Luglia (Rémi) : Vivre en castor. Histoires de cohabitations et de réconciliation
Paris : Éditions Quae, 2024. 159 pages
ISBN papier : 978-2-7592-3884-2
Prix : 22 euros
Adresse de l’éditeur : Éditions Quae — RD 10 — F-78026 VERSAILLES Cedex
Site internet : https://www.quae.com

Gros rongeur semi-aquatique proche de l’extinction à la fin du XIXe siècle, le Castor d’Europe (Castor fiber) est de nouveau présent dans de nombreux pays grâce notamment aux mesures d’interdiction de la chasse, à la protection des habitats et aux réintroductions. Ces mesures ont permis une recolonisation des territoires anciennement occupés et, depuis plusieurs décennies, le Castor d’Europe retrouve sa place dans les écosystèmes liées à l’eau dans les rivières et les fleuves européens. Cet ouvrage de Rémi Luglia est original dans le sens qu’il associe différentes approches naturalistes, éthologiques, historiques, sociologiques… pour apporter les connaissances fondamentales sur le Castor d’Europe aux lecteurs (spécialistes ou non) mais également pour illustrer la difficulté des études sur la faune sauvage et la complexité des relations (et les évolutions dans le temps) entre les humains et cette nature sauvage. De par son comportement, le Castor d’Europe est considéré comme un véritable « ingénieur de l’écosystème » qui peut aider à restaurer et renaturer des écosystèmes dégradés ce qui oblige les humains à se questionner sur le retour du « Sauvage » dans les paysages et sur l’acceptation de ce retour.
L’ouvrage de 159 pages se présente en 9 chapitres abordant des questions comme « pourquoi et comment étudier les castors ? », « devenir un castor protégé », « renaturer par le castor » ou encore « Une cohabitation est-elle possible ? ». À la fin de l’ouvrage, l’auteur présente une bibliographie générale sur la nature et les animaux (6 pages) et une spécifique sur le castor (9 pages). Un court glossaire (3 pages) est également présenté. Le vocabulaire utilisé par Rémi Luglia est très accessible et la lecture est aisée même pour les non-spécialistes. Même si quelques photos illustrent l’ouvrage, l’iconographie aurait mérité d’être plus importante.
Cet ouvrage de qualité trouvera sa place dans les bibliothèques des naturalistes, des universitaires, des spécialistes des aménagements des cours d’eau mais également chez tous les curieux de la nature désirant en apprendre davantage sur le castor. Pour tous les lecteurs, cet ouvrage donne à réfléchir sur la place du « Sauvage » et de l’homme dans les écosystèmes et sur l’intérêt à considérer le « Sauvage » non pas comme une menace mais comme un atout pour maintenir ces écosystèmes liés à l’eau dans nos paysages.
François Lebourgeois
Robinet (Christelle), Saintonge (François-Xavier), Tassus (Xavier), Brault (Stéphane), coord. : Invasion et expansion d’insectes bioagresseurs forestiers. Quels risques pour la forêt française dans le contexte des changements globaux ?
Paris : Éditions Quae, 2025. 312 pages
ISBN papier : 978-2-7592-4047-0
Prix : 30 euros
Adresse de l’éditeur : Éditions Quae — RD 10 — F-78026 VERSAILLES Cedex
Site internet : https://www.quae.com

Avec le changement climatique, la forêt française est soumise à davantage d’aléas climatiques (sécheresses, températures extrêmes, gels…) avec des effets directs mais également indirects sur la santé des forêts via l’apparition de conditions propices aux insectes bioagresseurs indigènes et exotiques. Face aux changements en cours et attendus, et aux conséquences potentielles sur les écosystèmes forestiers, il est apparu important de faire un état des lieux sur ces bioagresseurs et de présenter les informations scientifiques les plus récentes pour appréhender le mieux possible les conséquences et les risques pour les forêts. Si le changement climatique est une cause centrale dans l’expansion des insectes ravageurs, le développement du commerce international est également un facteur capital dans l’apparition de « nouveaux » insectes sur des territoires encore non colonisés. Une des originalités de cet ouvrage est qu’il présente des cas d’invasions en lien avec le changement climatique et avec l’expansion du commerce international. Il questionne également la problématique des « nouvelles essences » ou la migration des espèces pour adapter les forêts aux nouvelles conditions environnementales, et les déplacements concomitants des bioagresseurs. Bien évidemment, la problématique de la surveillance et de l’évaluation des risques est largement abordée.
Cet ouvrage collectif de soixante auteurs, coordonné par quatre spécialistes du domaine, est un ouvrage scientifique de première importance destiné davantage aux chercheurs, aux gestionnaires voire aux décideurs. Cependant, des non-spécialistes ayant une culture scientifique et désirant acquérir des connaissances sur les effets des insectes bioagresseurs sur les arbres forestiers trouveront dans ce livre tous les renseignements nécessaires.
L’ouvrage est organisé en 6 parties, chaque partie comportant plusieurs chapitres (19 au total). La partie 1 présente la problématique de l’invasion et de l’expansion. Les parties 2 et 3, les expansions liées au changement climatique et aux échanges internationaux. La partie 4, les espèces et le déplacement des bioagresseurs. Les parties 5 et 6 sont consacrées à la surveillance, aux risques et la synthèse de l’ouvrage. À la fin de l’ouvrage se trouve une bibliographie importante d’environ 30 pages. Le texte est assez dense mais la lecture « scientifique » est aisée. Des figures et tableaux illustrent les différents chapitres. Même si cet ouvrage n’est pas un guide de présentation des insectes ravageurs, une iconographie plus importante sur ces insectes aurait pu être présentée.
Le maintien de la santé de la forêt et de toutes ses fonctions (production, biodiversité, régulation des flux) est au cœur des préoccupations des forestiers et des gestionnaires. Mieux comprendre comment les arbres réagissent à ces bioagresseurs est donc crucial. Ce travail collectif incontestablement très réussi est un socle de connaissances solides pour appréhender ces phénomènes complexes et cet ouvrage va devenir, sans aucun doute, une référence dans le domaine.
François Lebourgeois
Cubizolle (Hervé) : Plaidoyer pour les tourbières
Versailles : Éditions Quæ, 2024. 176 p.
ISBN papier : 978-2-7592-3846-0
ISBN PDF : 978-2-7592-3847-7
Prix : 28 €
Adresse de l’éditeur : Éditions Quæ – RD 10 – 78026 Versailles Cedex
Site internet : https://www.quae.com/

Destiné aux non-spécialistes curieux de ces milieux encore méconnus que sont les tourbières, l’ouvrage d’Hervé Cubizolle est riche d’enseignements. Organisé de manière très pédagogique, il présente en première partie (quatre chapitres) le fonctionnement écologique des tourbières : rôle fondamental de l’eau, composition de la tourbière, biodiversité qui y vit, évolution longue ; puis en seconde partie (trois chapitres) les enjeux des relations complexes des sociétés humaines aux tourbières : usages, dégradations et possibilités de restauration, comment et pourquoi procéder à cette dernière.
Agréable à lire, ce livre est richement illustré par des photos et des schémas. Si les premières sont plutôt illustratives, les seconds permettent de comprendre la complexité à la fois du milieu lui-même et des usages humains qui s’y portent. Il s’agit d’un point clé de l’argumentation de l’auteur : toucher à une tourbière (voire n’y pas toucher), pour l’exploiter, la protéger, la restaurer ou la renaturer, doit être mûrement réfléchi – la nature étant capable de plus de résilience, même dans des écosystèmes fragiles et sensibles, que des plans parfois trop invasifs. Là se noue un premier lien avec la forêt : dans les relations entre arbres, tourbe et microflore, bien moins univoques qu’habituellement considérées.
L’auteur insiste sur le fait que chaque cas est unique, et ne peut être traité uniquement en se fondant sur des principes généraux – mais en tenant compte, au cas par cas, des particularités de chaque tourbière et de son milieu environnant (place dans le bassin versant, relief, climat local, faune, flore, anthropisation des environs, etc.). Pour en arriver là, Hervé Cubizolle s’appuie, d’une part, sur ses propres recherches, focalisées sur le Massif central puis étendues à d’autres pays et, d’autre part, sur une riche bibliographie dont le livre ne donne qu’un petit aperçu mais qu’il est possible d’aller chercher sur le site des éditions Quæ.
Cette démarche lui permet de nous faire prendre conscience de la mondialité des tourbières, et nous rend ainsi aptes à raisonner à plusieurs échelles : celle, locale, de la tourbière ; celle, macro, des grandes zones climatiques et de la planète ; et entre les deux celle, méso et fondamentale, du bassin versant : la tourbière dépendant de l’eau, son usage à plusieurs dizaines voire centaines de kilomètres n’est pas sans influence – et là se joue un second lien avec les forêts, dans l’influence qu’elles ont comme écosystèmes interdépendants et comme victimes potentielles mais aussi outils d’adaptation face au changement climatique.
On revient ainsi à ce point : alors que la recherche scientifique a longtemps privilégié le réductionnisme et qu’elle découvre aujourd’hui l’importance de la complexité et des relations, les tourbières – souvent si proches, parfois si petites – nous ouvrent un champ d’exploration locale et d’échanges internationaux extrêmement vaste ; cet ouvrage est une belle clé pour y entrer.
Jean-Baptiste Bing
Amat (Jean-Paul) : Les forêts de la Grande Guerre de 1815 à nos jours
Paris : Sorbonne Université Presses, 2024 (2015). 630 p.
ISBN de cette édition : 979-10-231-0690-9
Prix : 39 €
Adresse de l’éditeur : Librairie des SUP – 8, rue Danton – 75006 Paris
Site internet : https://sup.sorbonne-universite.fr/

Spécialiste de géographie historique et des forêts, Jean-Paul Amat a derrière lui une riche bibliographie concernant les multiples rapports entre les forêts du Nord-est de la France et la Guerre de 1914-1918. Avec cet ouvrage, il procède à une synthèse globale de la question : il peut ainsi jouer sur les complémentarités entre l’immédiat des témoignages et du vécu et le temps long de la géopolitique et de la vie des écosystèmes, présenter des photos et dessins d’époque et des images Lidar, etc.
Cette mobilisation de tous les savoirs justifie d’ailleurs la réédition d’un ouvrage dont la première publication ne datait pourtant que de 2015 : l’édition 2024 intègre ainsi les bouleversements récents subis par les forêts concernées en raison du changement climatique. En faisant pénétrer une question mémorielle, liée à des événements ô combien trop humains, dans une problématique écologique, l’auteur confère à celle-ci une composante sensible d’autant plus forte.
Le propos commence avec un chapitre liminaire essentiellement iconographique, donnant à voir les quatre années de combats sous un maximum d’aspects : depuis les Vosges jusqu’au Pas-de-Calais, en passant par les différentes facettes de Lorraine, de Champagne-Ardenne, de Picardie et du Nord ; par des photos, des peintures, des dessins, des cartes, des schémas. Se succèdent ensuite trois parties chronologiquement ordonnées : place stratégique des forêts dans l’organisation de la défense du territoire et la militarisation qui en a résulté (1815-1914) ; conséquences de la guerre elle-même sur la forêt qui en fut – selon une belle formule – « cadre et acteur » ; enfin, depuis 1918, passage de la renaissance des écosystèmes dans et autour de la zone rouge à la patrimonialisation qui résulte de la mémoire des événements pour en arriver, aujourd’hui, aux incertitudes qui planent sur ces milieux touchés par les évolutions climatiques.
À l’arrivée, on a là un gros et beau livre qui peint une fresque aussi vaste que précise et aussi érudite que sensible. Sa construction formelle en rend d’ailleurs l’usage facile : grâce à l’écriture de l’auteur comme aux outils permettant de s’y orienter (index des forêts, table des illustrations, etc.), il est possible d’y picorer de-ci de-là comme de suivre le mouvement dans toute son amplitude. Expert de l’un des nombreux domaines touchés par l’auteur ou simple curieux, tout le monde y trouvera chaussure à son pied.
Jean-Baptiste Bing
Didier (Bruno) et Guyot (Hervé), coordinateurs : Des plantes et leurs insectes
Versailles : Éditions Quæ, 2024. 261 p.
ISBN papier : 978-2-7592-3907-8
ISBN PDF : 978-2-7592-3908-5
Prix : 36 €
Adresse de l’éditeur : Éditions Quæ – RD 10 – 78026 Versailles Cedex
Site internet : https://www.quae.com/

Protéger les plantes des insectes, reconnaître les insectes grâce aux plantes : tel est le double objectif que se donne ce livre. Déjà édité en 2012 et épuisé, l’ouvrage est en fait issu de fiches pédagogiques publiées à partir de 1988 par la revue Insectes, consacrées à l’entomologie liée à une essence ou à une famille de plantes. L’idée de départ est simple : la diversité et l’abondance des insectes (35 000 à 40 000 espèces sur le territoire français d’Europe – car tel est le champ géographique concerné), couplées à leur très petite taille, les rend difficiles à identifier correctement. Plus familières aux jardiniers, plus facilement reconnaissables, les plantes offrent donc une clé d’entrée vers leurs hôtes auxquelles elles sont liées parfois très étroitement voire exclusivement.
Dès l’entrée, la démarche est donc proprement écologique au sens strict du terme, mettant en avant les communautés biotiques formées par les plantes et les insectes. Ce livre s’adresse ainsi autant aux entomologistes amateurs qu’aux jardiniers, horticulteurs et forestiers. C’est d’ailleurs un ouvrage collectif : au travail de base effectué par Rémi Coutin (agronome de formation et passionné d’entomologie) dans la revue dont il fut rédacteur en chef, s’est ajouté un important travail collectif de mise à jour des fiches (par exemple concernant la taxonomie, qui a largement évolué), d’illustration par de très nombreuses photos, de sélection et d’ajout d’information, etc.
Le livre commence par des conseils techniques dans un chapitre consacré à l’art d’élever des insectes, depuis l’œuf jusqu’à l’imago, sur des plantes – afin de protéger celles-ci de ceux-là, il faut d’abord identifier les indésirables et, pour ce faire sans erreur, en avoir en quantité suffisante tout en les isolant si possible. Les chapitres suivants présentent, enchâssés comme des poupées russes, les insectes – et, parfois, d’autres petites bêtes étrangères à cette classe, par exemple des acariens – classés selon les plantes qu’ils touchent (en insistant sur les nuisances potentielles qu’ils peuvent leur faire subir), elles-mêmes réparties en quatre grands milieux définis tant par leur écologie propre que par l’usage qu’en font les hommes : jardins et champs ; verger ; haie ; forêts.
Ce livre répond donc fort bien à l’ambition affichée par le titre de collection qui l’accueille – « Guide pratique » – mais aussi à la mission de son éditeur, de diffuser les connaissances scientifiques. L’enchâssement évoqué des thématiques rend son usage simple ; on appréciera aussi grandement que la richesse des savoirs ainsi offerts au public, tant concernant les plantes que les insectes eux-mêmes, soit rendue assimilable grâce à la diversité des moyens utilisés (texte, iconographie, tableaux synthétiques) et à leur complémentarité – afin d’avoir tout de même une critique à formuler, disons qu’une précision calendaire aurait pu être utilement ajoutée aux tableaux ci-évoqués.
Jean-Baptiste Bing

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