Scott (Walter) : Chroniques sylvestres
Paris : Éditions Klincksieck, 2025, 227 p.
ISBN : 978-2-252-04853-5
Prix : 21 €
Adresse de l’éditeur : Éditions Klincksieck – 95 boulevard Raspail –75006 Paris
Site internet : https://www.klincksieck.com/

Walter Scott (1771-1832) est surtout connu pour avoir été l’une des grandes plumes du romantisme britannique et l’un des fondateurs (salué notamment par Balzac et Hugo) du genre toujours prospère qu’est le roman historique, avec notamment ses récits épiques inspirés d’épisodes tirés de l’histoire écossaise et anglaise ; par son œuvre d’écrivain (fiction, mais aussi poésie, théâtre…), il contribua à revitaliser une culture et une identité écossaises mises à mal par l’Acte d’Union de 1707. Un autre pan de cette activité, moins connu, est composé d’essais ; si beaucoup ont une inspiration historique, deux d’entre eux, réunis ici sous le titre de Chroniques sylvestres, témoignent de préoccupations d’un autre ordre : « Des plantations forestières sur terres incultes » (On planting waste lands, 1827 : p. 33-128) et « Du jardinage paysager » (On landscape gardening, 1828 : p. 129-223).
Il va de soi que les conceptions développées dans ces deux textes ne sont plus à prendre au pied de la lettre. D’une part les savoirs que l’on a au sujet de l’histoire forestière de la Grande-Bretagne se sont considérablement accru, et les connaissances qu’en avait Scott ressortent aujourd’hui, pour beaucoup, des idées reçues anciennes largement battues en brèche par les acquis de la recherche. D’autre part, en lien avec cette histoire environnementale mieux connue et face aux enjeux sociaux et environnementaux contemporains, les conceptions esthétiques et éthiques que l’on peut avoir au sujet de la place de l’humain et des forêts dans le monde (y compris Outre-Manche) ont, elles aussi, beaucoup évolué.
Cependant, et justement parce que l’époque de Walter Scott est à la fois proche de nous et infiniment différente – ce qui sépare l’aube d’une époque : la modernité contemporaine des XIXe–XXes., de son crépuscule : la basse-modernité qui se traîne en notre début de XXIe s. – ce témoignage se révèle fort intéressant en termes d’histoire des idées et des sensibilités. On voit par exemple émerger le jardin anglais comme idéal paysager à l’échelle d’un pays, définissant une nature d’apparence sauvage mais en fait domestiquée, paradoxe encore si prégnant dans l’idée de « nature » qui domine en Europe.
On découvre donc ici un Walter Scott ancré dans sa terre des Scottish borders, cette région de collines frontalières de l’Angleterre où il passa une bonne partie de sa vie, de sa jeunesse à ses dernières années, et plus précisément dans son domaine d’Abbotsford dont la gestion lui a en grande partie inspiré ces deux textes. Une présentation (p. 9-32), signée Eryck de Rubercy et intitulée « Walter Scott, l’homme des arbres » nous montre ainsi ce landlord, généralement sur la corde raide financièrement (transformer ses rêves en une réalité concrète faite de terres, de manoir et de forêts n’est pas donné !), s’efforçant de mettre en harmonie son cadre de vie, ses conceptions agronomiques et forestières et sa vision de l’histoire et de l’identité écossaise et britannique. Ce propos est servi par une langue élégante, à laquelle la traduction française semble rester fidèle ; les notes, donnant la version originale de nombre de termes spécialisés, y ajoutent une touche typically british.
Jean-Baptiste Bing
Allegrini (Benjamin) : L’ADN fantôme. Quand l’invisible laisse des traces
Versailles : Éditions Les Liens qui Libèrent, 2025, 286 p.
ISBN : 979-10-209-2293-9
Prix : 22 €
Adresse de l’éditeur : Éditions Les Liens qui Libèrent – 155 rue de Belleville – 75019 Paris
Site internet : http://editionslesliensquiliberent.fr

Naturaliste passionné, Benjamin Allegrini a participé, aux côtés de professionnels de la recherche, à de nombreuses missions scientifiques en France et sur plusieurs continents. Également entrepreneur, il a contribué à créer tout un écosystème de sociétés spécialisées dans l’écologie, dont un laboratoire pionnier en matière d’ADN environnemental. Cette double casquette de l’auteur ne pouvait que susciter la curiosité au sein de la RFF – qui, « revue scientifique et technique », s’enorgueillit d’accueillir des auteurs issus de ces mondes parfois trop étanches que sont la recherche scientifique, la foresterie et ses métiers, et enfin les passionnés.
Et le résultat est à la hauteur des espérances. Si l’ouvrage parle peu des forêts, en revanche est décrite et analysée ici une méthode d’inventaire et de suivi de la biodiversité dont il semble qu’elle mériterait d’être utilisée dans le cadre du suivi environnemental des forêts : le prélèvement et l’analyse de ce fameux ADN environnemental (appelé de manière certes un peu tapageuse – mais uniquement dans le titre – « ADN fantôme »), c’est-à-dire l’ADN déposé dans l’environnement (air, eau, terre, plantes…) par tous les êtres vivant ou passant en un lieu.
Le premier chapitre détaille ainsi en quoi cette technique permet « Une révolution naturaliste », qui permet un relevé bien plus fin et complet que les méthodes traditionnelles de suivi basées sur l’observation directe ou indirecte (pièges photos, etc.) : elle facilite l’identification des espèces rares ou difficiles à apercevoir (voire parfois inaperçues jusque-là) et des collectifs d’espèces qui partagent un lieu ; elle met à contribution des espèces non-humaines pour la récolte de données (toiles d’araignée, végétation), renforçant les lien du naturaliste avec ces vivants qui l’entourent ; elle permet enfin une plongée dans le passé. Moins aléatoire que la collecte traditionnelle, elle est donc plus facile sur le terrain et plus fructueuse en laboratoire.
Alors, que du bonheur ? Que non pas ! Le deuxième chapitre offre en effet une profonde réflexion de sociologie des sciences et d’épistémologie, autour de la question de la technologie et de ses conséquences. Quelle place laisse-t-elle aux naturalistes amateurs, qui ne disposent pas forcément des équipements nécessaires à l’analyse des artefacts collectés ? Sa médiation obligatoire permet-elle encore le contact direct (par la vue, l’ouïe, le toucher) avec les animaux et les plantes pistés et recherchés ? Ne risque-t-on pas, à trop vouloir mettre le vivant en données, de perdre un peu plus le contact avec lui – et, finalement, en mieux sachant tout en connaissant moins, échouer à sauvegarder ?
Le chapitre final et la conclusion, plutôt que s’affirmer « pour » ou « contre » cherchent donc à évaluer les conditions d’un bon usage de ces technologies : afin d’éviter les différents pièges qui déboucheraient sur une aliénation supplémentaire aux techniques et sur une mise à distance accrue du réel, l’auteur appelle à articuler dans la pratique de la recherche scientifique ledit usage à une économie de l’attention qui passe par une fréquentation directe, accrue et sensible des milieux étudiés, afin que l’expérience du lien au(x) vivant(s) reste primordiale. (Remarquons cependant que si ce « remède » apparaît en effet nécessaire, il ne règle en rien le fait que les amateurs se retrouvent mis à la marge de la recherche, devenant simples pourvoyeurs de matériel ; ce problème mériterait une réflexion transdisciplinaire, car d’autres sciences, telles l’archéologie, ont déjà connu ces évolutions.)
Le chapitre 3 et surtout la conclusion entrent en résonnance avec l’insertion, entre les deux premiers chapitres, d’une courte nouvelle signée Alain Damasio : le maître de la science-fiction contemporaine française y imagine une dystopie où l’ADNe sert à traquer et éliminer plutôt qu’à découvrir. Ce dialogue entre fiction et vulgarisation scientifique est un autre atout de ce livre et ouvre à une autre dimension de la réflexion épistémologique, largement nourrie par l’amitié entre Benjamin Allegrini et Alain Damasio (ils ont co-fondé « L’école du vivant ») mais aussi avec Vinciane Despret.
Jean-Baptiste Bing
Villar (Marc), Chevalier (Richerd), Dufous (Simon), coord. : Ripisylves et forêts alluviales. Connaissances et gestion en contexte de changements globaux
Versailles : Éditions Quæ, 2025, 338 p.
ISBN (papier) : 978-2-7592-4128-6
ISBN (PDF) : 978-2-7592-4129-3
Prix : 36 €
Adresse de l’éditeur : Éditions Quæ – RD 10 – 78026 Versailles Cedex
Site internet : https://quae.com

Notons tout d’abord le tour de force des coordinateurs de l’ouvrage, qui ont réussi à réunir ici près d’une centaine d’auteurs et d’autrices pour produire collectivement cette somme. Chapeau à eux ! Surtout, ce nombre brut cache une grande diversité de profils : chercheurs issus de multiples disciplines, professionnels liés aux forêts, aux cours d’eaux, aux collectivités, etc. De même, cet ouvrage s’adresse à l’ensemble des acteurs amenés à intervenir dans et autour de ces milieux, ou amenés à participer à leur suivi : scientifiques, acteurs publics, habitants impliqués, professionnels… À ce titre, on peut remercier l’éditeur qui propose la version numérique en accès libre : https://www.quae.com/produit/1952/9782759241293/ripisylves-et-forets-alluviales.
Grâce à ce beau travail éditorial, nous disposons d’une approche plurielle de ces écotones, fréquents mais pourtant méconnus. En effet, constituant des interfaces entre milieux aquatiques et milieux terrestre, les ripisylves (forêt au contact direct d’un fleuve ou d’une rivière) et les forêts alluviales (qui prolongent les premières dans des vallées plus larges) sont rarement identifiées en tant que telles par les politiques publiques – qui, en les assimilant soit à des forêts stricto sensu, soit à des zones humides, négligent une partie des contraintes auxquelles ces écosystèmes sont soumis et n’exploitent qu’une partie des opportunités qu’ils offrent. Alors que les forêts et les zones humides sont, les unes comme les autres, soumises à des pressions de plus en plus fortes – liées, entre autres, aux évolutions climatiques contemporaines, à l’artificialisation des terres et à la chenalisation des cours d’eau – c’est justement en tant qu’interfaces, dont les dynamiques sont liées à la double complexité des terres et des eaux, que les ripisylves et les forêts alluviales présentent un intérêt particulier et qu’elles doivent être saisies afin de pouvoir être intégrées dans des projets qui, écologiquement et socio-culturellement, font sens et visent à une certaine efficience pour permettre la résilience des territoires.
D’où l’utilité de cette somme, qui saisit cette problématique à bras le corps, et y répond à la fois par le haut et par le bas. Le livre commence par trois parties thématiques, qui explorent en profondeur les « caractéristiques générales » de ces forêts (partie 1 : 4 chapitres), leurs « dimensions physiques, biologiques et sociales » (partie 2 : 6 chapitres) et enfin les « enjeux, débats et interventions » dont elles font l’objet (partie 3 : 5 chapitres). Suivent quatre autres parties qui, en 28 « fiches » succinctes et synthétiques présentent autant de cas d’étude centrés, qui sur un élément du milieu (bryophites, champignons…), qui sur un outil de connaissance (IFN, Flore forestière française…), qui sur un lieu, une région ou un cours d’eau. Si ce livre remarquable peut difficilement s’avaler d’un coup, il offre en revanche une multitude de perspectives et d’entrées : chacun peut donc s’en saisir à sa manière, et tirer les fils qui serviront ses projets… ou assouviront sa curiosité. Comme dans un dictionnaire (ou une forêt !) on sait quand on entre, mais on ne sait ni quand on va en sortir, ni comment, tant les chemins sont nombreux, les détours variés et les sollicitations multiples.
Jean-Baptiste Bing
Rispe (Claude), Bournez (Laure), Durand (Jonas), Duron (Olivier) et René-Martellet (Magalie) : Tiques et santé. Biologie, maladies, maîtrise du risque
Versailles : Éditions Quæ, 2026, 120 p.
ISBN (papier) : 978-2-7592-4205-4
ISBN (PDF) : 978-2-7592-4206-1
Prix : 17 €
Adresse de l’éditeur : Éditions Quæ – RD 10 – 78026 Versailles Cedex
Site internet : https://quae.com

Fruit d’un travail interdisciplinaire, ce petit livre fait un point clair et concis sur les risques sanitaires liés aux tiques. Il s’organise en quatre chapitres. Les deux premiers, plutôt orientés vers les sciences du vivant, décrivent d’une part les tiques, leur cycle de vie, leur écologie et leur nutrition hématophage si particulière (chapitre 1), et d’autre part les microbes qui leur sont associés (chapitre 2), initiant ainsi le lecteur à leur grande variété au-delà des plus connus et surtout à la fascinante complexité de ce monde : outre que la tique héberge des virus, des bactéries et des parasites variés qu’elle peut (ou non) transmettre à ses proies, certains de ces microbes sont pathogènes alors que d’autres, parfois proches, sont symbiotiques ! Von Uexküll nous avait ouvert au monde externe vécu par la tique – ce livre nous dévoile son écosystème interne. Les chapitres 3 et 4 relèvent plutôt de l’épidémiologie, de la médecine (vétérinaire et humaine), de la médiation scientifique voire des sciences humaines et sociales et portent l’un sur les risques engendrés par ce collectif tique/microbe/hôte, l’autre sur les possibilités et méthodes de réduction d’iceux.
Le propos porte avant tout sur Ixodes ricinus (la tique que l’on rencontre le plus fréquemment en France et dans l’Europe tempérée) et sur les pathogènes qu’elle peut transmettre (bactérie de la maladie de Lyme et virus de l’encéphalite à tiques). Il n’ignore cependant point pour autant la grande variété des genres et espèces de tiques, des milieux qui les hébergent et des maladies qui peuvent infecter par elles leurs hôtes.
Ce livre s’adresse ainsi avant tout aux populations amenées, par leurs activités professionnelles ou de loisir, à fréquenter des sites infestés par les tiques : monde de la foresterie, jardiniers propriétaires d’animaux domestiques, randonneurs, etc. Il s’adresse également à celles et ceux qui interagissent avec les potentielles victimes des tiques dans le cadre des possibles préventions : autorités, associations, syndicats, parents, etc. Se refusant à toute paranoïa comme à toute promesse inconsidérée (concernant les vaccins ou l’éradication, par exemple), il prône finalement une attitude de responsabilité individuelle et collective afin de minimiser les risques sanitaires tout en sauvegardant au maximum les bénéfices que l’on peut tirer d’une fréquentation accrue des milieux naturels et en préservant les équilibres dont les tiques font partie.
Ce livre contribue donc à une démarche éclairée de médiation scientifique au sens noble du terme, et prend logiquement sa place aux côtés de la démarche de science participative CiTIQUE (https://www.citique.fr/) – programme pour lequel travaille d’ailleurs l’un des auteurs. L’éditeur, soucieux de s’impliquer activement dans cette démarche de diffusion large de la connaissance, propose d’ailleurs en accès libre la version numérique de cet ouvrage (et beaucoup d’autres !) depuis son site Internet : https://www.quae.com/produit/1981/9782759242061/tiques-et-sante. On ne peut que saluer cet engagement.
Jean-Baptiste Bing

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