intégrant des perspectives sociales et environnementales, elles ont jeté les bases d'une politique forestière indispensable pour l'avenir environnemental et socio-économique des espaces forestiers, ainsi que pour le bien-être des communautés locales.

Acquis et réalisations de la politique forestière au Maroc (1913-1950)

La première phase de la politique forestière au Maroc, s'étendant de 1913 à 1950, a été marquée par l'établissement des bases d'une gestion durable des ressources forestières, grâce à la promulgation d'un corpus législatif solide. Ce cadre juridique visait à garantir la conservation des forêts et à réglementer leur exploitation, tout en créant une administration forestière chargée de l'application et du respect de ces dispositions. L'instauration de textes réglementaires pour la délimitation des forêts de l'État a été un jalon essentiel pour protéger ces ressources. Ces dispositions ont également assuré la préservation du statut public des immeubles forestiers et garanti la conservation des droits d'usage des riverains. Malgré les litiges frontaliers et les résistances des populations face aux procédures de délimitation (Simenel et al., 2016), cette période a enregistré des avancées significatives, avec une superficie totale des forêts délimitées atteignant 3,9 millions d'hectares en 1946 (Boudy, 1953 ; Puyo, 2007) et 2,7 millions homologués14 (Boulhol, 1952).

Cependant, au cours de cette période, la protection de la nature au Maroc a été marquée par une ambivalence entre exploitation et conservation. Avant l'établissement du Protectorat français, la forêt marocaine était déjà dans un état désastreux, avec une déforestation alarmante (Boudy et Chalot, 1935). L'arrivée des autorités coloniales en 1912 a exacerbé cette dégradation, avec une demande accrue en charbon et en tanin entraînant une ruée des populations locales vers les précieuses forêts de Chêne-liège de la Maâmora15 (Boudy, 1953). C'est dans ce contexte que l'Administration des eaux et forêts (AEF) a tenté, dès ses premières années, de fonder les bases d'une gestion forestière durable. Entre 1913 et 1925 et sous l'impulsion du maréchal Lyautey, des initiatives ont été mises en place pour revitaliser des écosystèmes fragilisés, comme les chênaies de la Maâmora, les cédraies du Moyen Atlas et les dunes d'Essaouira (Grimaldi d’Esdra, 1952 ; Puyo, 2014 ; Boudy, 1953). Toutefois, la situation a rapidement évolué et la demande accrue en bois durant la Seconde Guerre mondiale a compromis les objectifs de conservation, entraînant une exploitation intensive des ressources forestières (Boudy, 1953). De plus, les parcs nationaux de Toubkal et de Tazekka, créés respectivement en 1942 et 1950, se heurtaient souvent à des contraintes budgétaires qui limitaient leur efficacité (Milian, 2007). Ainsi, malgré les progrès législatifs et la délimitation foncière, les pressions économiques et les défis environnementaux posés par l’exploitation intensive durant le Protectorat laissaient un héritage complexe, que les autorités post-indépendance devaient redresser.

Politique forestière à l'ère des enjeux de protection des sols, de la biodiversité et de développement durable (1950-1998)

La fin du Protectorat en 1956 a marqué un tournant décisif dans la gestion des ressources naturelles au Maroc. Ce nouveau contexte a permis au pays de renforcer son autonomie et de répondre aux enjeux environnementaux croissants, notamment en matière de protection des sols et de biodiversité. Les politiques internationales ont joué un rôle déterminant dans cette dynamique, influençant la gestion des ressources forestières marocaines.

Dans le cadre du mouvement mondial de protection des sols contre l'érosion hydrique, initié à la fin du XIXe siècle en Allemagne et développé dans les années 1930 aux États-Unis, l'année 1950 a marqué une étape cruciale pour l'Afrique du Nord (Roose, 2010). En effet, les années cinquante ont été caractérisées par la mise en œuvre de grands projets de lutte antiérosive dans les zones rurales nord-africaines. Cela a conduit à la création de structures administratives adaptées pour superviser ces initiatives, ainsi qu'à l'élaboration d'un cadre juridique facilitant leur réalisation.

Durant cette période, plusieurs conventions internationales ont été ratifiées, notamment les trois conventions de Rio. Elles encadrent la conservation de la biodiversité16, la lutte contre le changement climatique, et la lutte contre la désertification. Depuis le Sommet de la Terre à Rio en 1992, la désertification est devenue une priorité mondiale pour le Maroc, qui reconnaît l'urgence d'agir face à un territoire dont 93 % est touché par ce phénomène (Bouaicha et Benabdelfadel, 2010).

Le colloque d'Ifrane sur les forêts en 1996 a intégré des orientations stratégiques essentielles, incitant le pays à élaborer son Programme forestier national (PFN) ainsi que le Plan d'action national de lutte contre la désertification. Ces initiatives s'inscrivent dans une volonté de renforcer la gestion durable des ressources forestières tout en répondant aux défis environnementaux.

Sur le plan des relations avec les populations riveraines, les principes de la présomption forestière et d'inaliénabilité ont joué un rôle crucial dans la protection des forêts. Cependant, la reconnaissance des droits d'usage a limité le contrôle total exercé par l'État, facilitant certaines pratiques illicites, notamment l'exploitation forestière illégale (Mekouar, 1984).

C'est dans ce contexte que la promulgation du dahir de 1976 est devenue nécessaire. Ce texte a cherché à pallier les limites de l'arrêté de 1921, qui, bien qu'il ait établi un cadre pour organiser le droit d'usage des riverains dans les forêts domaniales, n'a pas suffi à répondre aux enjeux croissants de dégradation environnementale. L'arrêté de 1921 se concentrait principalement sur la régulation des droits de parcours pour les éleveurs des tribus riveraines, sans adopter une approche intégrée de la gestion forestière ni favoriser la participation active des autres usagers. En revanche, le dahir de 1976 vise à établir un cadre national de coordination entre l'État et les populations locales, en promouvant leur implication dans la gestion des ressources forestières. Cette réforme marque un tournant vers une gestion plus intégrée et participative des ressources, essentielle pour faire face aux défis environnementaux contemporains.

Renforcement et régionalisation de l’administration forestière

Dans le but d’assurer l’encadrement des projets antiérosifs initiés dans les années 1950, un service de défense et de restauration des sols a été créé cette même année 1950 (Plateau, 1976). Ce service a été confié à la Direction régionale des eaux et forêts (DrEF), en raison de son expertise reconnue dans la lutte contre l'érosion et de ses bonnes relations avec les autorités locales et la population (Challot, 1950). En 1955, la DrEF a été renommée pour inclure dans son titre la mention « et de la conservation des sols » (arrêté du 10 juin 1955)17, soulignant ainsi l'importance de cette mission parmi ses attributions. Sa mission consistait à aider les propriétaires de terrains privés instables et érodables à prévenir et lutter contre l’érosion, à améliorer les rendements agricoles et à protéger les infrastructures situées en aval des versants.

Pour répondre aux engagements pris dans le cadre des conventions internationales, la DrEF a été renforcée. Ce renforcement, initialement sous l'égide du ministère de l'Agriculture, s'est concrétisé par la création de cinq divisions, de treize services centraux et de services provinciaux (décret n° 2-77-657 du 29 septembre 1977). Ces changements ont structuré la valorisation des produits forestiers, les boisements, la gestion des nappes alfatières, ainsi que la défense et la restauration des sols, en accord avec les premières études d'aménagement (1951-1972) des forêts de Chêne-liège, de Cèdre et de Chêne vert (Benzyane et al., 2002).

À partir de 1993, l'administration forestière a connu un nouvel élan avec la création de nouvelles directions centrales, notamment la Direction du développement forestier et la Direction de la conservation des ressources forestières. Ces réformes ont également introduit des services techniques et transversaux visant à moderniser la gestion forestière (décrets n° 2-93-23 et n° 2-94-422). Parallèlement, ces initiatives ont conduit à la création du Parc zoologique national et du Centre national de la recherche forestière, qui visent à améliorer la gestion des bassins versants, l'aménagement forestier et la conservation de la faune.

Pour garantir une gestion forestière adaptée aux spécificités régionales et promouvoir la décentralisation, la déconcentration et la régionalisation de l'administration, de nouvelles Directions régionales des eaux et forêts (DREF) ont été créées et les services forestiers provinciaux ont été séparés des Directions provinciales de l'agriculture en 1995, formant ainsi des services provinciaux des eaux et forêts rattachés directement aux DREF (M’Hirit et al., 2001). Ces DREF ont été structurées en trois services : aménagement et bassins versants, gestion et programmation, et administration. Parallèlement, au niveau local le Centre de développement forestier (CDF) a été créé pour coordonner les programmes forestiers sur le terrain. La création de ce centre visait à intégrer les actions forestières dans le développement local, tout en assurant les fonctions de police forestière, de développement et de communication avec les populations locales, via des unités à responsabilité territoriale sous sa supervision, les districts et les triages (M’Hirit et al., 2001).

Renforcement des dispositifs législatifs forestiers pour une participation active des riverains et un renforcement de la lutte contre l'érosion

- Renforcement des outils réglementaires pour appuyer la lutte contre l’érosion

Les forêts jouent un rôle essentiel dans la lutte contre l'érosion des sols, la régulation des eaux de surface, et la prévention des crues. Pour répondre à la menace croissante de l'érosion, les travaux de défense et de restauration des sols (DRS) ont débuté en 1948 sous la supervision de l'Administration forestière (Grimaldi d’Esdra, 1952). Le dahir du 20 mars 1951 sur le DRS, complété par le dahir du 4 décembre 1954, a défini le cadre des interventions, offrant aux propriétaires terriens une contractualisation volontaire avec l'État pour bénéficier d'une aide en matière de DRS.

En 1969, un nouveau dahir a été promulgué (décret n° 2-69-311 du 25 juillet 1969) pour abroger celui de 1951, et permettre à l'État d'imposer des mesures de lutte contre l'érosion dans les zones particulièrement menacées, en instituant des « périmètres de défense et de restauration des sols d'intérêt national ». Cela a permis la mise en place d'actions plus coercitives là où la simple contractualisation ne suffisait pas. Le dahir de 1969 prévoyait également des subventions pour encourager la création de périmètres DRS, même en l'absence de déclaration d'intérêt national, soutenant ainsi une lutte proactive contre l'érosion.

- Renforcement des organes communaux et de la participation de la population au développement forestier

En 1976, une réforme a été lancée pour renforcer la participation des populations locales au développement forestier. Le dahir du 20 septembre 1976 a organisé cette participation en stipulant que l'intégralité des recettes forestières serait versée aux communes rurales, avec l'obligation de réinvestir 20 % dans la forêt. Cela a instauré une gestion participative des forêts, qui englobe toutes les approches intégrant la participation des parties prenantes dans les activités liées à la gestion forestière (Potters et al., 2003). Ainsi, il a été créé des instances de coordination telles que le Conseil national des forêts et les Conseils provinciaux des forêts. Cette démarche visait à intégrer les communautés dans la gestion et le bénéfice des ressources forestières.

Cependant, l'évaluation de l'application de ce dahir montre qu'il a bénéficié davantage aux conseils communaux qu'aux communautés elles-mêmes (Moufaddal, 2008). Les recettes sont souvent utilisées dans des projets qui ne servent pas les besoins immédiats des usagers locaux. Ce décalage entre la gestion des fonds et les priorités locales se traduit par un non-respect des mises en défens, ce qui impacte négativement l'implication des usagers dans la gestion forestière. Les éleveurs, en particulier, sont affectés par l'absence d'organisation des parcours entre usagers, contrairement aux dispositions prévues par l'article 10 du même dahir. Cette gestion inadaptée a conduit à une exploitation anarchique des pâturages. Par ailleurs, l'affectation de 80 % des recettes au budget communal a exacerbé les conflits entre collectivités mitoyennes, chacune cherchant à s'approprier davantage de surface forestière. Le Conseil national des forêts, censé résoudre ces différends, est resté largement inopérant (CdCM, 2018a).

Résultats et défis de la politique forestière : une réponse aux enjeux environnementaux

Les résultats et acquis de la politique forestière marocaine entre 1950 et 1998 témoignent d'une réponse proactive face aux défis environnementaux croissants, notamment l'érosion des sols et la perte de biodiversité. Dans un contexte marqué par la fin du Protectorat et l'émergence de politiques internationales favorisant la durabilité, le Maroc a mis en place des structures administratives renforcées et des outils réglementaires adaptés. Ces initiatives ont permis d'élaborer des programmes stratégiques, tels que le Programme national d'aménagement des bassins versants (PNABV) en 1996 et la création de parcs nationaux (photo 3), visant à protéger les ressources naturelles tout en intégrant les populations locales dans la gestion de ces espaces.

Photo 3 : La sapinière du Parc national de Talassemtane Chefchaouen (A. Khattabi, avril 2021).

Face à l'érosion des sols, qui affecte 23 millions d'hectares et réduit la capacité de stockage des barrages de 65 millions de m³ par an (Blanche et al., 2001), le PNABV a identifié 22 bassins prioritaires en amont des principaux barrages et met en place un cadre financier et institutionnel pour réaliser des programmes de lutte contre l'érosion sur 20 ans. Les actions réalisées ont concerné environ 559 100 hectares, avec l'implantation de seuils ayant créé un volume de 558 300 m³ pour le traitement des ravins et des berges (ANEF, 2024d). Cependant, des obstacles subsistent, tels que l'inopposabilité des études d'aménagement des bassins versants, l'absence de solidarité entre les zones amont et aval, ainsi que le manque de coordination, ce qui complique l'efficacité de la mise en œuvre des actions d'aménagement des bassins versants (Boujrouf, 1996).

Pour la conservation de la biodiversité, deux parcs nationaux ont été créés : le Parc Souss-Massa en 1991 et le Parc Iriqui en 1994. Le Parc Souss-Massa, couvrant 33 800 hectares, protège la zone centrale de l'arganeraie et ses espèces. Le Parc d'Iriqui, s'étendant sur 123 000 hectares, préserve les espèces désertiques. Ces initiatives illustrent l'engagement du Maroc envers la biodiversité.

La Réserve de biosphère de l'Arganeraie, classée par l'UNESCO en 1998, s'étend sur environ 2,5 millions d'hectares pour assurer une gestion durable de cet écosystème tout en stimulant le développement économique local. De plus, des sites tels que Sidi Boughaba et Merja Zerga ont été classés comme réserves biologiques pour protéger des habitats de grande valeur biologique.

Enfin, plusieurs documents stratégiques, tels que le Plan directeur de reboisement (1994) et le Plan directeur des aires protégées (1994), ont été élaborés pour orienter les activités forestières. Malgré ces avancées, des insuffisances subsistent, notamment en matière d'intégration des communautés locales dans la gestion des ressources et en ce qui concerne l'efficacité des initiatives mises en place, limitant ainsi la durabilité des acquis réalisés.

Promotion de l’administration forestière et élaboration de la première stratégie nationale forestière (1998-2003)

Avant 1998, la gestion forestière au Maroc était principalement assurée par la Direction des eaux et forêts (DrEF), dont les missions se concentraient sur la régulation et la protection des forêts. Cependant, la montée des préoccupations mondiales liées au changement climatique, à la déforestation, à la dégradation de la biodiversité, et à la gestion durable des ressources naturelles a conduit à une reconnaissance croissante de la nécessité d'une approche plus intégrée et durable. Le besoin de réformes profondes était évident, les structures existantes peinant à répondre aux exigences contemporaines. Ce contexte a favorisé la création du ministère délégué chargé des eaux et forêts (MCEF) en avril 1998, marquant un nouveau début avec une plus grande autonomie et avec des moyens plus renforcés pour mener à bien les missions.

Promotion de l’administration forestière au rang ministériel

La création du ministère délégué chargé des eaux et forêts (MCEF) a constitué une étape cruciale dans l'évolution de l'administration forestière au Maroc. Rattaché au ministère de l’Agriculture, du Développement rural et des Pêches maritimes (MADRPM), ce ministère délégué a permis d'accroître l'autonomie de la gestion forestière et de renforcer les ressources allouées à cette mission. Institué par l’arrêté du MADRPM n° 1561-98 du 21 juillet 1998, et dont les attributions et l’organisation ont été fixées par le décret n° 2.99.232 du 3 décembre 1999, le MCEF a joué un rôle clé dans la consolidation de la structure administrative dédiée aux forêts.

Organisé à la fois au niveau central et régional, le MCEF s'est structuré sur la base d'une réforme mise en œuvre en 1995. Cette restructuration a entraîné le renforcement de l'administration centrale, qui comprend désormais un cabinet, un secrétariat général, deux directions techniques, une inspection générale et une direction des ressources humaines. De plus, deux divisions transversales ont été créées : l'une consacrée à la recherche forestière et l'autre à la gestion budgétaire et à la coopération, visant à optimiser l'efficacité de la gestion forestière.

L'organisation du MCEF repose sur des principes d'adaptation des structures aux missions spécifiques, regroupées par affinités. Cela a permis de doter le niveau central d'entités suffisamment solides pour mener des activités d'orientation, de programmation, de suivi-évaluation et d'informatisation, tout en répondant aux évolutions du secteur et aux attentes des partenaires. Cette approche intégrée s'est révélée essentielle pour garantir une gestion durable des forêts, en tenant compte des défis émergents liés à la biodiversité et à la durabilité environnementale (M’Hirit et al., 2001).

Renforcement des outils juridiques pour une meilleure organisation des usagers de la forêt

Entre 1998 et 2002, la politique forestière marocaine a connu une évolution juridique, concentrée essentiellement sur l'instauration du système de compensation pour la mise en défens des forêts18. Ce mécanisme a été conçu pour encourager la participation des communautés locales dans la gestion et la surveillance des périmètres forestiers en restauration (photo 4), en leur octroyant des indemnités en échange de la privation de leur droit de pacage. Cette initiative a permis de sensibiliser les populations à l'importance de la protection des forêts et a favorisé leur engagement dans des projets de développement local. Cependant, ce système présente des limites en matière de durabilité, car il dépend entièrement de financements publics et les associations responsables de sa mise en œuvre souffrent souvent d'un manque de légitimité face aux institutions traditionnelles comme la jma’a19 (Moukrim et al., 2019).

Photo 4 : Régénération de la cédraie de Tounfite (M. Achbah, novembre 2021).

Acquis et avancées de la stratégie forestière : vers une gestion participative et durable

Le colloque d'Ifrane, tenu en 1996, a marqué un tournant décisif pour la gouvernance forestière au Maroc en recommandant l'élaboration d'une stratégie forestière nationale (Ministère chargé des eaux et forêts/Groupement ONF International/AGROFOREST/CIRAD-Forêt, 1998). Cette initiative a conduit à l’élaboration du Programme forestier national (PFN) en 1998, un document clé qui intègre les différentes dimensions de l'environnement forestier, y compris les milieux physiques, biologiques, et les cadres législatifs (Ministère chargé des eaux et forêts/Groupement ONF International/AGROFOREST/CIRAD-Forêt, 1998). Le PFN vise à établir une gestion durable des ressources forestières tout en tenant compte des spécificités locales et des besoins des populations.

En 2001, le Maroc a également instauré le premier Plan d'action national de lutte contre la désertification (PANLCD), élaboré pour répondre aux enjeux de dégradation des sols et de perte de biodiversité. Ce plan a mobilisé des actions concrètes pour lutter contre la désertification et promouvoir la durabilité des ressources forestières (MADREF, 2001).

Parallèlement, la société marocaine a évolué, avec une émergence notable de la société civile. Cette dynamique a entraîné une maturité des structures sociales, permettant l'intégration des acteurs locaux dans les processus décisionnels. L'État a reconnu l'importance de collaborer avec les communautés, à travers les ONG, pour la gestion des ressources forestières.

Cette évolution a favorisé l’ouverture de l’administration sur de nouvelles méthodes de travail basées sur l’approche participative, où les communautés locales sont considérées comme des partenaires actifs dans la protection et la gestion des forêts (Ministère chargé des eaux et forêts/Groupement ONF International/AGROFOREST/CIRAD-Forêt, 1998). L'objectif était de renforcer l'appropriation des projets forestiers par les populations, garantissant une durabilité accrue des initiatives mises en œuvre. Ainsi, au cours de cette période, le secteur forestier marocain a bénéficié de nombreux projets de coopération, notamment de l'Union européenne depuis 1995, axés sur la gestion participative, l'aménagement de bassins versants et les aires protégées (Union européenne, 2012). Ces projets ont favorisé la gestion participative, l'intersectorialité, l’amélioration des conditions sociales des riverains (par exemple fours améliorés collectifs, actions génératrices de revenus) et la diversification des compétences des agents forestiers. Cependant, ces projets n'ont pas fait l'objet d'une évaluation globale et leurs acquis n'ont pas été pleinement intégrés dans la politique et la stratégie nationales forestières, ce qui limite leur valorisation dans le contexte politique et social du pays.

Sur le plan de la gestion de la biodiversité, le MCEF a renforcé le réseau des réserves de biosphère, notamment avec la création de la Réserve de biosphère des oasis du Sud marocain dans la région Darâa-Tafilalet, reconnue par l’UNESCO le 10 novembre 2000, proposant ainsi un levier de développement durable pour les provinces oasiennes du Maroc.

La troisième phase de la gouvernance forestière au Maroc, bien qu'importante pour son initiation de l’approche participative, semble avoir un rendement moins élevé en termes d'évolution juridique et réglementaire et de réalisations concrètes de programmes opérationnels sur le terrain par rapport aux deux premières phases. Les bases et les stratégies mises en place au cours des premières phases ont été plus solides et ont eu un impact plus large sur la gestion forestière. Bien que cette phase représente une évolution qualitative, en termes de développement de stratégies et d'initiation de nouvelles approches, elle n'a pas atteint les mêmes niveaux de résultats tangibles que ses prédécesseurs.

La création du Haut-commissariat aux eaux et forêts : un nouveau modèle de gouvernance (2003-2020)

La création du Haut-commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (HCEFLCD) au Maroc, en remplacement d'un ministère traditionnel, avait répondu à une volonté d'adapter la gouvernance aux enjeux spécifiques de la gestion des ressources naturelles. L’objectif était de charger une entité plus stable et technique, capable de répondre de manière plus agile et ciblée aux défis environnementaux, tout en soulignant l'importance cruciale de ces questions dans le cadre de la politique nationale. En conférant à cette fonction un caractère plus administratif que politique, la transformation visait la mobilisation des compétences techniques et l’instauration d’une gestion efficace et réactive, indépendamment des contraintes bureaucratiques souvent associées aux ministères. Ce choix reflétait également une approche inspirée des modèles internationaux, où des hauts-commissariats étaient souvent nommés pour traiter des situations particulières et transitoires, garantissant ainsi une meilleure coordination des efforts en matière de conservation et de développement durable des forêts (Frangi, 2008). Ainsi, le Haut-commissaire aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification avait été nommé en 2003, avec une autorité sur l'ensemble des structures instituées, tant à l’échelon central qu’extérieur, dans le cadre du décret n° 2-99-232 du 24 chaabane 1420 (3 décembre 1999).

Émergence du Haut-commissariat aux eaux et forêts : un nouveau modèle de gouvernance

Relevant directement du Premier ministre, afin de promouvoir une gestion proactive des ressources forestières (dahir n° 1-03-282), le HCEFLCD a reçu de nouvelles missions, telles que la coordination des plans d’aménagement des bassins versants et des parcs nationaux, et la mise en œuvre des conventions internationales sur la désertification (décret n° 2-04-503).

Une restructuration de l’administration forestière au cours de cette quatrième période a créé une direction centrale de planification et de coopération, divisant la Direction de la conservation en deux entités : la Direction du domaine forestier et celle de la lutte contre la désertification. En 2009, les unités locales ont été réorganisées, supprimant les districts forestiers et transformant les Centres de développement forestier (CDF) en Centres de conservation et de développement des ressources forestières (CCDRF). Cette restructuration visait à optimiser les ressources humaines et moderniser les outils de travail. Cependant, des lacunes ont été relevées, notamment en termes de moyens humains et de transport. Ce nouveau cadre de gouvernance a introduit une approche territorialisée, adaptée aux spécificités naturelles et socio-économiques des différents territoires.

En termes d’encouragement à la mixité au sein de l’administration forestière, le HCEFLCD a joué un rôle important à cet égard. Historiquement, le secteur forestier marocain était principalement masculin en raison de son caractère paramilitaire, de l'éloignement des zones d'intervention, et de la pénibilité des missions du forestier. Toutefois, depuis la création du HCEFLCD, l'administration cherche activement à faire intégrer davantage de femmes. Les deux principales institutions de formation forestière, à savoir l'École nationale forestière des ingénieurs (ENFI) et l'Institut technique royal forestier (ITREF), ont commencé à accueillir des candidates à partir de 1996 et de 2014 respectivement.

Pour institutionnaliser l'égalité de genre, un comité stratégique et un comité opérationnel ont été créés en 2013 au sein de l'administration forestière. Ces efforts ont permis d'augmenter la proportion de femmes, passant de 14 % en 2013 à 18 % en 2022, avec une hausse notable chez les cadres (+ 75 %) et la catégorie de maîtrise (+ 72 %). En revanche, les effectifs de la catégorie exécutive ont diminué de 30 % en raison des départs à la retraite, et car certaines activités, comme la production de plants et l'entretien des bâtiments, ont été externalisées.

Malgré ces progrès, la représentation féminine dans les postes de décision au sein de l'ANEF reste très limitée. Actuellement, seulement 7 % des postes de responsabilité sont occupés par des femmes (ANEF, 2022a), ce qui souligne une sous-représentation persistante. Cette situation s'explique probablement par une culture organisationnelle historiquement masculine, qui a longtemps perçu le secteur forestier comme un domaine réservé aux hommes, freinant ainsi l'accès des femmes aux postes de responsabilité administrative.

Évolutions réglementaires : renforcement de la protection des ressources forestières

Entre 2003 et 2017, la gouvernance forestière au Maroc a connu des évolutions juridiques et réglementaires notables, sous l'égide du Haut-commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification. Cette période a été marquée par la promulgation de plusieurs textes clés visant à renforcer la protection des ressources naturelles et à promouvoir une gestion durable des forêts. En 2010, la loi n° 22-07 relative aux aires protégées, promulguée par le dahir n° 1-10-123, a établi un cadre légal pour la création et la gestion des aires protégées, soulignant l'engagement du Maroc envers la conservation de la biodiversité. En 2011, le décret n° 2-10-342 a été adopté pour approuver un cahier des charges général concernant la vente des coupes de produits forestiers, régulant ainsi leur exploitation commerciale. Cette même année, la loi n° 29-05 a été promulguée pour protéger les espèces de flore et de faune sauvages, introduisant des mesures de contrôle sur leur commerce et renforçant la législation sur la biodiversité. En 2015, un décret d'application de cette loi a été publié, affirmant l'engagement continu du gouvernement en matière de conservation. Enfin, en raison des crises écologiques touchant les agdals20 pastoraux, dues au changement climatique et à la dégradation des écosystèmes par la surexploitation (Genin et al., 2012), ainsi qu'à la déstabilisation des systèmes traditionnels de leur gestion (Romagny et al., 2018 ; Auclair et Alifriqui, 2012), l'État a dû faire face à des conflits sociaux entre sédentaires et nomades dans la région sud (El Yamani, 2025). C'est dans ce contexte qu'il a promulgué la loi n° 113-13. Cette loi encadre la transhumance pastorale et l'aménagement des espaces sylvopastoraux, intégrant des pratiques de gestion durable pour ces territoires. Ces évolutions réglementaires témoignent d'une volonté de moderniser la gouvernance forestière, d'assurer la durabilité des ressources naturelles et de répondre aux défis environnementaux et sociétaux croissants, tout en harmonisant les pratiques locales avec les exigences de protection de l'environnement.

Avancées et réalisations : impact des initiatives en gestion forestière

Pour concrétiser les divers plans stratégiques élaborés lors des périodes précédentes – tels que le PDR (1994), le PDAP (1994), le PNABV (1996) et le PANLCD (2001 et 2011) – le Plan forestier national (PFN) a été établi comme un cadre stratégique avancé. Ce plan vise à appliquer les principes du développement durable et de la participation inclusive. Toutefois, son efficacité a été limitée par un manque d'outils opérationnels de programmation et de planification pour concrétiser ses objectifs. Pour remédier à ce manque d'outils opérationnels, le HCEFLCD a mis en place un modèle de gouvernance basé sur une planification décennale et une programmation triennale glissante. Cette approche a permis de développer des projets forestiers territorialisés, adaptés aux spécificités régionales, d’assainir la gestion budgétaire et d’accélérer la mise en œuvre des projets de développement (HCEFLCD, 2013 ; CdCM, 2018b). La mise en œuvre de ces programmes est guidée par quatre principes : la culture de projet, la responsabilité, la contractualisation et la reddition des comptes (HCEFLCD, 2018). Cette dynamique a entraîné des avancées significatives en matière de sécurisation foncière, de protection des forêts, de réhabilitation des écosystèmes et de modernisation du secteur. Jusqu'en 2020, 88 % du domaine forestier était délimité définitivement et 65 % immatriculé (ANEF, 2022b), contre moins de 0,2 % avant 2005 (HCEFLCD, 2018) et 9,20 % en 2009 (CdCM, 2010). Les parcelles non immatriculées correspondent principalement à des espaces en litige.

Elle a également favorisé le renforcement de l’implication des populations riveraines dans la protection et la valorisation des produits forestiers. Ceci s’est traduit par l'organisation de ces populations en associations et coopératives, leur permettant de bénéficier d’actions à la fois conservatrices de la forêt et génératrices d’avantages socio-économiques. Parmi les exemples, les plus éloquents à citer sont : la distribution gratuite des fours améliorés individuels21, et la conclusion des contrats de partenariat pour la valorisation des produits forestiers ligneux et non ligneux, responsabilisant ainsi les bénéficiaires dans la réalisation des prestations de services au profit de la forêt (gardiennage, reboisement, etc.).

Concernant la protection des forêts contre les incendies et les attaques pathogènes, le HCEFLCD a instauré des systèmes adaptés au contexte forestier marocain. La stratégie de prévention et de lutte contre les feux de forêt a permis de réduire significativement la superficie incendiée, passant d’une moyenne de 14 hectares par incendie dans les années soixante à 5,5 hectares entre 2011 et 2018 (ANEF, 2023). Par ailleurs, la santé des forêts est suivie par un dispositif mis en place à partir de 2007, composé de trois réseaux complémentaires : un réseau systématique de placettes d’observation périodique, un réseau de veille phytosanitaire pour chaque apparition de nouveaux phénomènes, et des réseaux spécifiques pour le suivi des problèmes sanitaires identifiés (HCEFLCD, 2018).

Les projets de reforestation ont plus que doublé, passant de 18 000 hectares avant 2005 à 36 000 hectares entre 2005 et 2016 (HCEFLCD, 2018). Cependant, des obstacles persistent, notamment les oppositions des riverains, la défaillance de certaines entreprises, des conditions climatiques défavorables, ainsi que le surpâturage et le ramassage illégal des glands de Chêne-liège (CdCM, 2018a). C’est pourquoi l’administration a cherché des solutions novatrices en matière de coopération avec la population locale à travers leur organisation en associations et coopératives et à travers la conclusion des contrats de partenariats de valorisation des produits forestiers ligneux et non-ligneux, et des conventions pour le respect des périmètres mis en défens.

En matière de conservation de la biodiversité, six parcs nationaux ont été créés entre 2003 et 2020. Deux nouvelles réserves de biosphère ont également été instaurées sous l'égide de l'UNESCO. Ces initiatives visent à allier conservation et développement économique. Parmi elles figurent la Réserve de biosphère de la Cédraie (photo 5) et la Réserve intercontinentale de la Méditerranée (ANEF, 2024b).

Photo 5 : Réserve de biosphère de la cédraie, Parc national d'Ifrane (A. Khattabi, novembre 2021).

L'administration forestière a joué un rôle crucial dans le développement du tourisme cynégétique et piscicole, tout en soutenant l'économie rurale et en promouvant des pratiques durables (dahirs n° 1-06-127 et n° 1-11-90). Le nombre de lots de chasse amodiés a considérablement augmenté, passant de 443 en 2005 à 1 036 en 2019, couvrant plus de 2 millions d'hectares (ANEF, 2024c). Toutefois, des interrogations subsistent quant à la durabilité de ces amodiations et à leur impact sur la faune et les populations locales, nécessitant des recherches approfondies pour évaluer ces effets.

En matière d’aménagement des bassins versants, 86 projets intégrés ont été réalisés dans 18 bassins prioritaires identifiés par le PNABV, couvrant un territoire de 40 provinces et une superficie totale traitée de 800 000 hectares. Les objectifs incluent la conservation du couvert végétal, la régulation de l’écoulement des eaux, la lutte contre l’ensablement, l’amélioration de la résistance des sols et l'amélioration des conditions de vie des populations (délégation du Royaume du Maroc, 2016). Ces efforts témoignent d'une volonté soutenue d’améliorer la gestion des ressources naturelles au Maroc à travers une approche intégrée et participative.

Une nouvelle notion importante pour le développement a été appliquée par le HCEFLCD : « la budgétisation sensible au genre ». Le rôle central des femmes rurales dans l'utilisation des espaces forestiers au Maroc est essentiel, notamment à travers des activités liées aux produits forestiers non ligneux, comme les plantes aromatiques et médicinales, et au Caroubier. Depuis 2015, le HCEFLCD a intégré la budgétisation sensible au genre pour financer ses programmes forestiers, afin de mieux répondre aux besoins spécifiques des femmes et des hommes sur le terrain.

En conclusion, la transformation du MCEF en Haut-commissariat aux eaux et forêts et à la Lutte contre la désertification a permis d'importants acquis en matière de gestion des ressources forestières au Maroc. Cependant, plusieurs domaines nécessitent encore des efforts continus. La valorisation et la commercialisation des produits forestiers ont été peu développées et requièrent une modernisation ainsi qu'une ouverture à des approches plus rentables. Actuellement la production de liège, bien que le Maroc soit au troisième rang mondial pour les superficies de Chêne-liège, ne représente qu'environ 1 % des exportations en valeur de liège au niveau mondial (HCEFLCD, 2017). De plus, l'absence d'une offre écotouristique significative, ainsi que la nécessité de labelliser les activités et les produits des aires protégées, limitent les opportunités de développement d’un tourisme écologique durable (CdCM, 2020). Ces lacunes ont directement conduit à la refonte institutionnelle et au lancement de la nouvelle stratégie « Forêts du Maroc 2020-2030 ».

Modernisation du secteur forestier accompagnée d’un renforcement de la participation des usagers des forêts (2020-2024)

Malgré les efforts déployés lors des périodes précédentes, le bilan de la gestion forestière au Maroc demeure préoccupant. Selon le rapport du Groupe de la Banque mondiale (2017), la dégradation du couvert forestier a atteint, entre 2010 et 2015, 8 000 hectares par an. De plus, la biodiversité est menacée, le potentiel productif est sous-valorisé et l'offre écotouristique est limitée. Les prélèvements excessifs de bois de feu et la surexploitation des ressources fourragères aggravent encore la situation (CESE, 2023). Une analyse bibliographique récente a confirmé le recul du couvert forestier marocain entre 1964 et 2021 dans diverses régions (Serbouti et al., 2023).

Une consultation citoyenne lancée en 2023 par le CESE, auprès de 388 répondants, a révélé que 84 % d'entre eux jugent que les forêts marocaines sont dégradées. Les principales causes identifiées sont la surexploitation des ressources forestières (61 % des répondants), suivie du changement climatique (53 %) et de l'urbanisation mal contrôlée (48 %). Plus de la moitié des participants recommandent une gestion rationnelle des ressources forestières (64 %) ainsi qu'une implication accrue des populations dépendantes dans la gestion des écosystèmes forestiers (58 %) pour améliorer la situation (CESE, 2023).

Face à cette réalité, l’administration forestière a été contrainte d'intervenir pour freiner la détérioration des ressources, en adoptant des approches évolutives qui prennent en compte les interactions complexes entre les facteurs naturels et humains.

Pour relever ces défis, une nouvelle stratégie forestière « Forêts du Maroc 2020-2030 » a été adoptée à partir de 2020. Elle vise à rendre le secteur forestier plus compétitif et durable, en mettant en place un modèle de gestion inclusif apte à favoriser la création de richesses tout en préservant les ressources. Ses objectifs ambitieux incluent la récupération de plus de 133 000 hectares de couvert forestier dégradé au cours des 30 dernières années, grâce à la reforestation de 50 000 à 100 000 hectares par an d'ici 2030, la création de 27 500 emplois directs et l'augmentation des revenus des filières de production et de l'écotourisme à 5 milliards de dirhams par an (CESE, 2023).

Pour atteindre ces objectifs, la stratégie se concentre sur quatre axes principaux. Premièrement, elle vise à redéfinir l'approche participative. Deuxièmement, elle cherche à différencier les espaces forestiers selon leur vocation de production, de protection ou de récréation. L'objectif est de promouvoir une économie forestière attractive et valorisante notamment par des concessions à conclure dans les espaces à haut potentiel productif. Troisièmement, elle cible la modernisation du cœur de métier, à travers la digitalisation et l'optimisation des techniques sylvicoles. Quatrièmement, elle ambitionne de restructurer l'administration en une Agence à autonomie financière et employant un personnel spécialisé dans les trois domaines : la police des eaux et forêts, le développement de partenariats et l'animation, ainsi que le génie forestier. En parallèle, il est prévu d'améliorer le Code forestier et de créer un pôle de formation et de recherche.

Nouvelles orientations stratégiques et nouvelle structure forestière

La création de l'Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) en 2020 s'inscrit dans la concrétisation de la stratégie forestière 2020-2030, témoignant d'une volonté de moderniser la gestion forestière en intégrant des objectifs économiques, sociaux et environnementaux. Cette restructuration a permis à l'administration forestière de devenir un établissement public doté de la personnalité morale et de l'autonomie financière. Ses sources de financement proviennent, entre autres, des recettes générées par la valorisation des produits forestiers et des divers services offerts par l'ANEF. Cette réorganisation vise à consolider l’administration forestière par la création d'entités spécialisées, telles que la Direction de l'audit et des risques, qui renforce la gouvernance de la structure grâce à l'évaluation de la performance et à la prévention des risques, conformément à la loi cadre n° 50-2122 (art. 39) relative à la réforme des établissements publics.

La nouvelle Direction du patrimoine forestier assure la continuité dans la sécurisation du domaine forestier et améliore l'exercice de la police des eaux et forêts en adaptant les pratiques et les ressources aux enjeux évolutifs de la délinquance forestière.

La Direction des parcs nationaux, des aires protégées et de la protection de la nature est responsable de la conservation de la biodiversité, de la lutte contre la désertification et de la valorisation du réseau des dix parcs nationaux, tout en visant à développer la filière écotouristique. Parallèlement, la Direction de la reforestation, des risques climatiques et environnementaux se concentre sur les aspects du génie forestier, tels que la reforestation, l'aménagement des bassins versants, la lutte contre les feux de forêts et la gestion des risques climatiques.

En outre, la Direction de l’économie forestière, de l’animation territoriale et du partenariat est chargée de réinventer l’approche participative, favorisant l'implication des usagers dans la gestion forestière et les transformant en partenaires actifs dans la préservation et la valorisation durable des ressources. La Direction du capital humain et de la logistique, ainsi que la Direction financière et des solutions digitales jouent un rôle essentiel dans la gestion des ressources humaines, logistiques et financières, tout en soutenant la digitalisation des activités du secteur.

Pour concrétiser la séparation des trois pôles de métiers et favoriser la spécialisation des cadres forestiers, des départements centraux spécialisés ont été créés. Ces départements veillent à ce que chaque fonction soit gérée efficacement, avec des services implantés au niveau régional pour superviser et encadrer les activités sur le terrain, y compris les services régionaux de la police des eaux et forêts et du génie forestier. Cette réorganisation permet d'améliorer l’efficacité de la gestion des ressources forestières grâce à une approche intégrée et ciblée.

Par ailleurs, cette transformation doit également se concrétiser au niveau des unités provinciales et territoriales. L'analyse de la structure de l'ANEF par rapport aux axes et aux orientations de la stratégie « Forêts du Maroc 2020-2030 » confirme l'adéquation de la structure aux ambitions stratégiques. Toutefois, la concrétisation de ces objectifs demeure tributaire de la mobilisation des moyens nécessaires pour les réaliser.

Réformes législatives de la gouvernance forestière sous l'égide de la nouvelle stratégie « Forêts du Maroc 2020-2030 »

Depuis 2020, l'évolution du cadre réglementaire et juridique en matière de gestion et de gouvernance forestière au Maroc a été marquée par des réformes significatives. La promulgation de la loi n° 52-20 en 2020 a constitué un tournant majeur en établissant l'Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) et en introduisant des mécanismes de gouvernance plus flexibles. Cette loi a permis la mise en place d'une nouvelle structure administrative, essentielle pour moderniser la gestion forestière en intégrant des objectifs économiques, sociaux et environnementaux.

L'arrêté n° 714-22 du 2 mars 2022, qui amende l'arrêté n° 1855-01 du ministre délégué auprès du ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Eaux et Forêts (21 mars 2002), vise à actualiser les conditions de demande et d’octroi de la compensation pour mise en défens du domaine forestier. Ce texte élargit la notion de droit d'usage aux usagers de l'espace sylvopastoral, tout en rehaussant le montant de la compensation du droit de parcours, qui peut désormais aller de 250 Dh/ha à 1 100 Dh/ha. Il précise également les espèces concernées dans les espaces à reboiser ou à restaurer, les conditions de taux de réussite des plantations mises en défens, ainsi que les délais et la superficie minimale à mettre en défens.

Le décret n° 2-18-242, pris le 27 avril 2021, a été élaboré pour appliquer certaines dispositions de la loi n° 22-07 relative aux aires protégées. Ce texte définit les conditions de création, d'aménagement et de gestion des aires protégées, ainsi que les modalités de délégation de leur gestion.

En 2023, le décret relatif aux marchés publics a remplacé le règlement intérieur des marchés publics de l'ANEF. Cet outil juridique est crucial pour la gestion, l'engagement et la liquidation des dépenses, renforçant ainsi la transparence et l'efficacité des opérations financières au sein de l'agence.

Malgré ces avancées, la reconnaissance des droits d'usage des riverains a parfois facilité certaines pratiques illicites. Cela a permis à des individus de se livrer à des exploitations forestières illégales, allant d'infractions mineures à des actes de vol de produits forestiers destinés à la vente (Madani, 2018). Les dispositions de la loi forestière de 1917 ne suffisent plus à encadrer ces pratiques. Une réforme est donc nécessaire pour requalifier ces actes en crimes de vol, avec des sanctions plus dissuasives.

État d’avancement de la concrétisation de la stratégie forestière

Depuis 2020, l'Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) a engagé une phase déterminante dans la gestion forestière du Maroc, en alignant les actions menées avec la stratégie « Forêts du Maroc 2020-2030 ». Tous les chantiers de cette stratégie sont actuellement en cours de concrétisation, et une évaluation des résultats sera pertinente à l'horizon 2030, date limite fixée par cette initiative.

Entre 2020 et 2024, l'ANEF a immatriculé 480 000 hectares de foncier forestier et prévoit l'immatriculation de 250 000 hectares supplémentaires d’ici 2025, marquant ainsi une avancée significative dans la sécurisation du domaine forestier (Jnina, 2025). La mise en œuvre de nouvelles approches, notamment le renforcement du partenariat avec les populations riveraines et l'amélioration de la surveillance par la police des eaux et forêts, a conduit à une diminution progressive des infractions liées aux délits forestiers, avec une baisse de 38 % entre 2020 et 2024 (Jnina, 2025). Ces résultats positifs témoignent de l'efficacité des mesures adoptées, en particulier le renforcement de la surveillance et des sanctions.

L'ANEF a également intégré des techniques et technologies innovantes pour atteindre ses objectifs. Parmi celles-ci figurent des méthodes de plantation économes en eau et l'utilisation de drones pour surveiller et contrôler les travaux de sol ainsi que les plantations. De plus, l'agence projette de mettre en œuvre un programme national ambitieux et structuré de reforestation, visant à garantir la réussite des zones reboisées, inverser la dédensification23 des forêts et restaurer la couverture globale du domaine forestier. Elle ambitionne également d'instaurer un programme ambitieux de digitalisation des métiers et des programmes forestiers. Ce chantier d'envergure est primordial pour garantir la pertinence, l'accompagnement et le succès des projets forestiers.

Pour atteindre les objectifs d'Aichi24, chaque pays doit porter la superficie des aires protégées à 17 % des zones terrestres et 10 % des zones marines (Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique (SCDB), 2012). Actuellement, au Maroc, ces aires ne couvrent que 3,76 % des terres et 0,25 % des zones maritimes. Pour renforcer ce réseau, l'ANEF a lancé une enquête publique en 2024 portant sur la création de sept parcs naturels et deux réserves naturelles (Bulletin officiel en arabe n° 7282 du 3 ramadan 1445 (14 mars 2024)).

En matière d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, la Contribution déterminée nationale du Maroc témoigne de son engagement à réduire ses émissions de 42 % d'ici 2030. La responsabilité de l'ANEF dans l'effort d'atténuation cumulé sur la période 2020-2030 est de 4,3 % (MEMEE25, 2021). Cette contribution passe par la mise en place de mesures de lutte contre l'érosion sur 1 500 000 hectares dans 22 bassins prioritaires et la restauration et le reboisement de 600 000 hectares d'ici 2030 (Picard, 2019).

En 2023, un diagnostic genre sectoriel participatif a été mené, permettant de définir une feuille de route pour renforcer l’intégration de la dimension genre dans la budgétisation (Zerrour, 2023). Des cycles de formation ont également été organisés pour les responsables de l'ANEF afin de développer leurs compétences dans l'application de cette approche budgétaire.

En résumé, les efforts de l'ANEF depuis 2020 illustrent une volonté forte de moderniser la gestion forestière au Maroc. Ces initiatives posent les bases d'un avenir durable pour les ressources forestières, tout en répondant aux défis environnementaux et sociaux actuels.

Synthèse et discussions

L'évolution de la gouvernance forestière au Maroc a débuté en 1913 avec la création de l'administration forestière. Elle se décline en cinq phases interdépendantes. Ces phases sont façonnées par les interactions entre le contexte politico-social national, les influences internationales et leurs répercussions sur le secteur forestier. Cette dynamique a engendré un corpus législatif forestier cumulatif, établissant des mécanismes de protection des ressources, ainsi qu'une structure administrative adaptative, reflétant les spécificités de chaque phase. L'analyse de cette trajectoire révèle un parcours riche en enseignements, avec des avancées notables mais aussi des défis persistants.

La première phase (1912-1950) a marqué une transition de l'exploitation communautaire anarchique vers une gestion centralisée par l'État, intégrant progressivement les préoccupations sociales. Les fondements de la gouvernance forestière ont été posés par la création du Service forestier, l'instauration du Code forestier, la délimitation du domaine forestier et la création des premiers parcs naturels. Cette période a été cruciale pour établir l'autorité de l'État sur les ressources forestières, s'inspirant des modèles coloniaux de gestion centralisée observés dans d'autres pays maghrébins et ailleurs (Bergeret, 1993). Cette création témoigne d'une prise de conscience relativement précoce par les autorités de l'importance des ressources forestières, que ce soit en termes économiques (produits forestiers ligneux et non ligneux), de protection des sols et des eaux, ou de leur rôle social. Cependant, cette centralisation s'est souvent faite au détriment des droits et des pratiques traditionnelles des communautés locales, semant les graines de futurs conflits et d'une participation limitée.

La deuxième phase (1950-1998) a suivi la ratification des conventions internationales par le Maroc. Durant cette période, la Direction des eaux et forêts (DrEF) a élaboré des documents de planification (PDR, PDAR, PNABV) pour orienter la conservation et le développement forestiers. Le dahir du 20 septembre 1976 officialisait également la participation de la population à l'économie forestière. Cette phase a reflété une prise de conscience croissante des enjeux environnementaux globaux et une tentative d'intégrer les populations locales dans les stratégies de développement forestier. Cependant, la mise en œuvre de cette participation a souvent été limitée et descendante, ne répondant pas toujours aux besoins et aux aspirations des communautés (Moufaddal, 2008 ; Aubert, 2010).

Pendant la troisième phase (1998-2003), le Ministère chargé des eaux et forêts (MCEF) a conçu le Plan forestier national (PFN), première stratégie nationale forestière, ainsi que le premier Programme national de lutte contre la désertification (PPANLCD) en 2001, signalant une volonté de planification stratégique à long terme. Cette phase a lancé la réflexion sur les approches d’intégration et de la promotion de la participation de la population dans la gestion forestière.

La quatrième phase a vu le Haut-commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (HCEFLCD) prioriser la sécurisation du domaine forestier, avec une augmentation significative du taux d'immatriculation, et expérimenter l'approche participative pour impliquer les riverains dans la gestion forestière. Cette phase a marqué une reconnaissance plus explicite de la nécessité d'associer les populations locales à la gestion, tirant les leçons des limites des approches purement descendantes. Des campagnes de reboisement ont été menées sur différentes échelles pour lutter contre la déforestation et la dégradation des terres, contribuant à la reconstitution du couvert forestier, dont les réussites restent très tributaires des conditions climatiques.

Depuis 2020 (cinquième phase), l'accent a été mis sur l'équilibre entre les fonctions économiques, sociales et environnementales, avec des axes stratégiques en cours de concrétisation dans le cadre de la stratégie « Forêts du Maroc 2020-2030 ». Cette nouvelle stratégie ambitionne de moderniser le secteur, de renforcer sa contribution économique et de le rendre plus résilient face aux défis environnementaux et sociaux, en mettant potentiellement davantage l'accent sur la valorisation des produits forestiers non ligneux et sur la redéfinition de l’approche participative et la réconciliation avec la population.

L'analyse de l'évolution du corpus législatif et juridique sur les forêts, tout au long des cinq phases, a révélé une certaine influence de l'expérience des autres pays maghrébins, notamment des modèles algérien et tunisien (Bergeret, 1993). Ce corpus s'est développé progressivement entre 1912 et 1950 et a posé les bases d'une gestion étatique des forêts. Il encadre l'exploitation forestière, les droits d'usage, la verbalisation des infractions et délits forestiers, etc. Depuis 1950, la législation forestière a peu évolué, à l'exception des lois sur la biodiversité (n° 22-07 du 16 juillet 2010 sur les aires protégées et n° 29-05 du 2 juillet 2011 sur la protection des espèces sauvages) qui ont renforcé les sanctions des délits de dégradation de la biodiversité. Cependant, des incohérences subsistent entre les lois et la gravité des infractions commises, particulièrement les amendes (prévues par le dahir du 10 octobre 1917) jugées peu dissuasives et inadaptées face aux infractions d’incendies de forêts et de vol de produits forestiers de grande valeur commerciale (Madani, 2018). Cette stagnation législative a créé un décalage croissant entre le cadre juridique et les réalités du terrain, entravant une gestion forestière efficace, durable et dissuasive pour les délinquants. La lutte contre les infractions forestières reste donc un défi majeur. Ces infractions incluent les coupes illégales, les feux de forêt intentionnels et les défrichements illégaux. Ce défi est dû à des moyens de surveillance parfois limités et à des complexités socio-économiques. Bien que le Code forestier reconnaisse certains droits d'usage, ses dispositions ne permettent pas réellement d’assurer un encadrement clair et adapté à la réalité de terrain pour permettre une gestion réellement concertée et participative des forêts.

Une révision du Code forestier de 1917 serait nécessaire pour moderniser la législation et l'adapter aux enjeux contemporains, tels que les relations avec la population usagère, l'évolution des modes de vie, et les pressions anthropiques. Cette réforme sera une occasion de formaliser les orientations de la nouvelle stratégie forestière et d'intégrer des principes clés tels que la participation et l'organisation avancée des usagers, le développement économique des forêts et de leurs filières, l'organisation structurée des professions forestières, et l'incitation à l'investissement privé.

Concernant l’évolution de l’institution responsable de la gestion forestière, celle-ci est passée d'un simple service centralisé (1913) à l’actuel réseau national de représentations provinciales et locales. L'internationalisation des débats environnementaux a influencé le secteur, l'incitant à s'inspirer d'expériences internationales et à élargir le rôle de l’administration, pour englober de nouvelles missions comme la lutte contre la désertification, l'atténuation du changement climatique, la conservation de la biodiversité et la gestion intégrée des bassins versants. Ceci a entraîné des restructurations internes progressives et de grande taille. Cependant, la multiplicité des rôles des agents forestiers complique la gestion participative et en affaiblit l'efficacité (Aubert, 2010). Ces contraintes appellent à la mise en place de nouvelles approches d’organisation et de répartition des missions entre les équipes, en favorisant la spécialisation des équipes autour de trois métiers distincts : la police des eaux et forêts, l'animation territoriale et le génie forestier. Cette spécialisation pourrait renforcer l'expertise et l'efficacité de l'administration sur des aspects clés de la gouvernance forestière. Face à la diversité des missions et à l’étendue des écosystèmes à gérer, l'administration forestière souffre de ressources financières et humaines insuffisantes pour mettre en œuvre efficacement ses stratégies et assurer une surveillance adéquate du vaste domaine forestier marocain (M'Hirit et Benchekroun, 2006).

L'analyse rétrospective de la politique forestière entre 1913 et 2024 a permis d'identifier des enseignements cruciaux pour l'avenir du développement et de la conservation des forêts, notamment :

  • La nécessité d'une approche inclusive : le développement et la conservation durables de tout territoire exigent l'implication active et concertée de l'ensemble de ses composantes et parties prenantes ;
  • La gouvernance forestière holistique : une gouvernance forestière efficace doit intégrer les dimensions techniques (adoption de techniques et technologies adaptées au changement climatique), sociales (prise en compte des besoins des populations utilisatrices, hommes et femmes) et économiques (valorisation des produits forestiers et optimisation des chaînes de valeur) ;
  • La flexibilité des instruments juridiques : il est impératif de concevoir des instruments juridiques suffisamment souples pour s'adapter dynamiquement aux évolutions du contexte socio-politique ;
  • Le renforcement des capacités institutionnelles : les structures responsables de la gestion forestière doivent être dotées des ressources humaines et matérielles adéquates pour assurer le bon déroulement des programmes et l'application effective de la réglementation ;
  • Le changement climatique est une donnée structurelle à prendre en compte dans la conception et la concrétisation des stratégies forestières : pour une adaptation efficace des forêts aux changements climatiques, une approche souple est nécessaire, combinant une politique forestière claire, une planification territoriale adaptable et des pratiques d'aménagement flexibles. Cette approche vise à renforcer la résilience naturelle des espèces et des habitats forestiers tout en atténuant les pressions anthropiques qui accroissent leur vulnérabilité face à la variabilité climatique (M'Hirit et Et-Tobi, 2010).

En l'absence de la politique forestière adoptée depuis 1913, les conflits d'usage des terres auraient pu s'intensifier. La politique forestière, avec ses instruments juridiques et la présence d'une administration en charge d'appliquer le régime forestier, a favorisé la régulation de ces interactions et la limitation de leurs impacts. Sans cette politique forestière, et sans ses instruments juridiques et administratifs, les forêts auraient été privatisées, les droits d'usage des riverains auraient été perdus, et les espaces de conservation de la biodiversité auraient été réduits, dynamisant une érosion de la diversité biologique faunistique et floristique.

L’évaluation par rapport aux Objectifs de développement durable (ODD) de l'Agenda 2030, montre que la politique forestière marocaine, avec ses multiples facettes, constitue un pilier essentiel à la réalisation de ces ODD. Les programmes d'aménagement des bassins versants contribuent significativement à l'ODD 6, relatif à la gestion durable des ressources en eau. Simultanément, les initiatives de reforestation, de sylviculture et de lutte contre la déforestation soutiennent activement les ODD 13 (atténuation du changement climatique) et 15 (conservation des écosystèmes terrestres). De plus, l'intégration d'une budgétisation sensible au genre, la priorisation de la création d'emplois, et la prise en compte des données sociales dans la conception des stratégies et des programmes, renforcent la contribution de la politique forestière marocaine à d'autres ODD importants. Ces derniers incluent l'éradication de la pauvreté (ODD 1), la lutte contre la faim et la garantie de la sécurité alimentaire (ODD 2), la promotion de la santé et du bien-être (ODD 3), la création d'emplois décents (ODD 8), et l'inclusion des femmes dans le développement socio-économique (ODD 5). Ce qui souligne ainsi l'importance d'une approche holistique pour le développement durable, reconnaissant l'interdépendance des enjeux environnementaux, sociaux et économiques.

Malgré les politiques et programmes de conservation et de développement adoptés, la forêt marocaine reste exposée à une dégradation continue. Historiquement, et encore aujourd'hui dans certaines régions, une forte pression économique sur les ressources forestières (bois, pâturage, produits non ligneux) a conduit à une surexploitation des écosystèmes (DEF-MAPMDREF, 2020). Certes, l'application d'approches et d'instruments variés, incluant les dispositifs législatifs, fiscaux, économiques, et les accords avec les parties prenantes, a permis de conserver ce que la forêt marocaine représente actuellement. Elle a réalisé des acquis en termes de sécurisation et de protection du domaine forestier, d'établissement d'aires protégées, d'inscription de zones humides comme sites RAMSAR, d'installation de dispositifs de lutte contre l'érosion, et des campagnes de reboisement. Cependant, ces efforts n'ont pas toujours suffi à inverser la tendance à la dégradation, soulignant la complexité des facteurs en jeu et la nécessité d'une approche plus intégrée et adaptative (Jnina, 2025). Un manque de coordination efficace avec d'autres secteurs (agriculture, tourisme, développement rural) peut parfois conduire à des politiques contradictoires et à des impacts négatifs sur les forêts.

Le défi reste important, dans un contexte complexe caractérisé par une population riveraine en forte croissance démographique, dont les moyens de subsistance dépendent étroitement des forêts. Un contexte dans lequel les forêts sont influencées par des facteurs abiotiques (incendies) et biotiques (ravageurs et maladies) et par les effets du changement climatique qui exacerbent la dégradation des ressources et limitent l'efficacité des interventions. Les forêts marocaines sont de plus en plus vulnérables aux effets du changement climatique et aux aléas naturels, ce qui met à rude épreuve les capacités de gestion et de résilience.

Alors que les politiques forestières d’autres pays promeuvent l’accroissement des capacités de production en vue de renforcer la valeur ajoutée des produits forestiers et, par conséquent, les avantages socioéconomiques (FAO, 2014), la politique forestière marocaine a visé principalement la sécurisation du domaine, la protection et la conservation des forêts. Par ailleurs, le Maroc reste parmi les pays ayant adapté leur politique forestière en y faisant référence à la gestion durable des forêts. Afin de moderniser et de pérenniser son secteur, le pays a pris des mesures pour soutenir les coopératives forestières, favorisant ainsi la gestion durable des forêts et la valorisation des produits forestiers non ligneux (FAO, 2014). La promotion du processus de concession dans le cadre de la nouvelle stratégie, peut constituer une bonne alternative pour l’accès aux ressources et un moyen efficace pour renforcer les avantages socioéconomiques au niveau local.

L'évolution future de la gouvernance forestière au Maroc devra s'appuyer sur les leçons tirées du passé pour consolider les acquis et surmonter les défis persistants, en favorisant une participation accrue des communautés locales, une application rigoureuse de la loi, une coordination intersectorielle renforcée et une valorisation durable des multiples services écosystémiques des forêts.

La phase actuelle, avec la stratégie « Forêts du Maroc 2020-2030 », vise à établir un secteur forestier moderne, productif et résilient, mettant l'accent sur l'équilibre entre les enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Elle a été conçue sur la base des différents enseignements tirés des phases précédentes. Son succès dépendra de la disponibilité des moyens suffisants pour la mise en œuvre des programmes, de conditions climatiques favorables, du succès des solutions d’adaptation au changement climatique, de l'engagement des partenaires, de la révision de la loi forestière, etc. L'évaluation des résultats de cette dernière phase, à l’échéancier fixé de 2030, sera essentielle pour orienter l'avenir de la politique forestière.

Conclusion

La politique forestière au Maroc, qui s'est développée au fil des décennies, s’est adaptée aux défis environnementaux et socio-économiques croissants. Depuis l'établissement de l'administration forestière sous le Protectorat, jusqu'à la création récente de l'Agence nationale des eaux et forêts (ANEF), chaque phase a été marquée par des réformes significatives et une prise de conscience accrue de l'importance de la gestion durable des ressources forestières.

Les résultats obtenus, notamment en matière de délimitation des forêts, de protection de la biodiversité et de lutte contre la déforestation, témoignent des avancées réalisées. Cependant, des défis subsistent, tels que la dégradation continue des écosystèmes forestiers et la nécessité d'une plus grande implication des communautés locales dans la gestion des ressources. La nouvelle stratégie forestière 2020-2030, avec ses objectifs ambitieux de reforestation et de durabilité, représente une opportunité cruciale pour redresser la situation.

À l'avenir, la réussite de cette stratégie dépendra de la mobilisation des moyens nécessaires et de l'engagement des parties prenantes à tous les niveaux. Il est essentiel de renforcer la collaboration entre l'État, les collectivités locales et les acteurs de la société civile afin d'assurer une gestion intégrée et durable des forêts du Maroc. C'est en unissant les efforts et en adoptant une approche participative réelle que le pays pourra préserver ses richesses naturelles pour les générations futures.

Notes

  • 1. ANEF : Agence nationale des eaux et forêts.
  • 2. DEF-MAPMDREF : Département des eaux et forêts-Ministère de l’agriculture de la pêche maritime, du développement durable et des eaux et forêts.
  • 3. HCEFLCD : Haut-commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification.
  • 4. MTEDDM : Ministère de la transition énergétique et du développement durable du Maroc.
  • 5. CESE : Conseil économique, social et environnemental.
  • 6. L'objectif de la gestion durable des forêts, selon l'Assemblée générale des Nations Unies, est de préserver et d'améliorer les valeurs économiques, sociales et environnementales de toutes les forêts, au bénéfice des générations actuelles et futures. Elle repose sur la capacité des écosystèmes à se régénérer et sur l’adaptation des pratiques humaines pour une productivité et une bonne santé à long terme des écosystèmes (HLPE, 2017).
  • 7. Le BO est une publication en arabe et en français de l'État marocain, consignant les textes des lois, des dahirs, des décrets et des traités internationaux.
  • 8. Le terme Sunnah désigne littéralement « la voie » ou « la pratique ». Dans le contexte islamique, il se réfère à l'ensemble des paroles, actes et approbations du prophète Mohammed (PSL). Pour les spécialistes, elle est définie comme tout ce qui a été rapporté du prophète, qu'il s'agisse de son comportement, de ses qualités ou de ses déclarations. La Sunnah a un statut fondamental dans l'islam : elle est considérée par la majorité des savants comme la deuxième source de législation après le Coran. Elle clarifie les principes coraniques et fournit des modèles de conduite pour la vie des musulmans. La Sunnah est transmise à travers des récits appelés Hadiths (Ibrahim, 2022).
  • 9. Une terre morte ne doit appartenir à personne et être non utilisée pour des activités de dépendance, telles que le pâturage, la collecte de bois ou d'autres usages communautaires : https://ar.wikipedia.org/wiki/%D8%A5%D8%AD%D9%8A%D8%A7%D8%A1_%D8%A7%D9%84%D9%85%D9%88%D8%A7%D8%AA
  • 10. Les premières campagnes militaires arabes dans la région du Maghreb ont commencé en 647 après J.-C., et ont continué jusqu'en 709. Ces conquêtes ont conduit à l'entrée de l'islam dans la région et à son intégration au Califat omeyyade, un événement connu sous le nom de « Conquête islamique du Maghreb ».
    Au milieu du XIe siècle, la dynastie des Almoravides a émergé comme un mouvement de réforme religieuse dans le désert du Sahara. Les Almoravides ont rapidement établi un vaste empire qui s'est étendu du Maghreb occidental jusqu'à l'Andalousie. Leur règne n'était pas une conquête arabe, mais la fondation d'un nouvel État islamique d'origine amazighe, qui a politiquement et religieusement réunifié le Maroc.
    Durant la même période, les Fatimides d'Égypte ont envoyé des tribus arabes bédouines, principalement les Banu Hilal et les Banu Sulaym, au Maghreb. Ces migrations ont eu un impact profond sur la société maghrébine, contribuant à l'arabisation des populations et modifiant la nature de l'économie, qui est passée de l'agriculture à l'élevage. Ces événements ont laissé une forte empreinte culturelle et sociale qui perdure encore aujourd'hui (Lacoste 1988).
  • 11. Un dahir est une décision du Sultan du Maroc, c’est un décret royal souvent judiciaire ou législatif. Dans la législation marocaine, ce terme désigne le sceau du roi apposé sur les textes de lois votés au parlement.
  • 12. BO n°1 du 1er novembre 1912 (p. 6).
  • 13. Tant que les opérations de délimitation n'ont pas été effectuées, ces biens sont présumés domaniaux ; complété par la disposition interprétative du dahir n° 1-60-126, daté du 26 moharrem 1380 (21 juillet 1960) : pour l'application de cette présomption, doit être considéré comme forêt domaniale, tout terrain occupé par un peuplement végétal ligneux d'origine naturelle (article premier (b) du dahir du 10 octobre 1917 sur la conservation et l’exploitation des forêts).
  • 14. La délimitation des terrains forestiers consiste à établir les limites matérielles et juridiques des propriétés domaniales par une commission désignée, tandis que l'homologation fixe de manière irrévocable la consistance matérielle et l'état juridique de l'immeuble délimité, prononcée par un arrêté viziriel inséré au Bulletin officiel (dahir du 3 janvier 1916, portant règlement spécial sur la délimitation du domaine de l’État).
  • 15. La Maâmora : la forêt de la Maâmora (Maroc) est une vaste subéraie de plaine avec une superficie de plus de 130 000 hectares (Puyo, 2014).
  • 16. La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES) en 1975, la Convention Ramsar sur les zones humides d'importance internationale en 1980, la Convention sur la conservation des espèces migratrices (CMS) en 1993 (Secrétariat CMS-NU, 2019), la Convention sur la diversité biologique (CDB) en 1995, l'Accord sur la conservation des oiseaux d'eau migrateurs d'Afrique-Eurasie, entré en vigueur en 2012 (Secrétariat PNUE/AEWA, 2016), etc.
  • 17. BO n° 2228 du 8 Juillet 1955 (p. 1014).
  • 18. Arrêté du ministre délégué auprès du ministre de l’agriculture, du développement rural et des eaux et forêts, chargé des eaux et forêts n° 1855-01 du 6 moharrem 1423 (21 mars 2002) fixant les limites, conditions et modalité de demande et d'octroi de la compensation pour mises en défens du domaine forestier à exploiter ou à régénérer.
  • 19. La jma’a est : « une assemblée, un cadre sociopolitique "informel" qui permet aux membres d’une communauté rurale (souvent un village ou un groupement de villages) de se rencontrer pour discuter des questions relatives à l’organisation des biens collectifs tels que les parcours, la mosquée et les équipements hydrauliques. Les réunions sont irrégulières et se tiennent chaque fois que des membres de la jma’a le décident. » (Rachik, 2016).
  • 20. L’agdal est une pratique de gestion communautaire visant à protéger des ressources spécifiques sur un territoire délimité. Il s’agit de l’organisation de l’utilisation des ressources à des moments clés de l’année par un groupe social bien défini. Une caractéristique fondamentale de l’agdal est l'alternance entre des périodes d’ouverture et de fermeture, en fonction du cycle biologique des plantes (Romagny et al., 2018).
  • 21. Fours économiques en termes de consommation de bois de chauffage, avec un rendement thermique meilleur, et multi-usages (cuisson, préparation du pain, chauffage, chauffe-eau et séchage des vêtements).
  • 22. Dahir n° 1-21-89 du 15 hija 1442 (26 juillet 2021) portant promulgation de la loi-cadre n° 50-21 relative à la réforme des établissements et entreprises publics.
  • 23. La dédensification du couvert forestier est le processus par lequel la densité des arbres dans une forêt diminue.
  • 24. Objectifs d'Aichi : adoptés en octobre 2010 lors de la Conférence de Nagoya sur la biodiversité (CDB), les « Objectifs d'Aichi » constituent le « Plan stratégique pour la diversité biologique 2011-2020 » pour la planète. Au nombre de vingt, ces objectifs tirent leur nom de la préfecture d'Aichi, au Japon, où la conférence a eu lieu. Ils représentent un plan d'action mondial destiné à préserver la biodiversité (https://fr.wikipedia.org/wiki/Objectifs_d%27Aichi).
  • 25. MEME : Ministère de l'énergie, des mines et de l'environnement.

Références

  • ANEF. (2022a). Les effectifs des ressources humaines de l’ANEF (Avril 2022).
  • ANEF. (2022b). Situation juridique du domaine forestier du Maroc.
  • ANEF. (2023). Plan directeur intersectoriel, gestion intégrée des incendies de forêts au Maroc, Document global, Plan d’action 2023-2030. Rabat : ANEF. 199 p. https://doi.org/2023MO4279 199 p.
  • ANEF. (2024a). Forêts En Chiffres. http://www.eauxetforets.gov.ma/ForetsMarocaines/ForetsChiffres/Pages/Forets-En-Chiffres.aspx
  • ANEF. (2024b). Biodiversité au Maroc. http://www.eauxetforets.gov.ma/Biodiversite/Biodiversité au Maroc/Pages/Biodiversité-au-Maroc.aspx
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Auteurs


Mounia Achbah

https://orcid.org/0009-0008-4338-1241

Pays : Morocco


Abdellatif Khattabi

Pays : Morocco


Taieb Boumaaza

Pays : Morocco

Pièces jointes

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